Châteaubriant

La carrière des Fusillés de Châteaubriant

La carrière des Fusillés est la Sablière, située dans la commune de Châteaubriant, en Loire-Atlantique (à l’époque Loire-Inférieure). C’est à cet endroit que vingt-sept prisonniers du camp de Choisel meurent de la barbarie nazie le 22 octobre 1941. En représailles à la mort de Karl Hotz, un Oberstleutnant de la Wehrmacht Heer (armée de terre allemande).

la carrière des Fusillés de Châteaubriant

Historique

L’année 1941 marque un tournant dans l’action de la Résistance en France. Notamment du fait de l’engagement officiel du Parti communiste français à la suite de l’entrée en guerre de l’URSS.

Ce tournant se traduit par une intensification des actions de sabotages. on commet des attentats contre l’occupant allemand. Celui-ci réagit de plus en plus violemment, adoptant une stratégie d’exécutions massives en guise de représailles.

Le 21 août 1941, un attentat cause ainsi la mort d’Alfons Moser. Un aspirant de la Kriegsmarine, tué par Pierre Georges (dit « Colonel Fabien ») au métro Barbès – Rochechouart. L’armée allemande décrète en conséquence que tous les Français arrêtés seront considérés comme otages. Et, qu’« en cas de nouvel acte, un nombre d’otages correspondant à la gravité de l’acte criminel commis sera fusillé ».

Le gouvernement de Vichy met en place des juridictions d’exception, les sections spéciales, pour juger les communistes. Le commandement militaire allemand en France fait de son côté pression pour que ceux-ci fassent l’objet de condamnations à mort.

Motif de l’exécution des otages
Représailles après la mort de Karl Hotz.

À l’automne 1941, des groupes armés communistes réalisent une série d’opérations à Bordeaux, Ainsi qu’à Nantes à et Rouen, dans le but de forcer l’armée allemande à maintenir des troupes sur l’ensemble du territoire. Le matin du 20 octobre, l’Oberstleutnanta Karl Hotz, Feldkommandant de Nantes, est ainsi abattu par Gilbert Brustlein.

Brustlein est membre d’un commando de jeunes communistes parisiens de l’Organisation spéciale. L’armée allemande réagit immédiatement. Le général von Stülpnagel, commandant des troupes d’occupation en France, fait afficher que, « en expiation de ce crime », cinquante otages seront fusillés. Ainsi que cinquante autres si les coupables ne sont pas arrêtés avant le 23 octobre à minuit.

Déroulement

Les vingt-sept fusillés de Châteaubriant, tous communistes ou proches du parti, sont étrangers à l’attentat de Nantes. La majeure partie des communistes sont arrêtés à partir d’août 1939. Juste après l’annonce de la conclusion du pacte entre l’Allemagne nazie et l’URSS et leur invasion conjointe de la Pologne en septembre. Certains autres par la police de Vichy au cours de l’automne-hiver 1940-1941. C’est par exemple le cas de Guy Môquet, que la police française arrêta le 13 octobre 1940.

Les services du ministre à l’Intérieur de Vichy, et Pierre Pucheu établissent une liste. Le général von Stülpnagel choisit les noms des fusillés sur une liste de 61 détenus du camp d’internement de Choisel.

17 d’entre eux font partie des 27 fusillés du 22 octobre 1941. La liste de Pucheu rassemble des détenus présentés comme « particulièrement dangereux ».

Le mercredi 22 octobre 1941, jour de marché à Châteaubriant

Il y a donc beaucoup de monde en ville. Les otages, partent du camp de Choisel en camions. Ils chantent La Marseillaise pendant tout le trajet. Tous refusent d’avoir les yeux bandés. Les nazis les fusillent en trois groupes de neuf, à 15 h 55, 16 h et 16 h 10.

Liste des otages fusillés de Châteaubriant

Pour chaque victime on construit une stèle en sa mémoire.

