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Nantes : un réseau de livraisons par drone vers les prisons démantelé

Pendant près de dix mois, un réseau très organisé a livré téléphones, stupéfiants et armes par drone dans une dizaine de prisons françaises. Trois personnes jugées ce vendredi à Nantes.

Nantes : un réseau de livraisons par drone vers les prisons démantelé, trois personnes jugées

Pendant près de dix mois, un réseau organisé a livré téléphones, stupéfiants et armes blanches dans une dizaine de maisons d’arrêt françaises. Les trois prévenus ont comparu ce vendredi devant le tribunal correctionnel de Nantes.

Une dénonciation qui déclenche l’enquête

L’affaire débute le 16 avril 2025 lorsque le directeur du centre pénitentiaire de Nantes alerte les autorités. Il dénonce « de très nombreuses livraisons par drone d’objets à des détenus au sein de la maison d’arrêt ». Le parquet de Nantes ouvre immédiatement une enquête pénale, confiée à la brigade des recherches de la compagnie de gendarmerie de Nantes.

Le mode opératoire est bien rodé : « de jour, les colis étaient largués par drone au-dessus de la promenade et récupérés directement par les détenus, tandis que, de nuit, les livraisons d’objets (dans des chaussettes) étaient réalisées directement aux fenêtres des cellules ».

Un réseau étendu et organisé

Les investigations révèlent rapidement l’ampleur du trafic. Les suspects, dont un télépilote spécialisé, « utilisant un compte Snapchat pour proposer leurs services », opéraient dans six départements : Calvados, Charente-Maritime, Loire-Atlantique, Sarthe, Seine-et-Marne et Vienne.

Nantes : un réseau de livraisons par drone vers les prisons démantelé

Les écoutes téléphoniques mises en place permettent aux enquêteurs d’établir que les livraisons « s’avéraient être quasiment quotidiennes ». Du 1er février au 2 décembre 2025, les mis en cause déployaient des moyens conséquents : ils « louaient des véhicules haut de gamme (Audi, Mercedes Classe A etc) pour se rendre aux abords d’une dizaine de maisons d’arrêt » et livraient « des produits stupéfiants, des téléphones portables, des produits Hi-tech (écouteurs etc), voire des armes blanches ».

Au total, « 464 survols de drone étaient ainsi recensés sur la période », soit une moyenne de près de deux survols par jour.

Des saisies impressionnantes

Les fouilles effectuées par l’administration pénitentiaire permettent de saisir un arsenal considérable : « presque 100 téléphones portables (essentiellement iPhones et mini-téléphones), 31 cartes SIM, 3 kilos de produits stupéfiants (cannabis, cocaïne, héroïne et amphétamines) ». Onze drones sont également récupérés lors de livraisons avortées.

L’enquête révèle que « le principal mis en cause s’était doté d’un drone très haut de gamme, pouvant livrer en une seule fois jusqu’à 1 kg de marchandises ».

Le coup de filet du 2 décembre

Le mardi 2 décembre 2025 à l’aube, 40 militaires de la compagnie de Nantes procèdent à l’interpellation de trois personnes : Célestin H., 27 ans, considéré comme le cerveau de l’opération, son chauffeur Lassana K., 24 ans, et la mère du premier, Isabelle C., 54 ans.

Les perquisitions dans leurs domiciles et véhicules sont particulièrement fructueuses. Les gendarmes saisissent « un drone, 3 télécommandes, des batteries, 3 couteaux, une mini-lame de scie, des produits stupéfiants, 12.000 euros en espèce, une arme de poing calibre 45 mm, 50 cartouches, de très nombreuse chaussettes garnies de téléphones portables et de produits stupéfiants, ainsi que des bobines de fil ».

Détail révélateur de l’activité soutenue du réseau : l’un des mis en cause « venait de procéder à une livraison par drone, quelques heures avant son interpellation, à la maison d’arrêt de Nantes ».

Des charges lourdes

Face aux enquêteurs, les trois suspects « fournissaient peu d’explications, ou des explications peu crédibles ». Ils ont été déférés au parquet avec plusieurs chefs d’accusation : « remises illicites d’objets à détenus, engagement par télépilote d’un drone au-dessus d’une zone interdite, acquisition, transport, détention, offre ou cession de produits stupéfiants et blanchiment ».

Les délits liés au trafic de stupéfiants, « les plus sévèrement réprimés », exposent les prévenus à « 10 ans d’emprisonnement ». Le parquet annonce que « d’autres interpellations sont par ailleurs prévisibles dans le cadre de dossiers similaires ».

Une priorité nationale

Dans son communiqué, Antoine Leroy, procureur de la République de Nantes, rappelle que « la protection des établissements pénitentiaires est aujourd’hui une préoccupation nationale, à la fois pour garantir la sécurité des agents de cette administration, qui travaillent déjà dans des conditions particulièrement difficiles, mais aussi parce qu’il ne peut être toléré que des armes, des stupéfiants ou des téléphones soient livrés de cette manière, par des délinquants qui en font une activité rémunératrice, et au profit d’autres délinquants incarcérés ».

Le magistrat salue « l’excellente collaboration, dans le cadre de cette enquête, entre l’administration pénitentiaire et les militaires de la gendarmerie de Nantes », louant « la qualité, la rigueur et la persévérance des gendarmes ». Il conclut en affirmant qu' »il ne doit pas y avoir de relâche dans la lutte contre cette délinquance ».