Saint-Molf

Loire-Atlantique : une femme séquestrée cinq ans dans un garage

Une femme de 45 ans a été séquestrée pendant cinq ans dans une maison de Saint-Molf (Loire-Atlantique), dont trois années enfermée dans un garage. Nourrie de bouillie mélangée à du liquide vaisselle, contrainte de vivre dans des conditions inhumaines, elle a réussi à s'échapper le 14 octobre 2025 en profitant d'un moment d'inattention de ses geôliers.

Loire-Atlantique : une femme séquestrée cinq ans dans un garage, deux personnes mises en examen.

Une affaire glaçante de séquestration avec torture vient d’être révélée à Saint-Molf, en Loire-Atlantique. Une femme de 45 ans, retenue captive depuis 2020 et enfermée dans un garage depuis 2022, a réussi à s’échapper le 14 octobre dernier.

Deux personnes ont été mises en examen

Le 14 octobre 2025, vers 21 h 30, une scène sidérante s’est produite dans la paisible commune de Saint-Molf. Une femme, en état d’hypothermie avancée et visiblement épuisée, frappe à la fenêtre d’une habitation. Son message est aussi bref qu’alarmant : elle est séquestrée depuis cinq ans dans la maison voisine.

Selon les éléments communiqués par le procureur de la République de Nantes, Antoine Leroy, la victime, née en 1980, a décrit aux enquêteurs un engrenage progressif vers des conditions de vie inhumaines. Initialement, elle occupait le logement en colocation avec une femme née en 1965. La situation s’est ensuite dégradée : elle a d’abord été reléguée dans une tente installée dans le jardin, avant d’être enfermée dans le garage lorsqu’un homme, né en 1943, est venu vivre au domicile.

Un calvaire de plusieurs années

Les conditions de détention décrites par la victime révèlent une situation d’une extrême cruauté. Elle dormait sur un transat, était contrainte de faire ses besoins naturels dans un pot et des sacs plastiques, et se nourrissait de bouillie mélangée à du liquide vaisselle. Parfois autorisée à sortir dans un enclos extérieur, elle y passait des journées entières, exposée aux intempéries, à la pluie et au froid. Elle a également fait état de violences subies.

Le soir du 14 octobre, profitant de ce que l’homme regardait la télévision, la victime est parvenue à s’échapper de l’enclos extérieur dans lequel elle était enfermée. Prise en charge par les pompiers, elle a été transportée à l’hôpital en état d’hypothermie sévère, nécessitant une hospitalisation. L’examen par un médecin légiste a établi une incapacité totale de travail (ITT) d’au moins 30 jours.

Une enquête qui confirme les faits

L’affaire a été immédiatement confiée à la brigade de recherches de Saint-Nazaire. Les investigations ont rapidement corroboré les déclarations de la victime. Les perquisitions menées au domicile ont confirmé les conditions matérielles décrites : la porte du garage était notamment bloquée de l’extérieur par des parpaings.

L’enquête bancaire s’est révélée particulièrement éloquente. Aucune trace de vie de la victime n’a été retrouvée depuis 2022. Ses comptes bancaires témoignent d’une rupture brutale dans son mode de vie à cette date, sans aucun mouvement depuis lors. Les dernières opérations enregistrées correspondent à des virements effectués sur le compte de la femme mise en cause.

Deux mis en cause, des responsabilités minimisées

Placés en garde à vue, les deux suspects – la femme de 60 ans et l’homme de 82 ans – ont confirmé les conditions matérielles dans lesquelles vivait la victime à leur domicile, tout en minimisant leur part de responsabilité dans cette situation.

Le parquet de Nantes a saisi le juge d’instruction de faits particulièrement graves. Les deux mis en cause sont poursuivis pour séquestration avec torture ou actes de barbarie commis d’avril 2022 au 14 octobre 2025, un crime passible de la réclusion criminelle à perpétuité. S’ajoutent des faits délictuels : abus frauduleux de l’état de sujétion psychologique ou physique d’une personne de 2019 au 14 octobre 2025, et abus frauduleux de la faiblesse d’une personne vulnérable de 2018 au 16 octobre 2025.

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Le juge d’instruction a mis en examen les deux personnes des chefs visés par le parquet. Toutefois, concernant l’abus de faiblesse, l’homme a été placé sous le statut de témoin assisté et fait l’objet d’un contrôle judiciaire. La femme, quant à elle, a été placée en détention provisoire par le juge des libertés et de la détention.

L’instruction judiciaire est désormais en cours sous l’autorité du juge d’instruction de Nantes. Dans son communiqué, le procureur Antoine Leroy a tenu à saluer « la qualité des investigations et de l’enquête menée par les militaires de la compagnie de Saint-Nazaire, qui ont permis qu’il soit mis fin aux conditions d’existence ci-dessus décrites de cette victime. »

Cette affaire soulève de nombreuses questions sur l’isolement de la victime et l’absence de signalement pendant plusieurs années, dans une commune de quelque 2 500 habitants. L’instruction devra établir les circonstances précises de cette séquestration et déterminer les responsabilités exactes de chacun des mis en cause dans ce drame.