Nantes

Nantes : polémique autour du soutien de l’artiste Phia Ménard à Johanna Rolland

Le soutien de l'artiste transgenre Phia Ménard à Johanna Rolland provoque un affrontement entre gauche et droite à Nantes. La culture et la liberté d'expression s'imposent comme enjeux majeurs des municipales 2026.

Nantes : polémique autour du soutien de l’artiste Phia Ménard à Johanna Rolland.

Les élections municipales nantaises de 2026 se tendent. Un échange de communiqués virulents oppose vendredi 13 février le candidat de droite Foulques Chombart de Lauwe à la liste « La Gauche unie pour Nantes » menée par la maire sortante Johanna Rolland, autour du soutien apporté par la performeuse et chorégraphe transgenre Phia Ménard.

Un manifeste culturel qui enflamme la campagne

Jeudi 12 février au soir, le café culturel Le Macadam accueillait une soirée de campagne consacrée à la culture. Plus de 150 artistes y ont manifesté leur soutien à la diversité culturelle nantaise et à la candidature de Johanna Rolland en signant un manifeste lancé par Phia Ménard et Loïc Touzé, deux chorégraphes et artistes emblématiques de la scène nantaise. Le texte appelle à « la défense de la liberté de création et de la diversité culturelle » tout en affirmant leur soutien à la liste de gauche.

Selon les organisateurs, ce rassemblement réunit des « acteurs et actrices de toutes les générations, issus de toutes les disciplines », mobilisés en réaction aux difficultés traversées par le secteur culturel : crise sanitaire et, surtout, les réductions budgétaires opérées par la région Pays de la Loire, dirigée par la droite.

L’offensive de la droite dure

Le lendemain, ce vendredi 13 février, vers 17 h, Foulques Chombart de Lauwe publiait un communiqué accusant la candidate sortante de s’entourer d’une personnalité ayant tenu des propos « d’une extrême virulence » contre les forces de l’ordre. Le candidat cite notamment des messages Facebook datant de 2020 où l’artiste aurait écrit « La police tue » et utilisé l’acronyme ACAB (All Cops Are Bastards).

Dans son texte, le candidat de droite dénonce ce qu’il considère comme une « instrumentalisation » de la culture à des fins électorales et accuse Johanna Rolland d’hypocrisie, affirmant qu’on ne peut « prétendre défendre les policiers tout en valorisant celles et ceux qui les vouent aux gémonies ».

Qui est Phia Ménard ?

Phia Ménard est une artiste française transgenre, anciennement connue sous le nom de Philippe Ménard. Figure importante de la scène contemporaine, elle est reconnue pour son travail de performeuse, chorégraphe et metteuse en scène. Son parcours artistique et son identité en font une personnalité engagée dans les débats sur la diversité et les libertés individuelles.

Dans le manifeste, elle défend la politique culturelle nantaise : « Nantes est un modèle, très convoité, très regardé : il est question d’une vision de la société, d’un sens du partage. La Région des Pays de la Loire a sacrifié la culture au niveau régional. »

« Nous sommes Phia » : la gauche contre-attaque

La riposte de « La Gauche unie pour Nantes » est venue quelques heures plus tard, tard dans la soirée. Le communiqué adopte un ton combatif, affirmant comprendre « parfaitement » le message de Chombart de Lauwe et dénonçant ce qu’il qualifie d’attaque « infâme » contre l’artiste. Le texte suggère que le candidat de droite « déteste tout ce que représente Phia Ménard parce qu’elle est femme, libre, artiste, transgenre ».

Nantes : polémique autour du soutien de l'artiste Phia Ménard à Johanna Rolland

Concluant par le slogan « Nous sommes Phia », le communiqué de la gauche revendique la défense des artistes et de leur liberté de création comme un principe républicain non négociable à Nantes.

Le bilan culturel au cœur du débat

Au-delà de la polémique, la question culturelle s’impose comme un enjeu central de la campagne. La maire sortante met en avant son bilan : selon ses services, le nombre d’acteurs culturels aidés par la Ville a augmenté de 50% en dix ans, et le nombre de places en ateliers d’artistes a été multiplié par trois, plaçant Nantes « juste après Paris au niveau national ».

Johanna Rolland promet de poursuivre dans cette voie : « Jamais la culture ne sera pour nous une variable d’ajustement. Nous avons la conviction qu’elle émancipe, qu’elle réconcilie, qu’elle rassemble. » Parmi ses engagements figurent l’implantation d’un « lieu ressource pour les pratiques amateurs dans chaque quartier » et la gratuité des transports en commun pour toute sortie culturelle.

De son côté, Foulques Chombart de Lauwe assume ses positions, ayant déclaré dans le magazine Causeur que Christelle Morançais, présidente de la région, était « en pointe de la bataille culturelle » – une formule que la gauche interprète comme un soutien aux coupes budgétaires régionales.

Un débat de société bien au delà des municipales

Au-delà de la joute électorale, cet échange illustre des questions plus larges sur la place des artistes dans le débat public, les limites de la liberté d’expression, et le rôle de la culture dans les campagnes politiques. La question de savoir si les propos passés d’une personnalité publique doivent disqualifier son engagement actuel divise régulièrement l’opinion.

Pour Loïc Touzé, co-auteur du manifeste, « il n’y a pas d’autre avenir possible qu’un avenir avec la culture et l’art ». Les électeurs nantais devront trancher lors du scrutin municipal de 2026, dans un climat qui s’annonce particulièrement tendu.