Des arbres contre des tronçonneuses

Des riverains très remontés contre l'appétit féroce du Crédit Agricole Promotion Immobilier. Pour son dernier projet nantais, le promoteur ne veut rien de moins que de mettre à terre vingt-deux arbres remarquables.

Des arbres contre des tronçonneuses, tel pourrait être le titre du combat qui oppose, à Nantes, les habitants du Bout des Landes, au projet immobilier du Crédit Agricole.

Alors qu’à Nantes, comme ailleurs, le réchauffement climatique est une réalité, que le débit de la Loire et de l’Erdre proche diminue atteignant le seuil d’alerte, il existe à deux pas du périph’ nord, un ilot de verdure de près d’un demi-hectare. Le Crédit Agricole, à travers sa filiale de promotion immobilière a pour ce coin de paradis, des visées un peu moins bucoliques.

La promotion sur papier glacé

«Votre réserve naturelle de bien-être. Au cœur d’un espace boisé classé, véritable havre de paix à deux pas de la ville, votre nouvelle résidence respire la sérénité. Tout autour de vous s’élèvent des cèdres, des pins et même des chênes centenaires. » La promotion sur papier glacé fait rêver. Crédit Agricole Promotion Immobilier y va de son couplet. Le promoteur vante son futur programme immobilier Sylva, qui sent bon la sève de pin.

« Dans ce cadre enchanteur à la palette végétale unique, tout a été pensé pour préserver l’harmonie des lieux, de la magnifique pergola en bois avec toit végétalisé qui accueille les places de parking, jusqu’aux bacs à composts et aux nichoirs à oiseaux. »

Le tout à 6195euros le ( 254 000 €/41 ), la moyenne du tourne autour de 4300 euros. Ce sera donc de l’investissement pur, pour des propriétaires qui n’habiteront jamais le quartier. Il s’agit, encore une fois de défiscalisation Loi Pinel qui permet une réduction fiscale de 21% sur une mise en location d’une durée de douze ans.

Il y a un hic et pas des moindres. Pour parvenir à ses fins, sur cette parcelle de 4 500 m2,  le promoteur immobilier compte faire table rase. Plus de chênes centenaires, mais la coupe réglée de 22 arbres qui constituent un patrimoine inestimable.

Un premier projet annulé

En 2020, la maire de Nantes annule un premier projet. Un trop grand nombre d’arbres devant être abattus, le service de la mairie de Nantes « nature et jardins » obtient le retrait du permis de construire. Un Ouf de courte durée. 2022, les habitants et associations de défense de l’environnement voient le retour d’un projet seulement diminué de 6 logements. Le promoteur, dans sa nouvelle mouture, garde une très vaste emprise au sol. Il prévoit même de bâtir sur pilotis. On constate que les immeubles construits récemment dans le quartier subissent des dommages de capillarité. Les rez-de-chaussée sont humides. La nappe phréatique affleure ici la surface. Cette nappe doit être protégée de toute artificialisation à sa surface qui la mettrait en danger.

Jeudi 28 juillet 2022, une quarantaine de personnes (habitante-s, riverain-es et associations) se réunissaient pour contester le projet immobilier.

Une zone humide en ville

Le recensement des espèces des arbres permet d’identifier une zone humide. Ainsi le Chêne des marais, côtoie le Cèdre rouge. Le Tulipier de Virginie, une espèce qui peut vivre 300 ans, est voisin du Laurier du Caucase. Un diversité des espèces remarquable qui abrite une faune riche. On y voit, nichant dans les buissons, la fauvette à tête noire, qui, si, elle n’est plus rare, est le témoin de la biodiversité.

S’ajoute la présence d’une nappe phréatique peu profonde, entre 0,50 et 2,50 m, comme le confirme la demande de permis de construire.

Le collectif demande la mise en place d’un inventaire faunistique. La parcelle de 4500 m2 se trouve entre deux îlots de chaleur répertoriés par l’Agence d’études urbaines (AURAN).

Ici, il y a le Gesvres, La Ménardais, puis le Cens et la proximité de l’Erdre.

Les habitants ont du mal à entendre les élus dire qu’il faut reverdir la cité. Ils ne comprennent pas que l’on nous présente un débitumeur, comme un signe précurseur d’une ville qui retourne aux sources de l’humain. Et que dans le même temps, on bétonne les quartiers périphériques.

Signez la pétition

Le collectif sait qu’il faut aller vite. Suite à deux recours, le permis de construire est suspendu jusqu’au 20 septembre 2022. Sophie Tiger, qui réside depuis trente ans dans le quartier et cheville ouvrière du collectif a mis en ligne une pétition.

La pétition contre le projet du Crédit Agricole Promotion Immobilier à Bout des Landes.

Bien que des professionnels du SEVE (Service des Espaces Verts et de l’Environnement) aient inventorié tous les arbres et se soient opposés au projet, ainsi que les habitants, ils n’ont pas été entendus.

Par le passé, les riverains ont vu la coupe d’environ 400 arbres. Il leur semble important, à deux pas du périphérique, que des puits de carbone existent.

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