Saint-Sébastien-sur-Loire

La disparition de Josef Mengele : un seul en scène glaçant sur l’impunité nazie à voir absolument

Le jeudi 9 avril à 20h, l'Embarcadère accueille La disparition de Josef Mengele, un seul en scène signé Mikaël Chirinian, adapté du roman éponyme d'Olivier Guez, prix Renaudot 2017. Sur le plateau, une question sans réponse satisfaisante : comment l'un des plus grands criminels de la Seconde Guerre mondiale a-t-il pu vivre trente ans en liberté, sans jamais regretter un seul de ses actes ?

Il y a des histoires que l’on n’a pas envie d’entendre. Celle de Josef Mengele en fait partie. Et c’est précisément pour cela qu’il faut les écouter.

Le jeudi 9 avril, à 20h, l’Embarcadère à Saint-Sébastien-sur-Loire accueille une forme de théâtre rare : un seul homme, un plateau, et le poids insupportable d’une vie criminelle racontée sans détour. La disparition de Josef Mengele, adapté du roman lauréat du prix Renaudot 2017 d’Olivier Guez, n’est pas un spectacle sur la Shoah. C’est quelque chose de plus troublant encore, un spectacle sur l’impunité.

Ce que l’histoire officielle oublie souvent

On connaît Mengele par ses crimes. Médecin à Auschwitz de 1943 à 1945, surnommé « l’ange de la mort », il a pratiqué sur des milliers de déportés des expériences d’une cruauté méthodique, scientifiquement organisée. Ce que l’on raconte moins, c’est la suite : en 1949, il débarque à Buenos Aires. Il refait sa vie. Il vieillira. Il mourra en 1979, sur une plage brésilienne, d’une noyade accidentelle, sans jamais avoir comparu devant aucun tribunal.

C’est cette parenthèse de trente ans, ce scandale silencieux, qu’Olivier Guez a choisi d’exhumer.

Un homme debout, une voix

Sur scène, Mikaël Chirinian porte seul cet édifice. Pas de décor spectaculaire, pas de reconstitution. Juste la langue, précise et tendue, et la présence physique d’un comédien qui refuse de jouer le monstre pour mieux nous montrer l’homme, ce qui est infiniment plus dérangeant.

Car c’est bien là le vertige que provoque ce récit : Mengele n’est pas fou. Il n’est pas torturé. Il ne regrette rien. Protégé par sa famille fortunée en Bavière, soutenu par des réseaux d’anciens nazis en exil, toléré par des États complaisants, il reconstruit une existence presque ordinaire en Amérique du Sud. Il jardine. Il écrit. Il se plaint de la solitude.

La mise en scène de Benoît Giros choisit de ne pas hurler. Elle laisse le silence faire son travail.

Ce que le théâtre peut que le livre ne peut pas

Lire Olivier Guez, c’est déjà une expérience saisissante. Mais entendre cette histoire dans l’obscurité d’une salle, face à un acteur en chair et en os, c’est autre chose. Le théâtre rend la question physique, immédiate : comment un être humain tient-il debout sans remords ? Comment une société laisse-t-elle cela arriver ?

La traque s’organise, pourtant. L’étau se resserre, lentement. Même le propre fils de Mengele, venu lui rendre visite, repart sans avoir réussi à ébranler la moindre certitude paternelle. Il n’y a rien à sauver dans cet homme. Et c’est peut-être ça, la leçon la plus difficile à accepter.

Pourquoi y aller ?

Pas pour se faire du mal. Pas par devoir mémoriel, même si ce devoir existe. Mais parce que l’histoire de Mengele est aussi l’histoire de ceux qui l’ont protégé, couvert, aidé à survivre. Elle nous parle de lâcheté ordinaire, de complicités silencieuses, de la facilité avec laquelle le monde peut regarder ailleurs.

En 1 h 15, sans entracte, sans filet, Mikaël Chirinian nous force à regarder en face.

La disparition de Josef Mengele, Jeudi 9 avril, 20h, L’Embarcadère à Saint-Sébastien-sur-Loire, rue Marie Curie. À partir de 14 ans. Tarifs de 8€ à 20€.

Viseul de Une : © Jean-PhilippeLarribe.

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