
Dans la nuit du 15 au 16 avril 2026, un salarié d’ONET chargé du nettoyage des rames au chantier local de la gare de Nantes a été violemment agressé par deux graffeurs qu’il venait de surprendre. Un fait grave qui révèle une faille criante dans la protection des travailleurs les plus invisibles du ferroviaire. Le syndicat SUD-Rail Pays de la Loire est vent debout.
Il était seul, de nuit, au milieu des rames stationnées. C’est dans ce contexte de totale vulnérabilité qu’un agent de la société ONET, prestataire de nettoyage de la SNCF, a été pris pour cible par deux individus venus tagguer un tram-train. Surpris dans leur acte, l’un d’eux a assené un coup de poing à l’agent avant de le plaquer au sol, le temps que son complice achève son graffiti. Une scène de violence froide, calculée, dont les conséquences auraient pu être bien plus dramatiques.
L’incident ne serait qu’un fait divers de plus si sa brutalité ne venait pas mettre en lumière une réalité systémique inacceptable : les agents du nettoyage ferroviaire travaillent seuls, la nuit, sur des emprises faiblement sécurisées, sans dispositif d’alarme, sans protection, sans témoin.
L’invisible première ligne
Les agents de nettoyage des réseaux ferroviaires font partie de ces travailleurs dont on use la santé et la sécurité sans jamais vraiment en rendre compte. Sous-traitants d’un sous-traitant, ils opèrent dans l’angle mort de l’organigramme ferroviaire. Pourtant, leur présence est indispensable à chaque rame qui reprend le service le matin.
ONET est le numéro un du secteur du nettoyage, présent aussi bien à la SNCF que dans les CHU, et ses pratiques sociales suscitent régulièrement la contestation de ses salariés. Mais derrière les conflits sur les salaires et les cadences, c’est aujourd’hui la sécurité physique de ces agents qui est en jeu.
Le travail isolé ne constitue pas en lui-même un risque, mais il est un facteur d’aggravation majeur en cas d’accident. C’est la conjonction des risques professionnels de la situation de travail et de l’isolement qui contribue au danger. Or, à Nantes, cette nuit-là, les deux facteurs étaient réunis : un agent seul, une emprise non sécurisée, aucun recours possible.
Une violence qui s’inscrit dans un contexte national préoccupant
L’agression de Nantes n’est pas un incident isolé. Le phénomène des intrusions nocturnes par des graffeurs dans les emprises ferroviaires est documenté de longue date. Les sociétés de transport, particulièrement visées, y consacrent une part non négligeable de leur budget, la SNCF chiffrant le coût du nettoyage des graffitis de ses trains à 5 millions d’euros par an. Ce que les chiffres ne disent pas, c’est la mise en danger des agents qui nettoient ces mêmes rames la nuit venue.
Quelques jours seulement avant l’agression de Nantes, c’est à Toulouse que le phénomène refaisait surface de façon spectaculaire : des graffeurs s’étaient introduits en pleine nuit sur le chantier de la future ligne C du métro, masqués, filmant tout sur leur passage et postant la vidéo sur les réseaux sociaux, un chantier sur lequel deux ouvriers ont perdu la vie ces deux dernières années.
Dans le même temps, l’État reconnaît la réalité de l’exposition croissante des agents publics aux violences. Réuni en février 2026, un groupe de travail piloté par la DGAFP a engagé une réflexion sur la prévention des violences envers les agents, dans le cadre du Plan de santé au travail 2026-2030. Des réflexions institutionnelles qui restent, pour l’heure, bien loin du chantier de nettoyage nantais.
SUD-Rail hausse le ton, et dépose un Droit d’Alerte
Face à ce drame annoncé, le syndicat SUD-Rail Pays de la Loire monte au créneau. Dans un communiqué ferme, il apporte sa pleine solidarité au salarié agressé et exige des mesures immédiates : renforcement des rondes de la SUGE, la police ferroviaire interne à la SNCF, ou déploiement de vigiles et maîtres-chiens, équipement de chaque agent d’un Dispositif d’Alarme pour Travailleur Isolé (DATI), abandon du travail en agent seul au profit du binôme, et sécurisation des accès aux emprises SNCF.
Ces revendications sont légitimes et techniquement réalisables. La mission d’un DATI est de transmettre une alarme vers une structure chargée de déclencher les secours, pouvant inclure la position GPS du travailleur afin de faciliter l’intervention. Un outil simple, existant, et qui n’a pas encore été généralisé pour les agents du nettoyage.
Ce lundi 20 avril, les élus SUD-Rail ONET et TER ont franchi un cap supplémentaire en déposant des Droits d’Alerte pour Danger Grave et Imminent, une procédure légale qui oblige les directions à répondre et à agir, sous peine d’engager leur responsabilité.
La SNCF, donneur d’ordre : une responsabilité qui ne peut se diluer
SUD-Rail rappelle un point juridique fondamental que la chaîne de sous-traitance tend à obscurcir : la SNCF, en tant que donneuse d’ordre d’ONET, est légalement responsable des conditions de travail et de la sécurité des agents du nettoyage qui interviennent sur ses emprises. Déléguer la prestation ne délègue pas la responsabilité.
Dans un contexte où le ministre des Transports Philippe Tabarot a annoncé une expérimentation de pistolets à impulsions électriques pour les agents de sûreté SNCF, il serait paradoxal que les moyens de protection ne progressent que pour la sécurité visible, au guichet ou sur le quai, en oubliant ceux qui travaillent dans l’ombre des dépôts et des chantiers.
La violence subie par ce salarié d’ONET cette nuit de mi-avril n’était pas une fatalité. Elle était le produit prévisible d’une organisation du travail qui expose des agents isolés, la nuit, sur des sites insuffisamment sécurisés. Le Droit d’Alerte déposé ce jour par SUD-Rail est un signal d’alarme que la SNCF et ONET n’ont pas le droit d’ignorer. La prochaine agression, si rien ne change, ne sera peut-être pas sans séquelles.




