Loire-Atlantique

Chrome VI à Basse-Indre : le maire d’Indre interpelle ArcelorMittal et le Préfet après les révélations de Reporterre

Après la publication d'une enquête du média Reporterre révélant des rejets anormalement élevés de chrome VI par l'usine ArcelorMittal de Basse-Indre, sans que les riverains en aient jamais été informés, le maire d'Indre, Anthony Berthelot, a immédiatement saisi le directeur du site et le Préfet de Loire-Atlantique. La commune réclame transparence et garanties sanitaires pour ses habitants.

Chrome VI à Basse-Indre : le maire, Anthony Berthelot interpelle ArcelorMittal et le Préfet après les révélations de Reporterre

Les révélations du média d’investigation Reporterre ont fait l’effet d’un coup de tonnerre sur la commune d’Indre, située à l’ouest de Nantes. Dans une enquête publiée cette semaine, le site indépendant dévoile que l’usine ArcelorMittal de Basse-Indre, une immense installation établie sur 60 hectares au bord de la Loire depuis plus de 200 ans, est à l’origine de rejets anormalement élevés de chrome VI dans l’atmosphère, susceptibles de présenter un risque pour la santé des habitants vivant à proximité.

Le chrome VI n’est pas une substance anodine : ce métal est reconnu cancérogène depuis 1990, mutagène et toxique pour la reproduction. Ce qui rend la situation particulièrement préoccupante, c’est l’ampleur des émissions constatées. Les experts de l’Agence européenne des produits chimiques (Echa) ont relevé que le site de Basse-Indre émet treize fois plus de chrome VI dans l’air qu’une usine jumelle du groupe basée en Espagne, qui partage pourtant le même procédé et produit des quantités similaires. De quoi, selon le même rapport de l’Echa daté de mai 2023, susciter de vives inquiétudes. Au total, les émissions atmosphériques de l’usine sont estimées, par ArcelorMittal lui-même, à près de 24 kg par an.

Manque cruel de communication auprès des populations

Plus troublant encore : l’évaluation de ce risque, produite par le groupe en 2022, n’a fait l’objet d’aucune communication auprès de la population locale. Contacté par Reporterre dans le cadre de cette enquête, le groupe ArcelorMittal n’a pas répondu aux questions des journalistes.

Face à ces révélations, la mairie d’Indre a réagi sans attendre. Dans un communiqué publié ce jour, la Ville indique avoir pris connaissance de l’article et annonce que le maire, Anthony Berthelot, a saisi dans la foulée le directeur du site ArcelorMittal ainsi que le Préfet de Loire-Atlantique, afin d’obtenir des explications « précises et complètes ». La municipalité affirme rester « pleinement mobilisée et vigilante », en particulier sur la question de la transparence des informations et de la protection de la santé des habitants.

« La santé des habitants et la protection de notre environnement restent notre priorité », conclut le communiqué, qui promet de tenir la population informée des réponses apportées et des suites données à ces interpellations.

Pour rappel, le site de Basse-Indre produit plus de 260 000 tonnes d’acier par an, destinées notamment à fabriquer des emballages alimentaires comme des conserves et des canettes. En 2024, ArcelorMittal a obtenu de la Commission européenne l’autorisation de poursuivre l’utilisation de chrome VI jusqu’en 2028 sur ce site.

Les habitants du secteur restent dans l’attente des réponses que devront apporter l’industriel et les autorités préfectorales.

Chrome VI – Conséquences sur la santé

Près de 96 100 travailleurs sont régulièrement exposés au chrome VI en France (chiffre probablement sous-estimé, car les soudeurs sur acier inoxydable ne sont pas tous comptabilisés).

Les risques d’après le document de la Carsat des Pays de la Loire.

Les pathologies liées à l’exposition peuvent être sévères et comprennent notamment des asthmes et eczémas et des cancers bronchopulmonaires : le chrome VI et ses composés sont cancérogènes, avec un excès de risque estimé à 5 à 28 cas supplémentaires pour 1 000 travailleurs exposés à l’ancienne VLEP de 50 µg/m³ (selon l’Anses).

Ces risques ont conduit à l’abaissement de la VLEP 8h à 1 µg/m³ depuis le 1er juillet 2014, mais une campagne de mesures dans une centaine d’entreprises françaises révèle des niveaux d’exposition toujours préoccupants.

Visuel de Une : © ArcelorMittal.

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