
C’est une reconnaissance que le monde du patrimoine industriel nantais appelait de ses voeux depuis longtemps. Par arrêté préfectoral signé le 31 mars 2026, la raffinerie Béghin-Say rejoint officiellement la liste des monuments historiques. La DRAC des Pays de la Loire a rendu la décision publique ce 6 mai, au terme d’une procédure portée par le Collectif des associations du patrimoine industriel et portuaire, et validée par la Commission régionale du patrimoine et de l’architecture.
Deux siècles de sucre sur les quais
L’histoire de ce site se confond avec celle de l’industrie sucrière nantaise, l’une des plus anciennes et des plus prospères de France. Tout commence en 1812 quand Louis Say, filateur reconverti, choisit Nantes pour y implanter une raffinerie de sucre de canne. La maison Say prospère pendant plus d’un siècle, portée par le commerce atlantique et la richesse des colonies. C’est dans ce sillage qu’est érigée, entre 1935 et 1937, la raffinerie actuelle, confiée aux ateliers Schwartz-Hautmont, spécialistes reconnus de l’architecture métallique industrielle. Capable de produire 200 tonnes de sucre par jour, le site devient rapidement un pilier de l’approvisionnement sucrier français.
Les bombardements de la Seconde Guerre mondiale endommageront sévèrement l’outil de production, mais la raffinerie repart dès 1946, reconstruite en partie par ses propres ouvriers. Elle traversera ensuite les décennies de concentration industrielle : absorption par le groupe Béghin en 1973, fusion avec l’italien Eridania en 1992, rachat par la coopérative Tereos en 2002. L’activité de raffinage s’éteint en 2009, laissant place au seul conditionnement du sucre de bouche sous les marques La Perruche, Blonvilliers et Béghin-Say, pour une grande part destinées aux marchés ultramarins.
L’usine bleue, signal fort du paysage ligérien
Sa silhouette est connue de tous les Nantais. Flanquée d’une cheminée de 83 mètres et de tours imposantes, l’ancienne raffinerie domine le bord de Loire face à la Haute-Île, depuis le quai de l’Échouage jusqu’au pont des Trois-Continents. Son identité visuelle, le bleu et blanc choisis en 1993 en référence aux origines caribéennes de la canne à sucre, en font l’un des repères paysagers les plus singuliers de la métropole, à nul autre pareil dans le tissu industriel régional.
C’est cette double dimension, architecturale et paysagère, que la Commission régionale du patrimoine et de l’architecture a tenu à consacrer. Elle a souligné l’intérêt des bâtiments d’origine à ossature métallique, représentatifs d’une technique constructive longtemps dominante, ainsi que la relation intime du site avec le fleuve, à la fois voie de transit des matières premières et source d’énergie pour la production.
Les bâtiments désormais protégés
L’inscription au titre des monuments historiques couvre plusieurs éléments du site, en totalité ou partiellement : le bâtiment administratif et l’ancien atelier donnant sur le boulevard Bénoni Goullin, les bâtiments des sucres raffinés et des sirops reliés par leur passerelle, l’ancien entrepôt des sucres bruts côté Loire, l’ancienne cartonnerie à sheds conoïdes et, bien sûr, la cheminée. Un périmètre ciblé, qui protège l’essentiel sans figer un site encore en activité.
Un travail de longue haleine
Cette inscription est l’aboutissement d’une mobilisation collective associant la DRAC, les services patrimoniaux de Nantes Métropole, le collectif associatif à l’origine de la démarche et Tereos France, propriétaire et exploitant du site. Elle fait de Béghin-Say le deuxième ensemble industriel nantais à bénéficier d’une telle protection, après le site des Batignolles classé en 2022, confirmant que Nantes assume pleinement la mémoire de son passé portuaire et manufacturier comme une richesse à part entière.
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Visuel de Une : © A.J



