
Les pharmaciens obtiennent un répit sur les remises commerciales et de nouvelles missions de santé
Le gouvernement suspend partiellement l’application de l’arrêté contesté et élargit les prérogatives des officines en matière de soins de proximité.
Après deux mois de tensions avec la profession, le Premier ministre a trouvé mercredi 24 septembre un compromis avec les pharmaciens d’officine. Reçus à Matignon, la présidente du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens ainsi que les représentants de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) et de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) ont obtenu des concessions substantielles du gouvernement.
Un arrêté controversé partiellement suspendu
Au cœur du conflit, l’arrêté du 4 août dernier qui modifiait les plafonds de remises commerciales accordées aux pharmacies. Cette mesure avait suscité de vives inquiétudes dans la profession, les pharmaciens dénonçant une menace directe sur la viabilité économique de leurs établissements.
Le gouvernement fait machine arrière, du moins temporairement. L’application de cet arrêté est suspendue partiellement pour une durée minimale de trois mois. Concrètement, le taux de remise sur les médicaments génériques revient à 40 %, contre un taux inférieur prévu initialement. Seuls les biosimilaires conservent le taux de remise majoré à 15 % tel qu’envisagé dans l’arrêté.
Cette suspension s’accompagne du lancement d’une mission d’analyse des flux financiers dans le circuit de distribution du médicament, une démarche destinée à « éclairer les futures décisions » selon les termes de l’accord.
Élargissement des missions de santé publique
En contrepartie, les pharmaciens voient leurs prérogatives considérablement élargies dans le domaine des soins de proximité. L’accord prévoit trois nouvelles missions majeures pour les officines.
Premièrement, elles pourront désormais réaliser des tests d’orientation diagnostique pour les angines et les cystites, avec la possibilité de prescrire directement un traitement si nécessaire. Cette mesure vise à désengorger les cabinets médicaux pour des pathologies courantes.
Deuxièmement, les pharmaciens seront autorisés à renouveler les ordonnances de contraceptifs oraux jusqu’à six mois après leur expiration, facilitant ainsi l’accès à la contraception.
Une victoire d’étape
Enfin, ils pourront prolonger jusqu’à trois mois le renouvellement de traitements chroniques stables, notamment pour l’hypertension ou le diabète, dans l’objectif d’éviter toute rupture de soins.
Un renforcement ciblé sur les territoires fragiles
L’accord prévoit également un accompagnement spécifique pour 900 pharmacies rurales et celles implantées dans les territoires fragiles. Ces établissements bénéficieront d’un soutien renforcé pour mener à bien leurs missions de santé publique, répondant ainsi aux enjeux de désertification médicale qui touchent de nombreuses zones rurales.
Cette transformation du rôle des officines s’inscrit dans une logique plus large de réorganisation du système de santé, où les pharmaciens sont appelés à jouer un rôle accru dans le parcours de soins des patients.
Le protocole d’accord, qualifié d' »équilibré » par le gouvernement, fera l’objet d’un suivi régulier pour en évaluer la mise en œuvre. Reste à savoir si cette trêve de trois mois permettra de trouver une solution pérenne aux préoccupations économiques de la profession, tandis que les nouvelles missions confiées aux pharmaciens devront faire leurs preuves sur le terrain.
Visuel de Une : Mariano Baraldi.