Châteaubriant

75 000 visiteurs à Noël à Châteaubriant : Info ou Intox ?

À quelques semaines des élections, la tentation est grande de gonfler les chiffres. Retour sur la méthode de comptage des animations de Noël à Châteaubriant.

75 000 visiteurs à Noël à Châteaubriant : Info ou Intox ?

À deux mois des élections municipales, la ville de Châteaubriant annonce 75 750 visiteurs au Jardin des remparts pour les animations de Noël 2025. Un chiffre record qui s’inscrit dans une longue tradition de communication municipale où les statistiques sont systématiquement embellies.

Noël 2025 : même recette, mêmes doutes

Cette année, 75 750 entrées annoncées au Jardin des remparts. Aucune précision sur le système de comptage utilisé, la méthodologie de calibration, la marge d’erreur ou l’éventuel audit indépendant.

Or, les spécialistes du comptage de flux sont formels : dans un environnement avec guirlandes lumineuses clignotantes, automates animés, vibrations musicales et courant d’air, un système photoélectrique basique présente un taux d’erreur de 200% à 400%.

Anatomie d’un surcomptage

Dans les conditions du Jardin des remparts en période de Noël :

►Interférences lumineuses : chaque clignotement de guirlande peut déclencher le compteur
►Vibrations : musique forte et automates déstabilisent les capteurs
►Comportements visiteurs : hésitations, demi-tours, enfants excités multiplient les passages
►Objets : poussettes, bagages, parapluies comptés séparément

Les changements de température, les courants d’air influent également sur la fiabilité des comptages. Les fabricants de ces systèmes nous expliquent que pour être fiable, il convient de faire subir un apprentissage de plusieurs semaines aux compteurs.

Entre le conte de Noël et les comptes des visiteurs

La municipalité affirme que ces visiteurs proviennent de « près de 400 communes différentes ». Une affirmation qui relève davantage de l’affabulation d’un conte de Noël que d’une statistique vérifiable. Comment le sait-elle ? Par quel moyen a-t-elle identifié l’origine géographique de chaque visiteur ? Aucune explication. Entre le conte de Noël et les comptes des visiteurs, la frontière semble bien mince à Châteaubriant.

La confusion visiteurs/visites : l’illusion des 75 000

La communication municipale annonce fièrement « plus de 75 000 visiteurs ». Mais aucun compteur automatique ne peut faire cette distinction. Ce que mesure réellement un système photoélectrique, ce sont des passages, pas des personnes.

Or, sur les quatre semaines que durent les animations de Noël à Châteaubriant, une même personne peut – et c’est même recommandé par la mairie elle-même – revenir à de multiples reprises. Les grands-parents viennent une première fois avec le club du troisième âge le mardi après-midi. Puis ils repassent le week-end suivant avec leurs petits-enfants. Puis peut-être une troisième fois avec d’autres membres de la famille de passage pour les fêtes. Chaque visite est comptabilisée comme un « visiteur » supplémentaire dans les statistiques.

Un Castelbriantais fidèle, revenant chaque semaine sur le mois, sera compté 4 fois. S’il vient deux fois par semaine avec différents groupes, il sera compté 8 fois. Le compteur n’a aucun moyen de savoir que c’est la même personne.

La vraie question devient alors : combien de personnes différentes se cachent derrière ces 75 000 passages ? Si chaque personne vient en moyenne 3 fois sur le mois (une hypothèse modeste), on passe de 75 000 « visiteurs » à 25 000 personnes réelles. Si la moyenne est de 4 visites, on tombe à moins de 19 000 personnes.

Cette confusion entre passages et visiteurs uniques n’est pas une subtilité technique. C’est l’essence même de la manipulation des chiffres. Parler de « 75 000 visiteurs » laisse entendre que 75 000 personnes différentes sont venues. La réalité est probablement trois à quatre fois inférieure. Les passages répétés des personnels ne sont pas déduits.

Le silence comme réponse

Nous avons sollicité des éclaircissements sur la technologie de comptage utilisée, le protocole de calibration appliqué, la marge d’erreur estimée et l’organisme ayant validé ces données. À ce jour, aucune réponse ne nous est parvenue.

Ce silence n’est pas anodin. Ces chiffres gonflés servent avant tout à justifier les budgets considérables investis dans ces animations et à construire une image flatteuse à deux mois des élections municipales. Mais les Castelbriantais méritent mieux que cette propagande chiffrée. Ils ont droit à des données vérifiables, à des sources traçables, à une communication honnête de la part de leurs élus. C’est la méthode Alain Hunault depuis 25 années et celle de son « ministre de la propagande » Jean-Luc Marsollier.

En réalité, après vérification, au jardin des remparts, le système de comptage a été installé en plein courant d’air, dans l’embrasure du passage de pierre.

Un précédent révélateur : les chiffres de l’emploi

En 2025, le site de la mairie affichait fièrement un taux de chômage de « 5,6%, le plus bas depuis 2008 », citant l’INSEE « sans préciser quel lien ». Une vérification auprès des données officielles INSEE révélait la réalité : 13,6% de chômage à Châteaubriant en 2022, soit bien au-dessus de la moyenne nationale de 11,7%.

Parallèlement, France Travail enregistrait une explosion de +17,1% des demandeurs d’emploi en un an, la plus forte hausse du territoire.

La méthode ? Toujours la même : citer « l’INSEE » de manière vague, sans jamais fournir le lien permettant de vérifier.

Car derrière les 13,6% de chômage réels que la mairie transforme magiquement en 5,6%, derrière ces « 75 750 visiteurs » probablement divisés par trois, il y a des citoyens qui ont le droit de connaître la vérité sur leur ville. Non pas une vérité arrangée au rythme des calendriers électoraux, mais la réalité, avec ses réussites comme ses difficultés. C’est cette transparence qui fait la démocratie. C’est ce respect de la vérité qui permet aux citoyens de faire des choix éclairés.

Visuel de Une : photo d’illustration d’un compteur manuel.