Il y a cent ans naissait Odette Nilès

Figure de la Résistance, dernière internée du camp de Choisel à Châteaubriant, ce mardi 27 décembre, Odette Nilès souffle ces cent bougies avec sa famille et ses ami.es.

Il y a cent ans naissait Odette Nilès. Dès 1939, son sens de la justice sociale et de l’indépendance des peuples la conduisait déjà à militer contre la non-intervention en Espagne, à s’engager politiquement pour le Parti Communiste frappé d’interdiction, à collecter des boîtes de lait pour les bébés espagnols. La jeune Odette Lecland n’est alors âgée que d’une quinzaine d’années. À 17 ans, elle entre en résistance contre l’Occupant allemand, dans sa ville de Drancy. Elle ne se résigne pas, contrairement à beaucoup. Elle participe à la manifestation des étudiants et lycéens, le 11 novembre 1940 à Paris, puis à celle du 14 juillet 1941 sur les Grands Boulevards, enfin à celle du 13 août au métro Richelieu Drouot. C’est à cette occasion que les tristement célèbres Brigades Spéciales l’arrêtent, elle et 16 jeunes hommes.

Tous ont moins de 20 ans

Elle est jugée en cour martiale, le 26 août de la même année. Cela ne traîne pas. Parmi ses camarades, beaucoup sont condamnés à la prison en Allemagne. Trois sont condamnés à mort et exécutés. Elle apprend avec quelle extrême sévérité les Occupants punissent les récalcitrants. Elle saura dorénavant à quoi chacun de ses actes pourra l’exposer. Pour sa part, elle finit à la prison de la Petite Roquette. Pas pour très longtemps, puisqu’elle fait partie du contingent de 48 femmes qui arrive au camp de Choisel, à Châteaubriant, en septembre 1941. Là, ce sera le temps de la débrouillardise, de la camaraderie, de la révolte plus ou moins silencieuse, mais aussi celui d’une courte mais éternelle idylle avec le vaillant Guy Môquet. Le temps des otages, des exécutions, malheureusement. Elle va en voir tellement, des amis, partir pour le peloton !

Trois années, elle passera trois de ses années de jeunesse, en sursis, dans les camps : Châteaubriant, Aincourt, Gaillon, La Lande-Mons…De sinistre mémoire, elle croisera Maurice Papon à plusieurs reprises.

Elle s’évade finalement de celui de Mérignac, pour poursuivre les combats de la Libération dans la région bordelaise. Responsable en Charentes des Forces Unies de la Jeunesse, elle contribue à chasser les dernières poches de résistance allemandes, du côté de Royan. Elle rencontre un jeune commandant FFI, Maurice Nilès, qui deviendra maire de Drancy, jusqu’en 1997, député de la Seine, mais surtout son époux.

© Alain Moreau

Avec lui, une fois la France libérée, elle participe, dans l’ombre, à la reprise de la vie locale, à la reconstruction du pays. Et d’une famille. Leur fils, prénommé Claude Guy en hommage au jeune Guy Môquet, son camarade fusillé le 22 octobre 1941, va naître en novembre 1945, qui leur donnera plusieurs petits-enfants, puis arrière-petits-enfants. Présidente de l’Amicale Chateaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt jusqu’en 2022, c’est vers l’avenir qu’elle s’est toujours tournée, résolument, en essayant de transmettre aux jeunes le flambeau de la Mémoire, sans relâche, durant de longues décennies.

Odette Nilès fête ses 100 ans

Lorsque l’on rencontre Odette Nilès, on est tout de suite marqué par son regard. Elle venait à Châteaubriant, il y a encore quelques années, lors des commémorations. Et chacune, chacun qui l’a rencontrée, se souvient.

Aujourd’hui, Officier de la Légion d’honneur, Odette Nilès demeure l’une des dernières résistantes de la Seconde Guerre mondiale encore en vie, à l’instar de Madeleine Riffaud. Une grande fierté pour l’Amicale et ses comités dans toute la France.

Interview de Carine Picard-Nilès qui raconte sa grand-mère.

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