
L’hôpital d’Ancenis dans le collimateur de la Cour des comptes. La Chambre régionale des comptes alerte sur la situation critique du centre hospitalier d’Ancenis-Saint-Géréon.
L’instance régionale des Pays de la Loire vient de publier un rapport accablant sur la gestion du centre hospitalier Erdre et Loire (CHEL), situé à Ancenis. L’établissement, pris en étau entre les pôles hospitaliers nantais et angevin, fait face à une crise structurelle majeure qui menace sa pérennité.
Un établissement en perte de vitesse
Malgré une offre de soins diversifiée, le CHEL souffre d’un manque d’attractivité chronique. Sa patientèle est largement captée par les grands centres hospitaliers de Nantes et d’Angers, à l’exception notable de la maternité et du service de soins médicaux et de réadaptation. Entre 2019 et 2024, l’établissement a même dû fermer des lits de médecine, réduisant ses capacités installées.
Une situation financière alarmante
Le constat financier est particulièrement préoccupant. L’hôpital est structurellement déficitaire, avec une dégradation qui s’accélère. La masse salariale a augmenté d’un quart, tandis que le recours à l’intérim médical a explosé, entraînant une hausse de 11 % par an des charges de personnel extérieur.
Malgré 9 millions d’euros d’aides en trésorerie entre 2020 et 2024, l’établissement peine à payer ses fournisseurs dans les délais. Plus inquiétant encore, la fin des dispositifs de compensation liés à la crise sanitaire en 2025 risque de fragiliser davantage les finances de l’hôpital.
Des services en difficulté
Plusieurs services concentrent des dysfonctionnements majeurs. Le service des urgences subit de nombreuses fermetures nocturnes depuis 2022 en raison du manque de personnel médical. La maternité est confrontée aux mêmes difficultés, avec en moyenne huit jours de fermeture du bloc obstétrical par an.

Le bloc opératoire est sous-utilisé, tandis que les EHPAD rattachés au CHEL génèrent un déficit croissant en raison d’une sous-occupation chronique qui s’aggrave.
Sept recommandations pour redresser la barre
Face à cette situation critique, la Chambre régionale des comptes formule sept recommandations majeures :
1. Conformité réglementaire sur les gardes médicales : L’établissement doit se mettre en conformité avec la réglementation sur l’organisation des gardes du personnel médical.
2. Mise en place des contrats de pôles : Les contrats et projets de pôles prévus par le code de la santé publique doivent être établis avant le 1er janvier 2026.
3. Stratégie de redressement structurel : Une réorganisation profonde des activités de soins est impérative, la feuille de route actuelle étant jugée insuffisante.
4. Schéma directeur immobilier réaliste: Les projets d’investissement doivent être cohérents avec les capacités financières réelles de l’établissement.
5. Encadrement du temps de travail additionnel : Le contrôle de la réalisation et de l’indemnisation des heures supplémentaires doit être renforcé.
6. Dispositif de contrôle interne comptable: Un système formalisé incluant organigramme fonctionnel et cartographie des risques doit être mis en place.
7. Amélioration du codage de l’activité : La qualité et l’exhaustivité du codage médical doivent être garanties pour optimiser la valorisation financière de l’activité.
La Chambre régionale des comptes souligne que le déséquilibre financier du CHEL est structurel et qu’une refonte en profondeur s’impose. Sans mesures structurantes rapides, l’avenir de cet hôpital de proximité, pourtant essentiel pour son territoire, apparaît compromis.
Visuels : Stephens Andrew/CHEL