Paul Richardot à Châteaubriant vient nous parler de « Fragrancia », son premier livre. Il fait escale à la médiathèque de la commune du nord de la Loire-Atlantique, fin janvier.
À trente-trois ans, Paul Richardot incarne cette nouvelle génération d’écrivains qui conjuguent expertise professionnelle et ambition littéraire. Diplômé de l’École Supérieure du Parfum à Paris, ce « nez » de l’industrie cosmétique française a fait une entrée fracassante dans le monde des lettres avec Fragrancia, un thriller olfactif paru en janvier 2025 aux éditions JC Lattès.
L’odeur, les odeurs ravivent la mémoire et on sent dans ce premier roman, malgré les imperfections, une pâte humaine, sensuelle. Parions que Paul Richardot nous prépare d’autres récits, avec un style plus personnel, plus affirmé.
Le succès est fulgurant. Traduit dans une dizaine de pays avant même sa publication française — Allemagne, Italie, Espagne, Japon, Hongrie, République tchèque, Roumanie, Russie et Slovaquie —, le roman connaît un tirage initial de 15 000 exemplaires, chiffre rarissime pour un premier roman. Les adaptations audiovisuelles sont déjà à l’étude, témoignant de l’appétit international pour cette œuvre singulière.
Un univers littéraire inédit
Dans Fragrancia, Richardot déploie un univers où la science-fiction flirte avec le polar contemporain. L’intrigue s’articule autour d’une entreprise mystérieuse proposant à une élite fortunée de revivre leurs souvenirs les plus précieux grâce à la SVM, une substance volatile mémorielle aux propriétés psychotropes. Au cœur de cette histoire, Hélias, vingt-quatre ans, apprenti « olfate » — ces scientifiques capables de traduire un souvenir en formule chimique —, se retrouve mêlé à une enquête criminelle où son hypersensibilité olfactive devient un atout décisif.
« Souvent, les livres dédiés au parfum sont très didactiques et peu accessibles au grand public, il n’existe pas réellement de fiction autour des odeurs », confie l’auteur à Livres Hebdo. Cette lacune, Richardot l’a comblée en créant ce qu’il nomme un « thriller olfactif », genre inédit qui mobilise le sens le plus directement lié à la mémoire : l’odorat.
La presse spécialisée ne s’y est pas trompée. Femme Actuelle salue « un premier roman original dont on se souviendra », tandis que Version Femina loue « des connaissances et des descriptions qui fleurent bon les senteurs d’une existence ».
Si quelques critiques pointent une intrigue parfois trop sage face à l’ambition du concept, l’accueil demeure globalement enthousiaste.
Le Mans comme écrin narratif
Originaire de Mézangers, en Mayenne, Paul Richardot a choisi de situer l’action de son roman au Mans, ancrage provincial qui confère à l’œuvre une dimension à la fois familière et universelle. Cette géographie narrative résonne particulièrement en Loire-Atlantique, où la communauté de communes Châteaubriant-Derval a sélectionné Fragrancia pour son prix du public 2025-2026.
La rencontre du 22 janvier 2026 à la médiathèque de Châteaubriant (de 18h30 à 20h00) permettra au public de découvrir l’homme derrière le succès soudain pour un premier livre. Richardot, qui reconnaît volontiers ne pas « comprendre cet engouement », cultive une humilité qui contraste avec le caractère spectaculaire de son succès. « Je voulais une écriture très ciné, des chapitres courts et des descriptions incisives. Je voulais qu’on aille vite et qu’on se prenne plein d’images en lisant », expliquait-il récemment à France Bleu Mayenne.
Entre deux passions
Cette démarche narrative puise directement dans l’expérience professionnelle de l’auteur. À l’École Supérieure du Parfum, confie-t-il, « on apprend à « parler des odeurs », beaucoup de mots sont utilisés pour les décrire, certains parfois très loufoques et inattendus comme « scintillantes » ou « anguleuses » ». Cette richesse lexicale irrigue l’ensemble du roman, créant une atmosphère à la fois poétique et technique.
Le livre aborde également des thématiques contemporaines : l’anxiété, les réseaux sociaux, les addictions, les influenceurs, les violences sexuelles. Autant de sujets qui ancrent Fragrancia dans notre présent tout en le projetant vers un futur plausible où la technologie mémorielle pourrait devenir réalité.
La version audio, interprétée par Anatole de Bodinat et disponible chez Audiolib, a été saluée pour sa dimension « hypnotique », ajoutant une expérience sensorielle supplémentaire à ce roman déjà très cinématographique. Le livre figure d’ailleurs parmi les finalistes du prix Audiolib 2025.
L’après-Fragrancia
Si Paul Richardot demeure discret sur ses projets futurs, les lecteurs espèrent déjà une suite à ce premier opus. L’univers de Fragrancia, avec ses zones d’ombre et son potentiel narratif, semble en effet propice à des développements ultérieurs. On attend que Paul Richardot s’abime le cuir, puisse-t’il nous montrer un peu plus de ses tripes : on attend une littérature à l’os.
En attendant, la rencontre de Châteaubriant offre l’opportunité rare de dialoguer avec un auteur au moment précis où sa carrière bascule de la promesse à la confirmation. Pour le public de Loire-Atlantique, c’est l’occasion de découvrir un écrivain qui, à l’image de ses personnages, transforme une sensibilité particulière en force créatrice.
Rencontre avec Paul Richardot à Châteaubriant

Jeudi 22 janvier 2026, 18 h 30-20 h
Médiathèque de Châteaubriant.
Entrée gratuite.
Public : adolescents et adultes.
Fragrancia, Paul Richardot, éditions JC Lattès, 300 pages, 22 €.
Visuel de Une : © Marie Rouge pour JC Lattès.
