Nantes

Charles Balayer fait swinguer la basilique Saint-Nicolas

Le groove électromécanique au défi de la majesté du tuyau : quand le jazz s'invite à Nantes.

Charles Balayer fait swinguer la basilique Saint-Nicolas de Nantes, dimanche 16 novembre à 16 h.

Nantes, préparez-vous à une immersion sonore hors du commun : le dimanche 16 novembre 2025 à 16 h, la basilique Saint-Nicolas s’apprête à rompre avec sa solennité habituelle. Oubliez la seule résonance liturgique, car les voûtes séculaires vibreront au rythme d’un jazz nourri par l’un de ses plus ardents passeurs : Charles Balayer.

Cette initiative de l’Association des Amis des Orgues de ND de Nantes est une aubaine. Elle offre l’occasion d’entendre non seulement la puissance historique du grand orgue de la basilique, mais aussi d’assister au dialogue inattendu et fascinant entre ce monument de tuyaux et son cadet turbulent et électronique, l’orgue Hammond. Une rencontre entre deux géants, l’un ancré dans la tradition, l’autre dans le groove afro-américain.

L’Orgue Hammond : la bête de scène qui révolutionna l’âme du groove

Pour le profane, le nom Hammond pourrait n’évoquer qu’un vieux clavier encombrant. Mais pour l’amateur de musique, c’est le synonyme d’une ferveur rythmique et d’une densité sonore incomparables. Inventé en 1934 par l’ingénieur Laurens Hammond, cet instrument n’est rien de moins qu’une révolution électromécanique, une véritable usine à timbres.

Son génie réside dans l’utilisation des « tonewheels » (roues phoniques) : quatre-vingt-onze rouages métalliques qui, tournant devant des capteurs, génèrent le son par induction. Cette base sonore pure, combinée à l’arsenal des drawbars (tirettes harmoniques), permet au musicien de sculpter le timbre avec une précision comparable à celle d’un synthétiseur avant l’heure. Le modèle légendaire, le B3, complété par l’amplificateur rotatif Leslie, produit cet effet de modulation spatiale unique, ce trémolo organique qui est devenu la signature sonore du jazz-organ.

L’organiste Jimmy Smith fut le premier à révéler le potentiel soliste de cet instrument. Il transforma l’orgue de jazz en une puissance d’improvisation capable de rivaliser avec la vélocité des cuivres, donnant naissance à un style qui se nourrit du gospel, du blues et du rhythm and blues. C’est cette tradition vivante que l’on vient célébrer.

On entend l’instrument dans When the Music’s Over des Doors où Ray Manzarek officie. En France, ce fut Francis Decamps du groupe Ange qui utilisa l’orgue Hammond, et l’on se souvient d’Eddy Louiss qui joua avec Stan Getz, René Thomas ou Claude Nougaro et qui excellait sur l’instrument.

Charles Balayer, Janus Bifrons de l’orgue

L’artisan de cette performance nantaise est un homme de passion et de conviction : Charles Balayer. Formé à l’orgue classique par des maîtres comme Xavier Darasse, il est aussi un pédagogue visionnaire qui s’est battu pour l’enseignement de l’orgue jazz.

Charles Balayer refuse les cloisons pour assurer la jonction entre la grande tradition classique et l’urgence rythmique du jazz. Formé à l’orgue et à l’improvisation au Conservatoire de Toulouse (auprès de maîtres comme Xavier Darasse), il a acquis la rigueur nécessaire pour devenir organiste titulaire à la Collégiale Saint-Martin de Brive-la-Gaillarde. Balayer est aussi à l’aise sur un grand orgue classique que sur l’instrument fantastique qu’est l’orgue Hammond.

Cependant, son regard est tourné vers deux horizons : d’un côté, le faste des orgues à tuyaux ; de l’autre, le souffle électromécanique fiévreux de l’orgue Hammond, la bête de scène du groove.

Le pionnier du Hammond : un combat pour l’authenticité

Professeur au conservatoire de Brive depuis 1981, Charles Balayer est le pionnier qui comprit que le potentiel expressif de l’orgue ne pouvait se limiter au répertoire historique.

En 2007, il fonda le premier établissement national en France à dédier une classe à l’orgue jazz Hammond. Son combat est pédagogique et militant : réhabiliter l’instrument authentique (le B3 d’origine) au détriment des imitations numériques. Sa méthode est centrée sur l’essentiel du groove afro-américain : développer le sens du rythme, affûter l’oreille harmonique et libérer l’improvisation.

Il est l’homme qui garantit que le son viscéral du Hammond – l’âme du gospel et du soul jazz – continue de résonner, militant pour que les futurs musiciens de jazz s’expriment sur l’original.

Un rendez-vous nantais : la tradition rencontre le beat

Lors de sa performance à Nantes, Charles Balayer incarnera cette double face : transfuser la flamme rythmique du Hammond au grand orgue de la basilique Saint-Nicolas pour une séance d’improvisation unique.

Assister à ce moment, c’est une chance rare d’entendre la musique des tuyaux se confronter à l’électricité du swing, mesurant l’impact du Hammond dans l’histoire des musiques populaires. C’est aussi soutenir la redécouverte de cet instrument devenu un véritable enjeu de patrimoine sonore.

Charles Balayer fait swinguer la basilique Saint-Nicolas

Dimanche 16 novembre 2025, à seize heures (16 h).

Basilique Saint-Nicolas, Nantes.

Première partie au Grand Orgue Beuchet – Debierre 55 jeux III/P (1901 / 1963) :

Standards de jazz ou de variété de « l’entre-deux guerres » afin de retrouver au grand-orgue des sonorités des orgues de cinéma.

Deuxième partie à l’orgue Hammond C3 (avec deux cabines Leslie N760) : « Swingin’ Bach », avec des compositions personnelles dans un jazz plus moderne, inspirées par des thèmes des périodes baroque et renaissance (Bach, Daquin, Chardavoine).