
Quand le système immunitaire devient une arme de précision contre le cancer du poumon.
Une nouvelle génération de traitements, disponibles au CHU de Nantes, redonne de l’espoir aux patients atteints d’un cancer du poumon particulièrement agressif.
Imaginez un médicament capable de transformer vos propres défenses immunitaires en missile guidé contre les cellules cancéreuses. C’est exactement ce que proposent les nouvelles immunothérapies testées au CHU de Nantes pour traiter le cancer du poumon à petites cellules, l’une des formes les plus redoutables de cette maladie.
Un cancer particulièrement sévère
Le cancer du poumon à petites cellules touche environ 7 000 personnes chaque année en France, soit 12 à 15% des cancers du poumon. Cette forme de cancer est intimement liée au tabagisme : plus de 90% des patients concernés sont fumeurs ou anciens fumeurs. Le diagnostic arrive souvent tardivement, lorsque la maladie s’est déjà largement étendue, ce qui explique un pronostic particulièrement sombre avec une survie généralement inférieure à un an.
Jusqu’à présent, les options thérapeutiques restaient limitées. L’association de chimiothérapie et d’immunothérapie, apparue il y a quelques années, a permis une légère amélioration, mais insuffisante. D’où l’urgence de développer de nouvelles approches.
Des anticorps qui jouent les entremetteurs
La nouvelle génération de traitements repose sur un concept ingénieux : utiliser des anticorps bispécifiques, capables de se lier simultanément à deux cibles différentes. Leur nom peut sembler technique – anticorps bispécifiques DLL3-CD3 – mais leur fonctionnement s’apparente à celui d’un pont moléculaire.
D’un côté, ces anticorps se fixent sur DLL3, une protéine présente à la surface de la quasi-totalité des cellules cancéreuses du poumon à petites cellules, mais quasiment absente des cellules saines. De l’autre côté, ils s’accrochent à CD3, une molécule située sur les lymphocytes T, ces soldats du système immunitaire. En créant ce pont, les anticorps rapprochent physiquement les lymphocytes T des cellules cancéreuses, déclenchant ainsi leur activation. Les lymphocytes T, une fois activés, détruisent directement les cellules tumorales.
C’est un peu comme si on mettait en contact direct un vigile avec un intrus, en s’assurant qu’il ne se trompe pas de cible.
Des résultats prometteurs
Administrés par perfusion intraveineuse, seuls ou en combinaison avec une chimiothérapie, ces traitements montrent des résultats encourageants dans les études cliniques : des réponses durables et une amélioration de la survie chez des patients qui avaient peu d’options thérapeutiques.
Le Dr Elvire Pons-Tostivint, responsable de l’unité d’investigation clinique d’oncologie thoracique au CHU de Nantes, souligne l’importance de cette avancée : ces anticorps bispécifiques représentent à ce jour les molécules qui apportent les résultats les plus prometteurs dans cette population de patients.
Les effets secondaires, bien que présents, restent généralement gérables. On observe principalement un syndrome de relargage des cytokines – qui se manifeste par de la fièvre et une baisse de tension artérielle, généralement modérées et temporaires – ainsi que des modifications du goût pour certains aliments.
Un accès précoce à l’innovation
Le CHU de Nantes fait partie des rares centres français à proposer ces traitements innovants dans le cadre d’essais cliniques internationaux. Plusieurs études sont déjà ouvertes, et d’autres suivront en 2026, proposant ces anticorps bispécifiques dès la première ligne de traitement, en association avec la chimiothérapie et l’immunothérapie standard.
Cette participation aux essais cliniques permet aux patients nantais d’accéder précocement à des thérapies de nouvelle génération, avant même leur commercialisation. Une lueur d’espoir pour des patients confrontés à une maladie au pronostic particulièrement difficile.
Visuel de Une : © Alain Moreau.