Saint-Nazaire

Rue Berthollet à Saint-Nazaire, la démolition d’un immeuble en péril marque la fin d’un dossier ouvert depuis 2021

Laissé à l'abandon depuis l'incendie meurtrier du 16 novembre 2021 qui avait fait deux morts, l'immeuble Art Déco à l'angle de la rue Claude Berthollet et de la rue de Pornichet est en cours de démolition depuis le 4 mai 2026. La Ville de Saint-Nazaire a agi après un arrêté de péril et une autorisation du tribunal judiciaire, face à l'inaction persistante du propriétaire.

Quatre ans et demi après l’incendie meurtrier qui avait coûté la vie à deux personnes, l’immeuble à l’abandon situé à l’angle de la rue Claude Berthollet et de la rue de Pornichet, en plein centre-ville de Saint-Nazaire, est en cours de démolition. Le chantier a démarré le lundi 4 mai 2026, pour une durée estimée à quatre mois.

Le bâtiment, de style Art Déco, est localisé entre l’hôtel de ville et le front de mer, dans un secteur emblématique de la ville rebâtie après les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Sa démolition, autorisée par le tribunal judiciaire en décembre 2025 aux frais et risques du propriétaire, clôt une procédure longue et laborieuse menée par la municipalité face à un propriétaire défaillant.

Pendant la durée des travaux, la rue de Pornichet passe en circulation alternée par feux.

Un immeuble insalubre depuis des années

L’histoire du bâtiment est celle d’une dégradation connue des autorités bien avant l’incendie. La Ville de Saint-Nazaire et l’Agence régionale de santé avaient engagé une première procédure d’insalubrité dès 2017. Deux ans plus tard, un appartement avait fait l’objet d’une évacuation de déchets accumulés à la suite d’un nouveau signalement.

Les riverains avaient alerté les autorités à plusieurs reprises sur les conditions de vie des occupants. L’immeuble, qui comptait une quinzaine d’appartements, abritait une trentaine de locataires, en grande majorité des ouvriers étrangers employés aux Chantiers de l’Atlantique. Pour des appartements de 45 mètres carrés où s’entassaient plusieurs personnes, le loyer atteignait 500 euros. Le voisinage dénonçait insalubrité, suroccupation, trafic de drogue et bagarres.

Le drame du 16 novembre 2021

Le mardi 16 novembre 2021, à 6h30 du matin, un violent incendie se déclare au deuxième étage de l’immeuble. À leur arrivée, les sapeurs-pompiers constatent la présence de deux victimes au sol, qui s’étaient défenestrées. Le bilan final fait état de deux morts et d’un blessé grave. Au plus fort de l’intervention, 103 sapeurs-pompiers et 55 engins sont mobilisés, venus de Saint-Nazaire, de La Baule, mais aussi de l’agglomération nantaise. Le sinistre est circonscrit à 10h40. Le sous-préfet de Saint-Nazaire s’est déplacé dès les premières heures.

L’incendie a profondément marqué la ville. Dans les jours qui ont suivi, la municipalité a lancé un recensement de tous les lieux de squat sur le territoire communal.

Cinq ans de procédures face à un propriétaire absent

Depuis le drame, l’immeuble est resté à l’abandon, son propriétaire n’ayant engagé aucune action. Pendant quatre ans, la carcasse calcinée s’est dégradée au fil des saisons, pigeons inclus, sous les yeux des riverains.

En juillet 2024, la Ville adresse un premier courrier de mise en demeure au propriétaire, lui demandant de faire réaliser une expertise du bâtiment et de limiter la prolifération des pigeons sur le site. Sans réponse. Le 15 juillet 2025, un second courrier exige cette fois une étude sur la déconstruction et la mise en place d’un périmètre de sécurité. Sans réponse.

L’expert conseille une démolition de l’immeuble de la rue Berthollet

Le lendemain, le 16 juillet 2025, les services municipaux constatent sur place une aggravation inquiétante de la structure. La Ville saisit le tribunal administratif de Nantes le 22 juillet. Un expert désigné par la juridiction réunit les parties quelques jours plus tard, en présence de la Ville, mais en l’absence du propriétaire.

L’expert préconise la démolition urgente des ouvrages en voie de déstructuration. Le 5 août 2025, la Ville prend un arrêté de procédure d’urgence, mettant en demeure le propriétaire d’agir dans un délai de quinze jours. Toujours sans réponse.

Le 2 décembre 2025, le tribunal judiciaire autorise finalement le maire de Saint-Nazaire à procéder lui-même aux travaux de démolition, aux frais et risques du propriétaire, contre lequel une procédure a été engagée. Un expert a également été nommé par le tribunal administratif de Nantes pour suivre les travaux et pourra être sollicité en cas de dommages.

Une déconstruction sélective sous protocole amiante

Le chantier débute par l’installation d’un périmètre sécurisé. Les éléments présentant un risque de chute immédiat sont d’abord démontés manuellement, avant que le reste du bâtiment ne soit déconstruit mécaniquement. Les déchets sont ensuite triés et évacués dans les filières dédiées, avant le nivellement final de la parcelle.

Par précaution, l’ensemble des travaux est réalisé sous protocole amiante, avec des mesures en continu des émissions de fibres dans l’air.

Le chantier est estimé à quatre mois. Les accès riverains sont maintenus pendant toute la durée des travaux.

Visuel de Une : © Google

Articles similaires