
Cinéma à la folie : quand le grand écran fait sauter les verrous de la santé mentale.
Un festival itinérant débarque à Nantes du 3 au 6 octobre 2025 pour bousculer les préjugés sur les troubles psychiques. Au programme : douze films suivis de débats, pour que la parole se libère enfin.
Dangereuses, imprévisibles, inquiétantes… Les personnes souffrant de troubles psychiques traînent un cortège de clichés tenaces. Quatre Français sur dix les jugent même menaçantes. Pourtant, derrière ces peurs se cachent surtout de l’ignorance et du silence. Comment changer la donne ? Le festival Cinéma à la folie, qui pose ses valises à Nantes ce week-end, fait le pari du grand écran.
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L’intuition n’est pas si folle : un quart des Français citent le cinéma et les séries comme source d’information privilégiée sur la santé mentale. Ce chiffre grimpe même à un tiers chez les moins de 35 ans. Alors autant leur proposer autre chose que des serial killers psychopathes et des « fous » de service.
Une tournée des terroirs contre les tabous
Pour sa première édition, le festival ne s’installe pas dans les grandes métropoles mais sillonne huit villes moyennes, d’Orléans à Pau, en passant par Clermont-Ferrand et Boulogne-sur-Mer. Des territoires souvent éloignés des ressources en santé mentale, où les tabous pèsent peut-être encore plus lourd.
À Nantes, la situation est particulièrement alarmante : 20 % des jeunes de 17 ans ont eu des pensées suicidaires en 2022. Dans le même temps, le CHU ne dispose que de 14 lits de pédopsychiatrie – quatre fois moins que la moyenne nationale. Un hiatus vertigineux.
Six films, six façons de dire l’invisible
Au cinéma Le Concorde, six projections gratuites permettront d’aborder la bipolarité (La Vie de ma mère), la prévention du suicide chez les jeunes (Les Rêveurs d’Isabelle Carré), l’anorexie (Le Soleil de trop près) ou encore la schizophrénie (Nos folies ordinaires). Pas de misérabilisme ni de happy end trop facile : juste la complexité du réel.

Le clou du dispositif ? Après chaque séance, cinéastes, soignants, patients et associations se retrouvent pour débattre. Julien Carpentier, réalisateur de La Vie de ma mère et lui-même aidant, échangera avec une psychiatre du CHU et une personne vivant avec un trouble bipolaire. Pas d’experts en surplomb, mais des voix qui se croisent et se répondent.
Nicolas Philibert et Isabelle Carré, parrains du festival, connaissent la puissance du cinéma pour déplacer les regards. Reste à savoir si cette parenthèse d’octobre suffira à faire bouger les lignes. Une chose est sûre : elle aura au moins le mérite d’exister. Et dans le désert des politiques de santé mentale, c’est déjà beaucoup.
Cinéma à la folie : quand le grand écran fait sauter les verrous de la santé mentale
Du 3 au 6 octobre au Concorde, Nantes
Entrée gratuite sur réservation.
www.cinema-a-la-folie.fr
Visuel de Une : © Christine Tamalet.