
Portrait d’une directrice qui ne rentre pas dans les cases. Elle a fait sa thèse entre Sciences Po et une start-up de conseil. Elle a mis son doctorat de sociologue au service du béton et de l’isolation. Et c’est finalement le bois qui l’a convaincue. Aurélie Tricoire vient d’être nommée directrice de l’École supérieure du bois (ESB), à Nantes. Un profil atypique pour une filière qui en a bien besoin.
Le 12 février 2026, le Conseil d’Administration de l’ESB a officialisé sa prise de poste. Aurélie Tricoire, arrive à la tête d’une école du Bois, fondée en 1934, et qui forme chaque année 500 élèves sur ses campus de Nantes, Lyon et Bordeaux, et rayonne bien au-delà des frontières françaises.
Un parcours de funambule entre science et business
Aurélie Tricoire n’est pas une technicienne du bois. Elle est sociologue de formation, docteure de l’Université de Toulouse, ancienne chercheuse à Sciences Po Paris. Mais ne vous y trompez pas : derrière le CV académique se cache une femme de terrain qui a rapidement troqué les amphithéâtres contre les open spaces.
Dès sa thèse, elle choisit le financement CIFRE, ce dispositif qui permet de faire une recherche en alternance entre l’université et une entreprise. Un premier signe de ce qui deviendra sa marque de fabrique : ne jamais choisir entre la tête et les mains.
Elle rejoint ensuite le CSTB, le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment, où elle creuse pendant des années la question de l’énergie dans les bâtiments et de l’impact des innovations sur les filières. Puis elle passe du labo au commercial, armée d’un Executive MBA décroché à HEC en 2017. Ses clients ? Des TPE bretonnes comme des multinationales. Ses sujets ? La végétalisation, les matériaux biosourcés, la qualité de l’air intérieur. En d’autres termes : exactement les enjeux qui traversent aujourd’hui la filière bois.
Plus récemment, chez Engie Solutions, elle pilotait les réseaux de chaleur urbains de Bretagne et des Pays de la Loire, manageant huit personnes sur trois sites. Un poste où il fallait jongler en permanence entre hydraulique, chantiers de voirie et agendas politiques de collectivités. L’exercice d’équilibriste parfait pour préparer la direction d’une grande école.
Une filière qui cherche sa relève
Si l’ESB a misé sur ce profil singulier, ce n’est pas un hasard. La filière forêt-bois, qui compte près de 393 000 emplois directs en France, vieillit. Selon l’INSEE, 32 % de ses actifs ont plus de 50 ans, un taux nettement supérieur à la moyenne nationale. Former les professionnels de demain, et les attirer, est devenu une urgence.
C’est précisément ce défi de l’attractivité qu’Aurélie Tricoire entend relever. Et elle ne manque pas d’idées : l’ESB prépare déjà l’ouverture d’un Bachelor en gestion forestière et d’un cycle préparatoire intégré. « Je suis convaincue de pouvoir contribuer aux ramifications de l’école, tant auprès des élèves que des acteurs de la filière et des institutions publiques », dit-elle, sans langue de bois.
Ce qui l’a également séduite dans l’ESB, c’est son engagement au-delà des cours magistraux : les initiatives autour de l’inclusion, de la féminisation des métiers, ou encore la création du fonds de dotation Easier Studies pour soutenir les étudiants en difficulté. « Pour s’ouvrir sur tous ces points, c’est que l’école a confiance en elle », remarque-t-elle.
Le bois comme boussole
Dans un secteur souvent perçu comme traditionnel, l’École supérieure du bois cultive en réalité une double identité : celle d’une école d’ingénieurs tournée vers la recherche et l’innovation, avec un laboratoire R&D actif, et celle d’un acteur engagé dans la décarbonation. Les matériaux biosourcés, la construction bas-carbone, la gestion durable des forêts, autant de terrains où la nouvelle directrice a déjà posé ses jalons.
La sociologue devenue manager, la chercheuse devenue commerciale, la nantaise d’adoption qui connaît les coulisses du BTP autant que ceux des politiques publiques européennes : Aurélie Tricoire ressemble, finalement, beaucoup à l’école qu’elle dirige. Une école qui ne rentre pas non plus dans une seule case, et qui en est, visiblement, assez fière.
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