Ancenis-Saint-Géréon rend hommage à Esther Senot.
Ce mardi 27 mai, la ville d’Ancenis-Saint-Géréon accueillait Esther Senot. La ville donnant son nom à l’esplanade située devant le lycée Joubert-Maillard. À 97 ans, cette femme remarquable était présente pour assister à cette cérémonie émouvante. Cet hommage concrétise des années de liens privilégiés entre elle et l’établissement scolaire.
Une rencontre qui a tout changé
L’histoire entre Esther Senot et le lycée Joubert-Maillard commence en 2014. L’établissement emmène alors 40 élèves de seconde visiter le camp d’Auschwitz-Birkenau. Un projet régional sur la mémoire de la Shoah le permet.
Cette expérience marque profondément les esprits et ouvre la voie à une collaboration exceptionnelle.
Esther Senot viendra par la suite témoigner à deux reprises auprès des lycéens, en 2019 puis en 2021. Ses récits bouleversants trouvent un écho particulier chez les jeunes, notamment lors d’une lecture théâtralisée organisée en janvier dernier pendant la pose de deux pavés mémoriels « Stolpersteine » dans la commune. Ces moments intenses ont profondément marqué les élèves du Conseil de Vie Lycéenne, qui ont alors exprimé le souhait de voir le nom d’Esther Senot associé durablement à leur lycée.
Le combat d’une vie : transmettre la mémoire
Esther Senot porte en elle une mission sacrée. Avant de mourir à Auschwitz, sa sœur Fanny lui avait fait promettre de « dire au monde ce que des hommes ont été capables de faire à d’autres ». Une promesse qu’Esther a honorée, même si elle a attendu quarante ans après la guerre pour pouvoir vraiment témoigner, le temps que la société soit prête à entendre son histoire.
Depuis, elle n’a cessé de parcourir les lycées, partageant son vécu avec des adolescents qui avaient son âge quand l’horreur a frappé sa famille. Elle a également couché sur papier son témoignage dans deux ouvrages et dans des lettres poignantes adressées aux membres de sa famille disparus, retraçant son parcours depuis l’arrestation jusqu’à sa libération du camp. Aujourd’hui, Esther Senot fait partie des derniers témoins directs encore vivants de cette tragédie.
Un engagement municipal fort
Touchée par la démarche des lycéens et consciente de l’importance cruciale du devoir de mémoire, la municipalité d’Ancenis-Saint-Géréon a décidé de répondre favorablement à leur demande en baptisant l’esplanade du nom d’Esther Senot.
Cette initiative s’inscrit dans une démarche mémorielle plus large menée par la commune. En janvier, la ville a installé des pavés « Stolpersteine » en mémoire de Salli Rewizorski et Chana Zylberberg. Deux habitants déportés pendant la guerre. En avril, une exposition sur le retour des prisonniers de guerre, 80 ans après, était organisée à la Chapelle des Ursulines. Une vingtaine de familles prêtaient des documents familiaux précieux. Le 8 mai, des anciens lycéens de Saint-Joseph ont même été reçus à l’Élysée par le Président de la République en reconnaissance de leur travail autour des pavés mémoriels.
« L’horreur de la Seconde Guerre mondiale a touché jusqu’aux plus petites communes de France », souligne Rémy Orhon, maire d’Ancenis-Saint-Géréon. « Je veux remercier tous ces jeunes et leurs professeurs qui accomplissent un travail formidable de transmission. Grâce à eux, l’oubli devient impossible. Dans un monde où les conflits resurgissent, le devoir de mémoire nous aide à combattre la haine et l’extrémisme. » Le maire qualifie humblement cette dénomination de « bien petit geste » face au « parcours immense et courageux » d’Esther Senot.
Une fresque pour immortaliser l’hommage
Pour donner une dimension artistique à cet hommage, les élèves et leurs enseignants ont fait appel à LadyBug.
Cette street-artiste qui réalise des portraits selon la technique du pointillisme à l’aide de pochoirs perforés. Cette fresque, inaugurée en même temps que l’esplanade, orne désormais la façade du lycée. Cela est cohérent et donne un sens quotidien à cette nouvelle dénomination.
Ancienne graphiste reconvertie dans l’art urbain depuis dix ans, LadyBug apporte sa vision artistique unique à ce projet de mémoire. Cette réalisation a bénéficié du soutien de la Région des Pays de la Loire dans le cadre des Crédits Éducatifs d’Autonomie 2025.
« Le devoir de mémoire nous concerne tous : citoyens, jeunes, élus et institutions », déclare Christelle Morançais, Présidente de la Région des Pays de la Loire.
« Dans un contexte mondial tendu, il est plus que jamais essentiel d’y rester attaché et d’assurer sa transmission. Je félicite ces élèves et leurs professeurs qui, par leur engagement, ont permis la réalisation de cette fresque en l’honneur d’Esther Senot. À travers cette œuvre et la dénomination de la place, nous exprimons collectivement notre gratitude à cette femme dont le courage, la détermination et la force constituent un héritage précieux et une source profonde d’inspiration. »
Visuels : Ville d’Ancenis-Saint-Géréon.

