Tribune Libre

La mobilisation des habitants de la rue de Toronto

Une journée pique-nique avait lieu le samedi 15 septembre après-midi. Balade avec un ornithologue amateur, des associations, un pique-nique avec une séquence musicale pour tenter d'arrêter le massacre des arbres.

La mobilisation des habitants de la rue de Toronto à Nantes, pour l’espace public de proximité.

A l’annonce de l‘abattage d’arbres de l’espace boisé qui sépare la rue de Toronto de l’avenue du Bout des Landes, les habitants se sont mobilisés.

L’enjeu

Parallèlement à la démolition des deux barres de logements rue de Vancouver, Nantes Métropole et la Mairie de Nantes ont annoncé la construction de deux immeubles de 15 logements sur la partie nord de la rue de Toronto.

Cette opération a lieu dans le cadre du Grand Projet Nantes nord, sur le périmètre de la ZAC créée en 2022 et réunissant les quartiers de logements sociaux de Bout des Pavés, Chêne des Anglais, Boissière, Petite Sensive. Ces opérations de démolition/construction se font avec la participation de l’ANRU, agence nationale de rénovation
urbaine, qui conditionne ses aides financières à l’obligation de démolir et de reconstruire avec la volonté de soutenir la filière du bâtiment et de développer de la mixité sociale.

L’un des immeubles à construire se fait sur une partie déjà artificialisée par la rue et le parking.
L’autre nécessite l’abattage d’une douzaine à une quinzaine d’arbres. La quantité varie selon de les interlocuteurs. Il faudra attendre l’enquête publique de déclassement de l’espace public ou le permis de construire pour être fixé.

C’est ce second immeuble de 15 logements qui pose problème

Les habitants ne veulent pas voir disparaître une partie du bosquet auquel ils tiennent. A juste titre. La qualité de fraîcheur que l‘on ressent dans ce bosquet, la quantité d’oiseaux qui fréquentent les plus hautes cimes, la diversité biologique qui s’y habite (écureuils, hérissons, etc.) en font un lieu très apprécié notamment par grandes chaleurs. Les habitants les plus âgés s’y retrouvent sur les bancs. C’est aussi un lieu arboré ressource. En effet, le quartier connaît des îlots de chaleur à proximité (Bout des pavés, Route de Rennes), et une diminution nette de la biodiversité en raison de la disparition d’un grand nombre d’arbres et de l’augmentation des surfaces artificialisées par le nombre conséquent de constructions réalisées et projetées.

Enfin les grands arbres, à cet endroit, « pompent » l’eau dont la présence, en quantité, est liée au passage souterrain de l’un des bras amont du Ruisseau des Renards. Le creusement des fondations d’un immeuble à cet endroit pourrait nécessiter du pompage à l’année comme dans d’autres immeubles du quartier. Il s’agit-là une intervention perturbante pour les eaux souterraines.

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Les arguments de la mairie et leur réfutation

La construction de ces deux immeubles qui se fera par une grande société immobilière après la vente de l’espace public concerné, sera suivi d‘une mise en vente à des investisseurs. L’objectif est de renforcer la mixité sociale.

Les habitants ne méconnaissent ni la nécessité de construire des logements sur l’agglomération, ni l’intérêt de poursuivre un objectif de mixité.

Cependant ils pensent que ces objectifs peuvent être réalisés sans abattre les arbres annoncés. En effet, il est tout à fait possible d’imaginer des solutions alternatives :
Construire un seul immeuble… mais plus haut. Nantes Métropole réfléchit en ce moment à un rehaussement de certains immeubles dans le cadre de leur rénovation, là où c’est possible.
Construire sur un autre espace déjà artificialisé,
Ou tout simplement ne pas construire ce petit immeuble…

Sans ce second petit immeuble, la mixité ne va pas manquer. La construction de près de 500 logements est prévue dans un rayon de 500 m.*

Quid de la mixité sociale ?

Par ailleurs, un grand nombre de logements vont être construits tout autour dans un périmètre un peu plus éloigné : dans le périmètre de la ZAC dans le cadre du Grand Projet de quartier, sur la route de Rennes/Praudière/Mendes-France, côté Orvaltais et également côté nantais.

La question est la suivante : doit -on continuer à densifier un quartier déjà très dense ? A quelques centaines de mètres, du côté Orvault, il existe des rues plus larges que des avenues et un pavillonnaire peu dense.

Pourquoi ne pas construire sur la commune de La Chapelle-sur-Erdre qui est bien loin des 25 % de logements sociaux réglementaires. La Chapelle est une commune majoritairement habitée par des cadres. Un peu de justice sociale en matière d’aménagement ne nuirait pas. A l’exemple du collège Rosa Parks, Nantes sait qu’il est plus facile de faire de la mixité en construisant du logement social dans des quartiers plus favorisés que de faire l’inverse !

La qualité de l’habitat social ne se réduit pas à l’intérieur du logement

Les logements de la rue Toronto vont bientôt être rénovés. C’est une bonne chose. Cependant la qualité de vie des habitants de logements sociaux ne se réduit pas à l’intérieur du bâti. Son environnement compte. La fraîcheur procurée par des arbres, la dimension visuelle de la nature, l’importance d’une ambiance où le chant des oiseaux évite un silence déshumanisant… tous ces éléments comptent.

Les habitants des quartiers sont comme les autres, sensibles aux éléments écologiques dans une période d’urgence climatique. L’attachent au paysage est un droit. Cet attachement n’est pas de la sensiblerie. Il s’agit d’ un droit à la qualité de vie à l’extérieur de leur logement. Ce qui participe à un bon équilibre psychologique. Mais aussi à la santé physique. Les arbres absorbent le gaz carbonique et produisent une régulation de l’atmosphère par leur évaporation constante. Leur présence est aussi un élément qui contribue à l’équilibre des personnes. La période des confinements lors de la pandémie en a démontré toute l’importance !

Les plus âgés des habitants passent du temps sur les bancs de ce bosquet. L’été les familles qui ne partent pas en vacances y organisent des pique-nique. Des signes de l’importance du lieu à leur yeux.

L’historique de la mobilisation des habitants de Toronto

Les habitants de Toronto – surtout les habitantes d’ailleurs – se sont mobilisés dès l’été 2022. Ils et elles organisaient une réunion sous les arbres.

Un courrier signé d’une vingtaine de personnes à l’adresse de la maire de Nantes. Le collectif demande une réunion d’information, le maintien du bosquet . Il désire également la remise en état des bancs dont certains manquent depuis des années.

L’adjoint de quartier a en retour proposé l’organisation d’une réunion d’information en février 2022. Histoire de faire le point sur le projet, actant l’abattage d’une douzaine d’arbres parmi les plus grands. Cette situation ne satisfait pas les habitants.
Une pétition papier circule depuis juin 2023. Elle a déjà recueilli près d’une centaine de signatures.

L’enquête publique de déclassement de cet espace pour être vendu à un promoteur privé devrait
être validée au conseil municipal de septembre 2023.

* en face de Toronto sur le côté ouest de l’avenue du Bout des Landes, sur tout le linéaire de la rue de la Boulonnerie. Et sur la Route de la Chapelle, face à la mairie et de chaque côté de la rue Olga Chalon, etc.

Pour soutenir l’action ou pour contacter le collectif cnnec@protonmail.com

 

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