Loire-Atlantique

Le « gaz hilarant » n’a plus rien de drôle pour les forces de l’ordre de Loire-Atlantique

La préfecture de Loire-Atlantique organisait ce jeudi 16 avril une opération de contrôles routiers ciblée sur le protoxyde d'azote, dit « gaz hilarant ». Depuis le 10 avril et jusqu'au 16 septembre 2026, un arrêté préfectoral interdit sa consommation, sa détention et son transport sur l'ensemble de l'espace public du département. Depuis le début de l'année, un décès par accident de la route et deux blessés graves y sont liés.

Ce jeudi 16 avril à 21h30, un dispositif de contrôle routier était déployé au rond-point de la sortie sud du parking Feydeau, à proximité du CHU de Nantes. Aux côtés des policiers et gendarmes mobilisés pour l’occasion, Marie Argouarch, directrice du cabinet du préfet, avait tenu à être présente, signe de l’importance accordée par la préfecture à cette opération.

Un arrêté préfectoral aux dents longues

Signé le 8 avril par Fabrice Rigoulet-Roze, préfet de la Loire-Atlantique, l’arrêté est entré en vigueur le 10 avril 2026, et court jusqu’au 16 septembre 2026, couvrant l’intégralité de la saison estivale. Il interdit sur l’espace public la consommation sous toutes ses formes, l’utilisation récréative détournée, la détention sans motif légitime de cartouches, bonbonnes ou tout récipient sous pression contenant du protoxyde d’azote, ainsi que leur dépôt ou abandon sur la voie publique.

Les contrevenants s’exposent à des amendes forfaitaires : une contravention de 2e classe, soit 35 €, pour les infractions les moins caractérisées, et une contravention de 4e classe, soit 200 €, pour les cas plus graves. Les forces de l’ordre sont habilitées à constater les infractions et à procéder à la saisie immédiate des contenants.

Une interpellation dès jeudi matin

L’arrêté commence déjà à produire ses effets. Ce jeudi matin, avant même l’opération nocturne, les forces de l’ordre ont interpellé sur l’île de Nantes un couple d’une vingtaine d’années en possession de protoxyde d’azote. Un premier signal fort, alors que le texte était en vigueur depuis moins d’une semaine.

Un outil attendu par les forces de l’ordre

Pour les policiers et gendarmes du département, cet arrêté est une bouffée d’oxygène, si l’on ose dire. Le phénomène du protoxyde d’azote a été identifié il y a un peu plus d’un an dans l’agglomération nantaise, après avoir d’abord émergé en région parisienne autour de 2022. Depuis lors, les forces de l’ordre se trouvaient souvent démunies face à une pratique difficile à sanctionner. L’arrêté préfectoral leur offre désormais un outil juridique concret pour endiguer efficacement les ravages du produit. Depuis le début de l’année 2026, le bilan est déjà lourd en Loire-Atlantique : un décès par accident de la route et deux blessés graves, dont les causes sont directement liées à la consommation de protoxyde d’azote.

Ce que la médecine sait aujourd’hui

Le protoxyde d’azote n’est pas une drogue anodine. Inhalé de manière répétée, il provoque une carence sévère en vitamine B12, indispensable au bon fonctionnement du système nerveux. Les conséquences peuvent être graves et irréversibles : atteintes de la moelle épinière, paralysies partielles, troubles de la sensibilité dans les membres, difficultés à marcher.

À court terme, l’inhalation entraîne une privation brutale d’oxygène pouvant provoquer des pertes de connaissance, des chutes, ou une asphyxie. Chez les personnes déjà carencées en B12, vegans, femmes enceintes, personnes âgées, les effets neurologiques peuvent survenir après une seule session. Le risque routier est particulièrement documenté : la désorientation spatio-temporelle et les effets dissociatifs du gaz altèrent gravement la capacité à conduire, même quelques minutes après l’inhalation.

Le législateur affûte ses armes

Au-delà de l’arrêté préfectoral, valable jusqu’au 16 septembre 2026, c’est au niveau national que les choses pourraient changer durablement. Une loi spécifiquement consacrée au protoxyde d’azote est attendue dans le courant de l’été. Son caractère transpartisan, soutenue sur l’ensemble de l’échiquier politique, laisse augurer d’une adoption sans heurts majeurs au Parlement. Elle viendrait doter les forces de l’ordre et la justice d’un cadre législatif pérenne, là où les arrêtés préfectoraux, aussi utiles soient-ils, restent des mesures temporaires et locales.

En Loire-Atlantique, les autorités n’attendent pas : le dispositif de contrôles devrait se poursuivre et s’intensifier à l’approche de la saison estivale, sur le littoral notamment.

Visuel de Une : © Alain Moreau.

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