Loire-Atlantique

Quels polluants contaminent nos cours d’eau ?

Pesticides, nitrates, résidus médicamenteux… Nos rivières et nappes phréatiques accumulent silencieusement une cocktail de molécules aux effets sanitaires préoccupants. À Saint-Julien-de-Concelles, l'association Bardets Goulaine Sans Pesticides réunit vendredi 3 avril à 20 h, salle Saunier, deux experts pour décrypter ces contaminations qui touchent le Canal des Bardets, les Marais de Goulaine et les cours d'eau du bassin versant local, et interpeller sur une proposition de loi qui pourrait changer la donne.

L’eau que nous buvons, celle qui irrigue nos marais et alimente nos rivières, n’est plus tout à fait la même qu’hier. Pesticides, nitrates, résidus médicamenteux, des molécules de toute nature s’accumulent silencieusement dans les cours d’eau, les nappes phréatiques et, au bout de la chaîne, dans nos organismes. Face à ce constat, l’association Bardets Goulaine Sans Pesticides organise une soirée de conférence le vendredi 3 avril 2026 à 20 h, à la Salle Saunier de Saint-Julien-de-Concelles. Au cœur des débats : le Canal des Bardets, les Marais de Goulaine et l’ensemble des cours d’eau du bassin versant.

Un territoire sous pression

Le bassin versant local n’échappe pas à une réalité nationale alarmante. Près de 17 millions de Français ont consommé au moins une fois en 2023 une eau contaminée aux pesticides. En quarante ans, plus de 12 500 captages ont été abandonnés sur le territoire, dont un tiers en raison de contaminations aux pesticides et aux nitrates. Entre 30 et 40 % des masses d’eau du pays sont aujourd’hui affectées.

Mais les pesticides ne sont pas les seuls coupables. Les résidus médicamenteux, antibiotiques, hormones de synthèse, anti-inflammatoires, constituent une pollution croissante et largement sous-estimée. Éliminés seulement en partie par les stations d’épuration, ils se retrouvent dans les rivières et les eaux souterraines, perturbant les écosystèmes aquatiques et s’invitant dans les cycles de l’eau potable. À cette pollution chimique s’ajoutent les métabolites, ces molécules issues de la dégradation des pesticides dans l’environnement : rarement recherchées lors des analyses réglementaires, elles n’en demeurent pas moins biologiquement actives.

Une proposition de loi au cœur du débat

Dans ce contexte, la conférence s’inscrit dans une actualité législative brûlante. Le député de Loire-Atlantique Jean-Claude Raux porte à l’Assemblée nationale la proposition de loi n°766, déposée en décembre 2024 et adoptée en commission du développement durable en février 2025. Son objectif : interdire l’usage des pesticides de synthèse dans les aires d’alimentation des captages d’eau potable d’ici le 1er janvier 2030, tout en imposant des programmes d’actions obligatoires pour préserver la qualité des eaux.

Le texte bénéficie d’un soutien politique transpartisan inédit, des centaines d’élus de tous bords ont signé le manifeste associé, et reçoit l’appui de professionnels de santé, d’agriculteurs et d’associations environnementales. L’argument économique vient étayer la démarche : l’impact financier des pollutions agricoles sur les factures d’eau atteindrait 1 à 1,5 milliard d’euros par an, soit environ 500 euros par ménage,  un coût bien supérieur à celui d’une transition agricole accompagnée. Les surfaces concernées par l’interdiction ne représenteraient par ailleurs que 3,5 % de la surface agricole utile nationale, un périmètre limité qui rend la transition techniquement réalisable.

Ce projet de loi s’inscrit également en résistance face au moratoire gouvernemental qui a gelé l’ensemble des décisions relatives à la gestion de l’eau, balayant notamment trois ans de travaux sur le Schéma d’aménagement et de gestion des eaux de la Vilaine. En portant ce texte, Jean-Claude Raux refuse que le sujet reste en jachère.

Les intervenants : Florence Mouriéras et Guy Grandjean

Les deux intervenants de la soirée auront à cœur de dépasser le seul constat pour éclairer le public sur les mécanismes concrets de cette contamination, de la molécule épandue dans un champ jusqu’à ses effets sur un organisme vivant, et de nourrir un débat citoyen que l’urgence sanitaire rend plus nécessaire que jamais.

Le Docteur Florence Mourieras, médecin endocrinologue, intervient sur un terrain qu’elle connaît bien. Dans ses précédentes conférences, elle a montré comment les perturbateurs endocriniens, omniprésents dans les pesticides comme dans les résidus médicamenteux, dépassent la seule question sanitaire pour toucher à l’effondrement de la biodiversité, en affectant la reproduction et le développement de nombreuses espèces.

Sur le plan humain, le tableau est sombre : stérilité, cancers hormono-dépendants, diabète, troubles neurodéveloppementaux chez l’enfant. Ces pathologies plaident, selon elle, pour un dépistage systématique des expositions et une action sans délai. Sa présentation sera suivie d’un temps d’échange avec le public.

Le Docteur Guy Grandjean est de ces hommes dont le parcours ne ressemble à aucun autre.

Né en région parisienne en 1951, le Docteur Guy Grandjean est biologiste de formation. Il s’installe dans la région nantaise et dirige pendant 32 ans un laboratoire d’analyses médicales au Loroux-Bottereau, alliant exigence scientifique et sens du contact humain.

Écrivain et chroniqueur en parallèle, il publie plusieurs ouvrages depuis les années 2000 et poursuit aujourd’hui sa réflexion sur les relations entre l’homme et le vivant sur son site Rouges Jardins , un regard curieux et ancré qu’il apportera ce soir à l’analyse des pollutions du bassin versant local.

Dès les années 1990, il observe et note les relations entre l’homme et la nature, d’abord sous forme de fanzine envoyé à ses proches, puis avec la publication en 2004 de NZO ou les grimoires d’un vieux singe, suivie du Propre des microbes et, en 2015, de De Nature Clandestine, une collaboration avec la plasticienne Christine Laquet. Jeune retraité aujourd’hui, il poursuit ce travail sur son site Rouges Jardins.

L’entrée est libre et ouverte à tous

Salle Saunier, Saint-Julien-de-Concelles, Vendredi 3 avril 2026 à 20 h.
Conférence organisée par Bardets Goulaine Sans Pesticides.

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