
Le retour controversé de la prospection minière en Loire-Atlantique et Maine-et-Loire.
Une start-up lorientaise obtient un permis pour explorer le sous-sol de 18 communes à la recherche de métaux stratégiques. Une perspective qui inquiète déjà les défenseurs de l’environnement.
C’est un projet qui risque de faire grincer des dents. Breizh Ressources, jeune entreprise spécialisée dans la géologie, vient d’obtenir l’autorisation de prospecter le sous-sol de 18 communes situées entre la Loire-Atlantique et le Maine-et-Loire. Le permis exclusif de recherche (PER) baptisé « Bélénos » — du nom d’une divinité gauloise — couvre pas moins de 440,9 km² et autorise la recherche d’une vingtaine de métaux : antimoine, argent, cuivre, étain, germanium, indium, or, tungstène, plomb, zinc…
Un retour aux sources… controversé
Délivré pour cinq ans par le ministère de l’Économie, ce permis marque le retour de la prospection minière dans une région qui n’avait pas connu une telle exploration « depuis les années 1980 », comme le reconnaît Jan-Pol Pallier, directeur exploration de Breizh Ressources. Un aveu qui en dit long : ces décennies d’absence correspondent précisément à la période où la France a massivement délocalisé l’extraction de ses matières premières, préférant importer plutôt que d’affronter les conflits d’usage et les dégâts environnementaux sur son propre sol.
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Aujourd’hui, au nom de la « souveraineté » et de la « transition énergétique », le gouvernement relance l’inventaire national du sous-sol dans le cadre du plan France 2030. Une stratégie qui interroge : faut-il extraire chez nous les métaux nécessaires aux panneaux solaires et aux batteries électriques, au risque de créer de nouvelles pollutions locales ? Ou continuer à les importer, en fermant les yeux sur les ravages sociaux et environnementaux provoqués ailleurs ?
Des promesses rassurantes… pour l’instant
Breizh Ressources se veut rassurant. Breizh Ressources est une société constituée spécialement pour l’occasion qui a pour unique actionnaire Aurania Resources, une société canadienne immatriculée aux Bermudes, dirigée par Keith Barron, un géologue connu pour avoir découvert l’une des plus grandes mines d’or au monde. Le communiqué multiplie les formules apaisantes : « techniques de surface propres et non invasives », « respect intégral des propriétés privées », « aucune intervention sans accord préalable ». Guillaume Mamias, responsable environnement de l’entreprise, promet des « travaux de terrain rigoureux, non intrusifs » et souhaite faire de cette prospection « un projet collectif ».
Le permis, insiste la start-up, « ne concerne que des études de terrain » et n’autorise « ni l’ouverture d’un site d’extraction ni des travaux lourds ». Mais cette distinction entre phase d’exploration et phase d’exploitation a souvent été dénoncée par les associations environnementales comme un procédé en deux temps : d’abord rassurer avec des études « légères », puis demander ultérieurement des autorisations d’extraction une fois les gisements identifiés.
Une consultation après coup
L’entreprise annonce une « phase de concertation » de six mois avec les propriétaires fonciers, les agriculteurs et les habitants. Mais cette consultation intervient après l’obtention du permis, pas avant. Les dés sont déjà lancés : l’État a donné son feu vert en février dernier, après un avis favorable de l’Autorité environnementale.
Certes, le dossier a fait l’objet de « deux consultations publiques nationales », mais celles-ci sont souvent passées inaperçues localement. Les habitants des 18 communes concernées — de Moisdon-la-Rivière à Longuenée-en-Anjou — découvrent peut-être seulement aujourd’hui qu’une entreprise privée va sillonner leur territoire pendant cinq ans, avec l’ambition affichée de poursuivre pendant « une quinzaine d’années ».
L’ombre de la mine
Car c’est bien là que se situe le nœud du problème : Breizh Ressources a beau jurer qu’il ne s’agit « que » d’un inventaire scientifique, l’objectif avoué est d’évaluer « si les résultats justifient de continuer les recherches ». Autrement dit : de déterminer s’il sera rentable d’exploiter ces ressources.
Dans un territoire marqué par son passé agricole et forestier, l’arrivée de géologues équipés de matériel géophysique ravive les craintes liées aux projets extractivistes. En Bretagne et ailleurs, les mobilisations contre les mines et carrières se multiplient, portées par des collectifs qui dénoncent la privatisation des sous-sols, la pollution des nappes phréatiques et la destruction des paysages.
800 000 euros pour cartographier, des milliards pour extraire ?
Breizh Ressources annonce un investissement de « plus de 800 000 euros sur cinq ans » pour cette phase d’inventaire. Une somme modeste qui contraste avec les centaines de millions, voire les milliards d’euros que nécessiterait l’ouverture d’une mine industrielle. Cette disproportion illustre bien la logique à l’œuvre : investir peu pour prouver la rentabilité d’un gisement, puis attirer des capitaux bien plus importants pour la phase d’exploitation.
Le directeur exploration de l’entreprise, Jan-Pol Pallier, assume cette vision à long terme : « Cartographier aujourd’hui, c’est se donner les moyens de décider demain. » Mais qui décidera, exactement ? Les habitants ? Les élus locaux ? Ou les logiques économiques qui président déjà à l’attribution de ces permis ?
Questions en suspens
Plusieurs interrogations demeurent. Quelle est l’origine des capitaux de cette start-up lorientaise ? Quels acteurs industriels ou financiers se cachent derrière le projet ? Breizh Ressources communique peu sur sa structure actionnariale.
Par ailleurs, si l’entreprise promet de respecter les propriétés privées, qu’en est-il du code minier qui, dans certains cas, permet à l’État d’imposer des servitudes ? Les agriculteurs et les propriétaires forestiers auront-ils réellement leur mot à dire, ou se verront-ils imposer des passages de géologues sur leurs terres ?
Enfin, dans un contexte de crise climatique et de raréfaction de l’eau, est-il vraiment pertinent de relancer l’exploration minière dans des territoires agricoles ? La « transition énergétique » peut-elle justifier tous les sacrifices environnementaux ?
Les six prochains mois de « concertation » permettront peut-être d’apporter des réponses. Ou de soulever encore plus de questions. Dans les 18 communes concernées, la mobilisation pourrait bien s’organiser. L’histoire récente montre que les projets extractivistes, même présentés comme « propres » et « encadrés », rencontrent de plus en plus de résistances locales. Le PER « Bélénos » n’échappera sans doute pas à la règle.