Pascal Convert a beaucoup à nous raconter

Pascal Convert a beaucoup à nous raconter. Pascal Convert se définit comme archéologue de l’architecture, de l’enfance, de l’histoire, du corps, des temps. Le rencontrer est réconfortant. Voilà un homme qui porte la culture en lui, un homme qui nous passionne avec ses histoires. On le voudrait médiateur culturel, il est plasticien.

Il est un homme qui engage le poids de son corps dans la bataille contre l’ignorance. Il est un homme qui pose ses tripes sur la table. Rien dans son œuvre n’est futile, rien n’est de trop. Tout à un sens.

Pascal Convert me rappelle la très belle phrase de Pierre Reverdy : « C’est au moment même où sa tête rencontra le sol qu’il se rendit compte que son corps était plus lourd que son rêve. »

L’artiste n’est pas un inconnu dans le département de Loire-Atlantique. Il est l’auteur des quatorze vitraux de l’Abbaye de Saint-Gildas-des-Bois. 

Un artiste contre l’oubli

L’artiste souffre d’une grosse mémoire. Il est allé lui-même sur des théâtres de guerre. Au Passage Saint-Croix, en plein cœur de Nantes, Pascal Convert nous propose des tirages contacts photographiques platine palladium issus d’une série réalisée en Arménie autour de la disparition des khatchkars, pierres dressées couvertes de croix gravées détruites par les autorités azerbaïdjanaises. Dans le patio, un ensemble de deux parallélépipèdes évoque les entrelacs des khatchkars, les enclos en fer forgé qui entourent les tombes anciennes du cimetière Miséricorde ou encore des berceaux de facture ancienne. Enfin, trois cloches monumentales en cire évoquent un objet de rassemblement, de structuration, un symbole du commun, cher à cet artiste qui fait œuvre de lien en travaillant dans chacune de ses œuvres contre l’oubli.

Dans cette revue numérique qui se veut être un espace de dialogue entre la société et l’Église, à travers l’art on y lit que :  « Ces figures proviennent de photographies de Désiré Bourneville (1859-1909), médecin aliéniste assistant de Charcot, que Convert a découvert dans le livre cardinal de Georges Didi-Hiberman Inventer l’hystérie (1982), puis dans les ouvrages de Bourneville lui-même. Après avoir modifié ces visages, fermé les yeux des enfants ou relevé leurs visages baissés, Pascal Convert les fait transformer en bas-reliefs de plâtre par le sculpteur Klaus Velte. Puis le verrier, Olivier Juteau, transforme la sculpture de plâtre en une dalle de cristal qui porte en creux l’empreinte en contre-relief de ces figures. »

Miroir des temps au cimetière Miséricorde

Nantes est une des rares villes en France à posséder 15 cimetières. On en compte 14 dans Paris intra-muros.

Nantes est riche d’une quinzaine de lieux que sont Bouteillerie, Chauvinière, Cimetière Parc, Miséricorde, Pont du Cens, Saint-Clair, Saint-Donatien, Saint-Jacques, Saint-Joseph-de-Porterie, Saint-Martin (ancien et nouveau), Sainte-Anne (ancien et nouveau), Toutes-Aides et Vieux-Doulon.

Le Voyage à Nantes a choisi celui de Miséricorde pour présenter une autre œuvre forte de Pascal Convert.

Pour qui veut connaître le cimetière Miséricorde, la lecture du roman de Paul Nizan ” Antoine Bloyé “ est utile :

Le cimetière de Miséricorde ressemblait à une grande ville

L’avenue principale était bien bâtie : elle traversait le quartier des morts qui avaient été riches, bâtisseurs de domaines, d’entreprises et de tombeaux. Par les portes de fer forgé et de verre, on apercevait au fond de ces pavillons de belle pierre, de granit, de tuffeau, de petits autels domestiques couverts de nappes brodées, de vases bleus, de portraits sur émail, des statues peintes du Christ, de la Vierge, des Sacrés-Cœurs, des colombes. Plusieurs sépultures prenaient jour par des verrières de couleur, comme les ateliers de peintres riches dans le quartier Péreire.

