Pornic

« Mon côté Wertheimer » : quand l’art théâtral prolonge les questionnements

Pour clôturer cette journée du samedi 7 mars, le Théâtre Saint-Gilles accueillera à 20 h 30 le spectacle Mon côté Wertheimer de Chloé Oliveres.

« Mon côté Wertheimer » : quand l’art théâtral prolonge les questionnements. Loin d’être un simple divertissement, cette pièce résonne puissamment avec les thématiques abordées durant la journée.

Chloé Oliveres, une artiste engagée

Chloé Oliveres n’en est pas à son coup d’essai. Après Quand je serai grande, je serai Patrick Swayze, où elle racontait les hommes de sa vie, la comédienne et co-fondatrice du collectif féministe Les Filles de Simone, explore cette fois les femmes de sa lignée. Ce nouveau solo, co-mis en scène avec Alain Degois dit « Papy » (qui a notamment accompagné Jamel Debbouze et Blanche Gardin), est une enquête intime et culottée sur sa branche maternelle.

Une plongée dans la psychogénéalogie au féminin

« Mon côté Wertheimer », c’est la branche familiale maternelle de Chloé, jalonnée de femmes mélancoliques, internées ou atteintes d’Alzheimer précoce. Son arrière-grand-mère Victorine fut internée, sa mamie Nitou souffrit d’Alzheimer, et sa mère échappe aux diagnostics mais n’est « pas piquée des vers ». Cernée par cette folie qui semble dégringoler les générations, Chloé s’inquiète : sera-t-elle la prochaine sur la liste ?

Le spectacle retrace cette enquête personnelle où Chloé interroge sa mère pour mieux comprendre ses aïeules. Elle explore les différentes formes d’aliénation, de délire et de démence par la lorgnette familiale, dans un mouvement de va-et-vient entre entretiens et investigations. Comme le souligne la critique de Marie Plantin sur Sceneweb.fr, « c’est un spectacle aussi léger que grave », qui avance volontairement par à-coups et volte-face.

Le « syndrome de la ménagère » et l’héritage patriarcal

Au-delà de l’histoire personnelle, Mon côté Wertheimer interroge le destin de lignées de femmes asservies et conditionnées. Chloé Oliveres cite le « syndrome de la ménagère » identifié par Betty Friedan, évoque les états paroxystiques des symptômes hystériques, la dépression post-partum, les affects borderline.

Et si, comme le suggère la pièce, les problématiques relationnelles entre mères et filles étaient le fruit d’un contexte patriarcal dénaturant ? Et si la santé mentale des femmes était profondément altérée par des siècles d’oppression, de réduction au rôle domestique, d’étouffement des personnalités ?

Ces questionnements font écho de manière troublante aux ateliers du 5 mars sur la charge mentale et la santé mentale féminine. Ils montrent que les maux contemporains des femmes ne sont pas des phénomènes isolés, mais s’inscrivent dans une histoire longue de domination et de silence.

Un jeu virtuose entre rire et larmes

Vêtue d’un ensemble blanc sur fond de rideau ajouré, Chloé Oliveres déploie un jeu saisissant. Elle incarne une galerie de personnages, dont sa mère, « figure centrale qui nous amuse autant qu’elle nous tire les larmes ». C’est du côté du clown qu’elle puise ses outils, créant une « maman clown » aussi drôle que vulnérable.

Le spectacle jongle entre références culturelles érudites et populaires : Hamlet et La Mouette de Tchekhov, Antonin Artaud et Virginia Woolf, les documentaires de Raymond Depardon et Vol au-dessus d’un nid de coucou, Starmania et Barbara. Dans ce maelstrom, Chloé Oliveres fait son propre chemin, « comme les fêlées en tous genres, elle laisse filtrer la lumière ».

Le lien invisible entre les deux journées

En programmant ce spectacle pour clôturer la Journée internationale des droits des femmes, la Ville de Pornic crée une résonance puissante. Les ateliers du 5 mars sur la santé mentale, la charge mentale et la ménopause prennent une profondeur nouvelle à la lumière de Mon côté Wertheimer.

Car ce que raconte Chloé Oliveres, c’est précisément ce dont parlent les professionnels de santé le jeudi : l’invisibilisation des souffrances féminines, la solitude face aux troubles psychiques, le poids des injonctions sociales. Sa mère qui « avance à petits pas, précédée de ses angoisses » pourrait être toutes ces femmes qui viendront chercher de l’aide au Pôle Social.

Le spectacle offre ainsi ce que la parole médicale ne peut pas toujours donner : une mise en récit poétique et cathartique de la souffrance, une permission de rire de ce qui fait mal, une reconnaissance de la complexité des héritages féminins. Il transforme la honte en art, le silence en parole, l’isolement en partage collectif.

Une programmation qui fait sens

En articulant ateliers pratiques, échanges intergénérationnels et expression artistique, Pornic propose une approche globale de la célébration des droits des femmes. Ces deux journées ne se contentent pas de pointer les inégalités : elles offrent des espaces concrets de soutien, d’information et de libération de la parole.

De la charge mentale aux transmissions générationnelles, de la ménopause à la psychogénéalogie, de la contraception partagée aux figures féminines brisées et résilientes, un fil rouge se dessine : celui de la nécessité de nommer ce qui a été tu, de soigner ce qui a été négligé, de célébrer ce qui a été méprisé.

Les femmes d’hier ont porté des fardeaux invisibles. Les femmes d’aujourd’hui osent les nommer. Les jeunes générations réinventent les luttes. Et l’art, comme le rappelle Chloé Oliveres, permet de « tisser du lien malgré les détours et les errances », de laisser filtrer la lumière à travers les fêlures.

« Mon côté Wertheimer » : quand l’art théâtral prolonge les questionnements

Samedi 7 mars 2026, à l’occasion de la Journée des Droits des Femmes à Pornic.

Mon côté Wertheimer : Théâtre Saint-Gilles, 20h30
Tout public dès 12 ans – Tarifs : 13€ plein / 9€ réduit / 8€ -25 ans
Billetterie : office de tourisme de Pornic, Espace culturel Leclerc, ou sur https://www.billetweb.fr/pro/ville-de-pornic

Visuel de Une : Raphaël Rojas.