Tribune Libre

Ludovic Orain : les doutes et les raisons de se battre dans l’agriculture d’aujourd’hui

Dans une Tribune Libre, Ludovic Orain, producteur de lait Bio à Châteaubriant exprime la foi dans son métier et aussi ses doutes.

Ludovic Orain : les doutes et les raisons de se battre dans l’agriculture d’aujourd’hui

Il y a plus d’un an, je partageais mon état d’esprit plutôt morose résumé par ces 3 mots: « À quoi bon ?». Ces 3 mots qui m’avaient fait écho ont également eu une résonance sur les réseaux. Ça fait drôle de voir des mots se propager si loin. « À quoi bon ?», c’était en 2024

C’était la fin de l’hiver c’était la crise de la bio, c’était une tempête humaine…
Comme le printemps vient toujours après l’hiver, nous avons connu plus de matins ensoleillés et nous nous sommes retroussés encore un peu plus les manches.

Facebook m’a remis sur mon fil un des bourgeons de ce travail de 2024. Et aujourd’hui, plus que jamais, j’ai l’impression qu’il est important de partager ce travail.

Alors plutôt que de passer à autre chose et laisser cette vidéo voguer, j’utilise de nouveaux les ondes pour partager un nouveau message : « It’s now or never… »

Pour sortir de l’ornière de la crise de la bio, notre groupement Biolait se démène avec pour seule certitude : nous faisons et ferons partie de la solution.

Un de ses outils, c’est son repère qualité identifiable sur de plus en plus de produits laitiers : ILLAITLÀ.

Pour la Rouss’, un de nos outils a été la création de l’association « Au pré de la Rouss’ » qui, au bout d’un an, compte pas moins de 4 marchés festifs, une foire de 4 jours des centaines d’heure bénévoles, des milliers, de tartines à son actif et une bonne humeur qui rebooste !

Le bourgeon commun entre Biolait et l’association « Au pré de la Rouss’ » c’est une vidéo. C’est au cours de la fête du lait bio co-organisée avec l’asso que cette interview a eu lieu !

Je parle de bourgeons et non de fruits, car tout cela est bien précaire. Comme dans « À quoi bon ?», l’absence abyssale de volonté politique affaiblit ces énergies sur le long terme. Et comme n’importe quel bourgeon, nous ne sommes jamais à l’abri d’une gelée tardive ou d’un orage foudroyant.

Sortons un peu de la métaphore pour parler un peu du concret. Quand je parle de gelée ou d’orage, je ne parle pas directement du dérèglement climatique, source quotidienne d’anxiété quand le fruit de notre travail provient de la nature qui nous entoure. Non, ici je parle des « grands » de ce monde qui, par leur ignorance et leur arrogance pourraient faire crever nos bourgeons :
-Arrêt des aides de maintien à l’agriculture biologique et menace de l’arrêt du crédit d’impôt bio.
-Le projet de loi Duplomb qui veut ré-introduire des pesticides tueurs d’abeilles (néonicotinoïdes).
-La politique de l’autruche pour reconnaître l’urgence face à la qualité médiocre de notre eau potable.

Je pourrais continuer avec la baisse des aides aux organismes qui soutiennent l’agriculture bio (agence de l’eau, GAB, CIVAM, CAP, CIAP44 etc…) pour donner une image plus complète du sentiment d’abandon que me procure le contexte politique actuel.
Le sursaut ne viendra pas d’en haut

Qu’à cela ne tienne ! Le sursaut ne viendra pas d’en haut, rien de nouveau sous le soleil.

Mais à force de se prendre des vagues contraires, l’agriculture biologique s’épuise. L’actrice majeure de la défense de la biodiversité, de la qualité de l’eau, et d’une vie humaine moins pourrie pas les cancers, se fatigue.

Je fatigue.

Je puise toujours plus loin pour garder la foi dans mon métier

Je puise dans l’entourage où l’on contre-carre la baisse de fréquentation de notre marché bio par l’ouverture d’une buvette estivale pour que, d’une pierre deux coups, on relance la fréquentation et les ventes tout en renforçant la convivialité et l’ouverture vers l’autre (véritable rempart à l’extrême droite soit-dit en passant).

Finalement, comme à Biolait, nous savons que notre force est issue du collectif alors j’utilise cet argument pour vous demander du soutien car j’ai l’impression que nous sommes dans une période charnière.

L’avenir de l’agriculture biologique se joue dans cette période trouble.

Je sais bien que l’AB n’est pas parfaite, qu’elle ne résoudra pas tout, mais je sais du plus profond de moi qu’elle fait partie de la solution et qu’il devient urgent de la protéger, de la soutenir.

Alors si vous voulez boire et manger moins de métaux lourds ou de résidus de pesticides dans votre eau et votre alimentation, il n’y a qu’un label: AB.

Si vous voulez soutenir la vente directe, le label majeur c’est celui-ci : AB.

Si vous voulez préserver le bocage, les prairies, les animaux qui pâturent il y a un label: AB (et une marque repère: Illaitlà.)

Si vous voulez défendre l’agriculture tournée vers demain depuis plus de 40 ans, c’est par là: AB. Si c’est le prix qui vous bloque, regardez de plus près, dans les supermarchés les produits AB sont souvent moins chers que les produits de grandes marques. Et que ce soit sur l’étal d’un marché ou en supermarché c’est la qualité nutritive et gustative que vous payez.

Pour conclure, je voudrais partager l’histoire vraie d’une rencontre qui m’est arrivée cette semaine.
Hervé a fait preuve d’altruisme en gardant nos affaires délaissées lors d’un concert trop dansant pour qu’on reste sagement assis à nos places. On l’a remercié en lui offrant un verre, et on s’est raconté un bout de vie le temps d’un demi.

Il était médecin de famille, notre discussion à tourné autour de l’agriculture bio qu’il conseillait à ses patients.
Un jour, une mère de famille lui affirme qu’elle est contre la bio, qu’elle n’y croit pas.

Alors Hervé, tel un moine bouddhiste lui propose ceci : si demain nous faisons un test à grande échelle à la cantine scolaire de votre fils, vous avez le choix de le mettre dans le groupe BIO ou le groupe PESTICIDES, dans quel groupe vous le mettez ?

La mère de famille contre la bio répond « bah dans le groupe BIO » !

Car oui, tous les jours où ne choisissons pas de manger bio, il n’y a pas d’autres mots nous choisissons de manger et boire pesticides.

Aujourd’hui l’agriculture bio est minoritaire et en difficulté, donc nos amis et collègues utilisant des pesticides ont moins de motivation à changer que quelques années auparavant.+.

Si nous voulons que nos enfants fassent partie du groupe bio, il y a qu’une solution. Soutenez-nous, manger bio, et défendez l’agriculture bio !

It’s now or never……