Saint-Nazaire

Mise à flot de l’Émile Bertin : la Marine nationale franchit une nouvelle étape vers son autonomie stratégique

Le troisième bâtiment ravitailleur de forces du programme FLOTLOG a été mis à flot début avril 2026 à Saint-Nazaire. Livraison prévue à la Marine nationale en 2027.

Saint-Nazaire – Un jalon majeur vient d’être franchi dans le programme de renouvellement de la flotte logistique française. Le troisième bâtiment ravitailleur de forces (BRF) de la série, baptisé Émile Bertin en hommage à l’illustre ingénieur naval du XIXe siècle, a été mis à flot début avril 2026 dans les bassins des Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire, avant d’être transféré vers le quai de la prise d’eau amont. Sa livraison à la Marine nationale est attendue pour 2027.

FLOTLOG : un programme structurant pour la souveraineté navale française

Le programme « Flotte logistique » (FLOTLOG) s’inscrit dans une logique de renouvellement générationnel indispensable. Piloté par la Direction générale de l’armement (DGA), il a donné lieu en 2019 à la commande de quatre BRF auprès d’un groupement momentané d’entreprises (GME) associant les Chantiers de l’Atlantique et Naval Group, deux fleurons de l’industrie navale française.

Le programme bénéficie par ailleurs d’une dimension européenne notable : il est conduit en coopération avec l’Italie dans le cadre du programme LSS (Logistic Support Ship) de l’Organisation conjointe de coopération en matière d’armement (OCCAR), qui en assure la maîtrise d’ouvrage pour le compte des deux nations partenaires.

Des successeurs à la hauteur des enjeux contemporains

Les BRF sont appelés à remplacer les anciens bâtiments de commandement et de ravitaillement (BCR) à simple coque, devenus incompatibles avec les normes antipollution actuelles imposant une architecture à double coque pour le transport de produits pétroliers. Mais la rupture ne se limite pas aux exigences environnementales : c’est l’ensemble du concept qui a été repensé à l’aune de l’évolution du contexte opérationnel.

Leur mission fondamentale demeure le soutien logistique en mer, carburants, munitions, pièces de rechange, vivres, au profit des bâtiments de la Marine nationale comme de leurs alliés. Mais leurs capacités d’emport de fret et de carburant sont désormais décuplées par rapport à la génération précédente. Ces navires peuvent également embarquer un état-major ainsi qu’un hélicoptère Caïman Marine ou Dauphin, renforçant leur polyvalence opérationnelle.

Des bâtiments de combat à part entière

L’une des évolutions les plus significatives réside dans les capacités d’autodéfense dont sont dotés les BRF, tranchant nettement avec la vulnérabilité de leurs prédécesseurs. Équipés du système d’armes d’autoprotection RAPIDFire S40SA, fruit de l’association Thales-KNDS, et du système lance-missiles SIMBAD RC, vecteur des missiles sol-air MISTRAL de MBDA, ils sont en mesure de faire face aux menaces asymétriques, de surface et aériennes. Ces dispositifs leur confèrent la capacité de se déployer en autonomie vers les zones d’opération, sans nécessiter d’escorte systématique.

Une répartition industrielle précise entre les deux partenaires du GME

La construction des BRF repose sur une organisation industrielle clairement définie entre les deux membres du groupement. Les Chantiers de l’Atlantique assument la conception, le développement, la construction et la mise en service de la plateforme propulsée dans son ensemble : zones de vie, zones de stockage, fonctions essentielles de ravitaillement à la mer, et intégration des systèmes militaires. Naval Group, de son côté, est chargé de concevoir et d’intégrer les systèmes militaires, notamment le système de combat et les équipements dédiés à l’accueil des aéronefs et à l’embarquement des munitions.

Un outil au service de la puissance navale française

La mise à flot de l’Émile Bertin rappelle avec force à quel point ces ravitailleurs sont au cœur de la stratégie navale française. Sans capacité de ravitaillement en mer, aucune marine ne peut prétendre à une réelle autonomie opérationnelle. Ces bâtiments donnent à la France la possibilité de conduire des opérations de haute mer prolongées, de se projeter loin et longtemps, et de soutenir ses alliés dans des théâtres d’opérations éloignés, conditions essentielles d’une véritable souveraineté maritime.

Avec la livraison prévue du quatrième et dernier BRF de la série dans les années à venir, la Marine nationale disposera d’une flotte logistique entièrement renouvelée, à la hauteur des ambitions d’une puissance navale de premier rang.

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