Il y en avait dans le style roman, dans le style gothique, d’autres étaient coiffées par des dômes à pan, des dômes surmontés, écailleux comme des lézards de céramique. D’autres portaient dans le style de 1900, des lis, des iris, des chevelures de pierre. C’étaient de ces caveaux où l’on n’entre pas sans s’essuyer les semelles et il y avait des paillassons de métal. Des squelettes de banquiers, d’armateurs, de généraux, de femmes du monde reposaient au fond de ces reliquaires : les cartouches portaient des noms nobles et ces doubles noms qui sont la noblesse bourgeoise et commémorent les grandes alliances des roturiers. Au bout de l’avenue, sur un tas de sable de Loire, les enfants pauvres du quartier Miséricorde avaient construit des jardins, des canaux, des forteresses et des ports et ils chantonnaient des airs de Paris dans le crépuscule pluvieux.

C’était un lieu simple et sans fastes, bâti de tombes solides

Le convoi arriva sur un rond-point qui était la grand-place de Miséricorde ; au centre, une calotte de ciment gris, coupée de plaques de tôle comme les ouvertures rectangulaires des égouts, bombait faiblement au-dessus du sable mouillé qui craquait sous les roues du char : c’était le toit de la fosse commune où l’on jette les corps qui ont fini leur temps de concession, les corps qui n’ont eu droit qu’à cinq ans de solitude : au pourtour se défaisaient des gerbes pourries, des couronnes, des palmes de perles défilées…

Les chevaux tournèrent sur la droite, entrèrent dans un nouveau quartier sans chapelles, sans autels, sans clochers. C’était un lieu simple et sans fastes, bâti de tombes solides, de grosses dalles de granit poli, noir ou gris, comme de gros livres sous des reliures jansénistes. De hautes croix de marbre, de granit avec des lettres d’or les dominaient, des croix tréflées, latines, recroisées, des croix de toutes les façons.

Des tombes étaient abandonnées, mais la plupart attestaient la fidélité aux morts

Elles étaient décorées de fleurs fraîches, de plantes vivaces, de couronnes de faïence tantôt hérissées de pensées et d’immortelles, tantôt lisses comme des pneus ; elles étaient entourées de bandeaux de sable ratissé, gaufré, goudronné. Derrière les tombes, on voyait passer et repasser, bien qu’il fût déjà tard, une femme en deuil portant un vase de zinc, un arrosoir vert de jardin. C’était le lieu des funérailles de l’aisance bourgeoise, le cimetière des gens qui avaient mené des vies que ne troublaient ni la grande richesse, ni l’inquiétude du lendemain. Le cimetière des commerçants, des ingénieurs, des professeurs, des hommes obscurs, économes, cruels, sur qui reposait avant le temps des catastrophes la certitude des États.

…Un jour elle avait demandé au gardien comment se conservaient les corps à Miséricorde ; le gardien lui avait dit :

« Il y a une nappe d’eau souterraine… Les bières sont dans l’eau… ça conserve les gens tout à fait… On en exhume qui sont là depuis des années et des années… À peine s’ils sont changés… on dirait qu’ils sont enterrés d’hier… »

Une œuvre pérenne

L’œuvre de Pascal Convert est appelée à être pérenne dans ce lieu, au calme, au cœur de la ville.

Pascal Convert a porté son regard sur la partie la plus ancienne particulièrement dense en végétation – les produits phytosanitaires y étant bannis depuis plusieurs années – et y a conçu l’œuvre Miroirs des temps à l’image d’un memento mori protecteur et apaisant. Représenté en bas-relief sur des dalles en verre réalisées conjointement avec le maître verrier Olivier Juteau, chaque animal à l’allure spectrale suit du regard le passant avec une insistance muette et émouvante.

 

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