    • Jules Auffret, 39 ans, ouvrier gazier, de Bondy, conseiller général communiste de la Seine
    • Henri Barthélémy, 58 ans, de Thouars, retraité de la SNCF, militant communiste.
    • Eugène Kérivel, 50 ans, de Basse-Indre, capitaine côtier (marin pêcheur), militant communiste.
    • Titus Bartoli, 58 ans, de Digoin, instituteur honoraire, militant communiste.
    • Maximilien Bastard, 21 ans, de Nantes, chaudronnier, militant communiste.
    • Marc Bourhis, 44 ans, de Trégunc, instituteur, militant communiste trotskiste.
    • Émile David, 19 ans, de Nantes, mécanicien-dentiste, militant communiste.
    • Charles Delavacquerie, 19 ans, de Montreuil, imprimeur, militant communiste.
    • Maurice Gardette, 49 ans, de Paris, artisan tourneur, conseiller général communiste de la Seine.
    • Désiré Granet, 37 ans, de Vitry-sur-Seine, secrétaire général de la Fédération CGT des papiers et cartons.
    • Jean Grandel, 50 ans, employé des PTT, maire communiste de Gennevilliers. Conseiller général communiste de la Seine,  et il est secrétaire de la Fédération postale de la CGT.
    • Pierre Guéguin, 45 ans, de Concarneau, professeur. Il fut maire communiste de Concarneau et conseiller général du Finistère, communiste critique. Il refuse d’accepter le pacte germano-soviétique et rompt avec le PCF, puis se rapproche des trotskistes.
    • An Huynh-Khuongb,15 dit « Luisne », 29 ans, de Paris, professeur, militant communiste.
    • Raymond Laforge, 43 ans, de Montargis, instituteur, militant communiste.
    • Claude Lalet, 21 ans, de Paris, étudiant,  qui est dirigeant des Jeunesses communistes.
    • Edmond Lefevre, 38 ans, d’Athis-Mons, métallurgiste, militant communiste.
    • Julien Le Panse, 34 ans, de Nantes, peintre en bâtiment, militant communiste.
    • Charles Michels, 38 ans, de Paris, ouvrier de la chaussure, député communiste de la Seine, secrétaire de la Fédération CGT des cuirs et peaux.

Guy Môquet, 17 ans, de Paris, étudiant, militant communiste, fils du député de la Seine Prosper Môquet déporté au bagne de Maison-Carrée

  • Antoine Pesqué, 55 ans, d’Aubervilliers, docteur en médecine, militant communiste.
  • Jean Poulmarc’h, 31 ans, d’Ivry-sur-Seine, secrétaire général de la Fédération CGT des produits chimiques, militant communiste.
  • Henri Pourchasse, 34 ans, d’Ivry-sur-Seine, employé de préfecture, responsable de la Fédération CGT des cheminots, militant communiste.
  • Victor Renelle, 42 ans, de Paris, ingénieur-chimiste, militant communiste, créateur du syndicat des techniciens des industries chimiques.
  • Raymond Tellier, 53 ans, de Paris, ingénieur-chimiste, militant communiste.
  • Maurice Ténine, 34 ans, d’Antony, docteur en médecine, militant communiste.
  • Jean-Pierre Timbaud, 31 ans, de Paris, mouleur en bronze, secrétaire général de la Fédération CGT de la métallurgie, militant communiste.
  • Jules Vercruysse, 48 ans, de Paris, ouvrier du textile, secrétaire général de la Fédération CGT des textiles, militant communiste.

Dès le dimanche suivant les exécutions, des habitants de Châteaubriant viennent se recueillir dans la carrière. Et ce, malgré l’interdiction faite par les autorités allemandes.

Mémorial de la carrière des Fusillés

Grâce à plusieurs souscriptions nationales et aux dons de ses adhérents, l’« Amicale de Châteaubriant Voves-Rouillé », regroupant d’anciens internés politiques des camps castelbriantais, acquiert différents lots de terrain dit « Le champ de la Sabliére ».

Le 21 juin 1948, c’est l’achat du champ (lieu d’exécution). Puis  le 6 décembre 1963, c’est au tour de la parcelle où les hommes édifient plus tard le monument des 27 otages.  Les 18 avril 1978 et 16 avril 1980,  l’Amicale acquiert des parcelles complémentaires. Et enfin le 17 octobre 1986, elle achète la ferme.

Un monument situé sur le lieu-même de l’exécution, réalisé par le sculpteur Antoine Rohal, fut inauguré le 22 octobre 1950.

Le 7 mai 1993, quarante-quatre ans après les premières démarches, l’Amicale obtient le classement du site. Le monument de 1950 est inscrit au titre des monuments historiques par l’arrêté du 17 octobre 2016.

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