
CHU de Nantes : quand les soins dentaires s’adaptent enfin aux patients les plus fragiles
Se faire soigner les dents est une épreuve pour tout le monde. Pour un enfant autiste, un adulte porteur de trisomie 21 ou un patient atteint de handicap complexe, c’est souvent une épreuve insurmontable. Le CHU de Nantes a décidé de changer ça.
Une unité pensée pour ceux que le système oublie
Depuis plusieurs années, l’Unité de Santé Orale Spécifique, l’USOS, travaille à rendre les soins bucco-dentaires accessibles aux patients les plus vulnérables. Enfants et adultes en situation de handicap, patients présentant des besoins médicaux particuliers : ce sont eux que cette unité place au centre de sa réflexion.
Le constat de départ est simple et brutal. Les cabinets dentaires de ville accueillent chaque jour des patients handicapés pour des soins courants. Mais dès que les soins se complexifient et nécessitent une intervention à l’hôpital, les obstacles s’accumulent. L’environnement inconnu, les bruits, les odeurs, la salle d’attente, le bloc opératoire — autant de ruptures dans un parcours qui peut vite devenir source de traumatisme.
Apprivoiser le bloc opératoire avant d’y entrer
L’une des innovations les plus concrètes de l’USOS concerne les patients atteints d’autisme sévère devant subir une intervention sous anesthésie générale. Plutôt que de les confronter brutalement à l’environnement du bloc le jour J, l’unité propose des visites d’habituation en amont. Accompagnés par une infirmière de parcours dédiée, les patients découvrent les lieux, les sons, les équipements — progressivement, à leur rythme.
Le principe est aussi simple qu’efficace : ce qui est familier est moins anxiogène. Et une intervention qui se déroule sereinement, c’est un patient qui récupère mieux, et une famille qui reprend confiance dans le système de soins.
Dans la même logique, l’unité a développé le parcours Handibloc, qui permet de regrouper plusieurs interventions chirurgicales en une seule anesthésie générale. Pour des patients dont chaque déplacement à l’hôpital est une source de stress intense, éviter une deuxième ou troisième intervention représente un progrès considérable.
Les enfants trisomiques, dès le deuxième mois de vie
Les enfants porteurs de trisomie 21 présentent des problèmes bucco-dentaires particulièrement fréquents et complexes. L’USOS a mis en place cette année un parcours spécifique à l’échelle du département, porté par les docteurs Roussely et Hyon. La prise en charge peut désormais débuter dès le deuxième mois de vie.
Mieux encore : une consultation est proposée aux parents dès le diagnostic de trisomie 21, parfois avant même la naissance. L’objectif est d’informer les familles le plus tôt possible pour prévenir des troubles qui, faute de suivi précoce, auraient pu s’installer durablement.
En parallèle, l’unité développe un carnet de santé bucco-dentaire dédié aux enfants porteurs de trisomie 21, en collaboration avec la plateforme nationale O’Rares et l’association locale Rien qu’un chromosome en plus. Une version adulte est prévue dans un second temps, et un carnet plus généraliste destiné à l’ensemble des patients porteurs de handicap complexe devrait voir le jour d’ici 2027.
Un écureuil pour repère
Comment aider un enfant atteint de handicap complexe à ne pas paniquer quand il passe du bloc opératoire à la chambre d’hospitalisation ? L’USOS a trouvé une réponse inattendue : un motif visuel — un petit personnage reconnaissable — qui accompagne le patient tout au long de son séjour, des murs du bloc à ceux de sa chambre.
Après un temps de mémorisation, ce repère visuel devient un point d’ancrage rassurant. L’enfant le reconnaît, se situe, s’apaise. Développé en collaboration avec Naovie, le fonds de dotation du CHU, ainsi que les entreprises Acte Déco et CSI Thermoformage, ce dispositif a été récompensé en juin 2025 par le Prix Expérience Patient.
La visite virtuelle primée
Autre innovation remarquée : la visite virtuelle du service, déployée depuis près d’un an. Avant leur venue, les patients et leurs accompagnants peuvent explorer virtuellement les espaces de soins, se familiariser avec les lieux, anticiper chaque étape du parcours. L’enquête de satisfaction menée auprès des premiers utilisateurs est sans appel : l’outil est plébiscité.
Le 13 mars 2026, ce dispositif a été distingué comme 3ème lauréat du Prix des Valeurs Hospitalières, décerné par l’Association des Directeurs d’Hôpital.
Vers l’hôpital de demain
L’USOS prépare déjà l’après. Dans la perspective du futur hôpital Loire Santé, dont l’ouverture est prévue en 2027, les équipes travaillent dès maintenant à la conception des futurs espaces de consultation pour réduire au maximum les sources d’angoisse. Les consultations préopératoires en visioconférence, déjà proposées lorsque la situation médicale le permet, s’inscrivent dans cette même logique : moins de déplacements, moins de stress, une meilleure préparation.
La responsable de l’unité, le Dr Isabelle Hyon, résume l’ambition en une phrase : lever les barrières pour que chaque patient puisse se sentir accueilli comme tout autre, dans un cadre adapté et inclusif.
C’est une évidence qu’il a fallu des années pour transformer en actes.




