Ko Ko Mo : Warren met fin à 12 ans d’aventure musicale.
La fin d’une épopée rock nantaise
Dans un message empreint d’émotion publié récemment, Warren Mutton a annoncé la dissolution de Ko Ko Mo, le duo rock qui a marqué la scène musicale française pendant plus de douze ans. Une décision difficile motivée par des divergences profondes sur les valeurs essentielles du projet.
« Suite à une longue réflexion, je dois prendre la triste décision de mettre un terme à l’aventure KO KO MO que j’ai initiée il y a plus de 12 ans », écrit Warren dans son message d’adieu, évoquant des « divergences profondes » qui l’ont conduit à prendre cette « responsabilité, aussi lourde que nécessaire ».
Le guitariste et chanteur avait espéré célébrer la clôture de ce chapitre au Zénith de Paris le 27 février aux côtés de son « frère de scène K20 », Kevin Grosmolard, mais cet événement n’aura finalement pas lieu.
Une histoire de rencontre et de passion
Le duo Ko Ko Mo naît en 2009 d’une rencontre fortuite dans une école de musique nantaise, lors d’un atelier jazz. Warren Mutton et Paul (qui sera plus tard remplacé par Kevin « K20 » Grosmolard) se croisent dans les couloirs sans vraiment se connaître jusqu’à ce que leur professeur, Didier Narcy, (père du batteur Arthur Narcy) leur demande de jouer ensemble pour une soirée blues. Cette première collaboration marque le début de l’aventure.
Ko Ko Mo : les débuts (2009-2012)
De 2009 à 2012, le duo atypique multiplie les scènes, notamment en première partie de Smooth début 2010. En 2012, ils remportent le Tremplin Jeunes Charrues à Blain, un tournant décisif dans leur carrière. C’est lors d’un tremplin Jeune Talent avec Nicolas Berrivin de Smooth que le projet Ko Ko Mo se structure véritablement, Warren étant alors « passionné de blues depuis l’âge de 5 ans ». à Nantes, Ko Ko Mo était né de la rencontre entre Warren Mutton, guitariste et chanteur à la voix androgyne comparée à celle de Robert Plant, et Kevin « K20 » Grosmolard, batteur au jeu percutant évoquant John Bonham ou Keith Moon. Un duo aux influences contrastées qui faisait toute la richesse de leur son : Warren puisait dans le delta blues et le rock des années 70, tandis que K20 revendiquait des influences électro et hip-hop.
« C’est vraiment une histoire de rencontre », confiait K20 dans une interview. « Avant de jouer avec Warren, j’étais justement à deux doigts de tout lâcher et de partir en Islande. »
Le groupe tire son nom du chanteur de blues américain James Kokomo Arnold et d’un chef de la tribu amérindienne des Miamis, Ma-Ko-Ko-Mo, révélant d’emblée l’ambition de ce projet musical atypique.
Une ascension fulgurante
Révélé lors de la sélection des Jeunes Charrues à Blain, puis lors des Trans Musicales de Rennes en 2015, Ko Ko Mo s’impose rapidement comme l’un des groupes français les plus explosifs de sa génération. Leur premier EP autoproduit, « Stole My Soul », sort en 2014, suivi de quatre albums studio qui marqueront leur trajectoire :
– Technicolor Life (2017) : Enregistré à Nantes et mixé à Liverpool avec le producteur Al Groves (Oasis, Arctic Monkeys), cet album de dix titres impose le duo comme une force incontournable du rock français.
– Lemon Twins (2019) : Un deuxième opus qui affine leur style, mêlant inspirations seventies et arrangements électro.
– Need Some Mo’ (2022) : Publié sous le label PIAS, l’album est salué par la critique pour son « retour aux sources même du rock » et son « extravagance ébouriffante ».
– Striped (2024) : Leur dernier album, sorti en octobre, quelques mois seulement avant l’annonce de la séparation.
Des reprises cultes et une reconnaissance internationale
Ko Ko Mo s’est particulièrement illustré par ses reprises audacieuses. Leur version de « Personal Jesus » de Depeche Mode (2017), enregistrée à l’Opéra Graslin de Nantes, donne au classique new wave « une dose de seventies » avec « une guitare délicieusement brute ». En 2020, leur reprise « explosive » de « Last Night a D.J. Saved My Life » génère plus de 2 millions de streams.
Le duo a parcouru le monde, accumulant plus de 600 concerts mémorables en France, en Europe, en Asie (Chine, Inde, Indonésie, Corée du Sud, Japon), en Australie, à Madagascar et même en Afrique. Leurs tournées nationales se soldaient régulièrement par des salles à guichets fermés, galvanisant des dizaines de milliers de spectateurs dans les plus prestigieux festivals.
« On n’est pas un groupe de revival », expliquait Warren. « Le truc qui est vraiment intéressant c’est que Ko Ko Mo est une rencontre et une dualité sur scène, entre les influences de Kevin qui sont vachement plus électro, american hip-hop et autres, et puis moi mes influences un peu plus bluesy, un peu plus anciennes. »
L’épreuve du feu
Le 20 juillet 2023, Ko Ko Mo connaît un coup dur : l’incendie de leur tourbus les contraint à annuler la fin de leur tournée des festivals. Un événement traumatisant qui n’aura pourtant pas raison de leur détermination à poursuivre l’aventure, du moins temporairement.
Un message d’adieu plein de gratitude
Dans son annonce, Warren exprime toute sa reconnaissance envers ceux qui ont soutenu le projet : « Les mots me manquent pour vous dire à quel point l’amour et la générosité que vous m’avez portés tout au long de ce voyage resteront gravés, pour toujours, dans mon cœur et auront plus que jamais donné un sens à ma vie. »
Il remercie également « toutes les âmes bienveillantes de notre équipe et de nos partenaires qui ont travaillé et ont cru en ce projet. »
Malgré la tristesse, Warren se projette déjà vers l’avenir, promettant « très bientôt une nouvelle histoire » qu’il souhaite « pleine de partage, d’humanité, de passion, de respect, de travail, de générosité, de rêve et d’amour. À l’image de ce que doit toujours être la vie… belle. »
Il conclut son message par ces mots : « Prenez soin les uns des autres et de vous-même. Je vous aime du plus profond de mon cœur. »
L’héritage d’un duo unique
Ko Ko Mo laisse derrière lui un héritage considérable dans le paysage rock français. Ce duo au son « instantanément reconnaissable » aura prouvé qu’il était possible, avec seulement une guitare et une batterie, de créer une tempête sonore capable de rivaliser avec les plus grandes formations.
Leur énergie scénique légendaire, leurs bains de foule mémorables, leur capacité à descendre dans la fosse pour jouer en acoustique au milieu du public resteront gravés dans la mémoire de tous ceux qui ont eu la chance de les voir sur scène.
Si l’aventure Ko Ko Mo s’achève aujourd’hui, elle aura marqué plus de douze ans de rock incandescent, de passion dévorante et de partage authentique. Une belle histoire qui se termine, laissant présager de nouveaux chapitres pour Warren Mutton, dont le talent et la détermination continueront sans aucun doute à faire vibrer les scènes musicales.
