Saint-Nazaire suspend le temps : La Volière fait son cirque, vendredi 14 et samedi 15 novembre 2025.
Pour la cinquième année, le lieu dédié aux arts aériens transforme ses hauteurs en cabaret le temps d’un week-end. Au programme : trapèze poétique, performances contemporaines et convivialité partagée. Retour aussi sur le triomphe nantais de Fred’Deb, figure tutélaire des lieux.
Il y a des lieux qui défient la gravité, et d’autres qui réinventent notre rapport à l’espace. La Volière, nichée rue de la ville Halluard à Saint-Nazaire, fait les deux à la fois. Ce temple du nouveau cirque et de la danse aérienne s’apprête à célébrer, les 14 et 15 novembre, sa participation désormais ritualisée à « La Nuit du Cirque », cet événement international qui fait briller les pistes alternatives partout sur la planète.
Oubliez les chapiteaux traditionnels et les numéros convenus. Ici, on cultive une esthétique de la suspension, où les corps dialoguent avec le vide dans une écriture résolument contemporaine. Pour cette édition 2025, La Volière mise sur une formule cabaret qui transforme le lieu en scène ouverte, conviviale, presque intime malgré les hauteurs vertigineuses.
Trapèze et piano : l’équation parfaite
Le plateau ? Un écrin pour Ella Brice, trapéziste dont le solo aérien sera sublimé par les notes de Samuel Philmon au piano. Cette rencontre entre l’acrobatie et la musique live promet ces instants de grâce suspendue où le cirque touche à l’émotion pure. Entre deux numéros, la troupe amateur du lieu rappellera que le cirque est avant tout affaire de transmission et de partage.
Mais c’est « Broken », le spectacle de Marta Matovelle programmé à 21h, qui constitue le clou de ces soirées. Une création où la fragilité et la puissance se côtoient, dans cette recherche d’équilibre précaire qui caractérise le meilleur du cirque contemporain. Matovelle, artiste espagnole que Fred’Deb – directrice artistique de La Volière – avait réunie avec d’autres voltigeurs internationaux pour son spectacle « Élévation », incarne cette nouvelle génération de circassiens sans frontières.
Fred’Deb, sculptrice de l’air
Car derrière La Volière, il y a elle : Fred’Deb, diplômée du CNAC en 1992, qui a bâti pierre après pierre – ou plutôt, maille après maille – une vision exigeante du cirque aérien. Fondatrice de la compagnie « Drapés aériens » en 2001, elle a su conjuguer carrière internationale et ancrage territorial, performance artistique et transmission pédagogique. Son Diplôme d’État obtenu en 2017 par VAE témoigne d’une légitimité qui ne doit rien au hasard.
On l’a vue récemment enchanter le parvis de la cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul de Nantes, le 27 septembre dernier, lors de la réouverture historique du monument. Devant Rachida Dati, ministre de la Culture, et une foule venue nombreuse, sa compagnie a fait danser les corps à plusieurs dizaines de mètres du sol, transformant les façades gothiques en partenaires d’un ballet vertigineux. Dans sa vision, le corps devient sculpture mobile, chaque geste atteignant cette « précision et cette sûreté exemplaires » qui caractérisent son approche : une technique mise au service d’une poésie aérienne authentique.
Un lieu-manifeste face aux défis de demain
Au-delà du spectacle, La Volière incarne une vision politique du cirque. Fabrique artistique, laboratoire social, centre de ressources : le lieu multiplie les casquettes avec une ambition claire – faire du cirque un levier de cohésion sociale tout en structurant une filière professionnelle du local à l’international. Dans une époque où la culture questionne ses modèles de production, où l’écologie réinvente les pratiques artistiques, ce « centre de gravité des nouvelles écritures » assume pleinement son engagement territorial.
Les portes ouvrent dès 19h, laissant le temps de s’imprégner de l’atmosphère avant que ne débutent les numéros. Entre les performances, un food truck et le bar associatif transforment l’entracte en moment de respiration collective – parce qu’à
La Volière, on défend une culture accessible, loin des temples sacralisés de l’art.
Week-end sous le chapiteau imaginaire, donc, où Saint-Nazaire regardera vers le ciel. Histoire de rappeler que le cirque, quand il invente ses propres règles et s’entoure d’artistes comme Fred’Deb, ne cesse de nous élever.
Visuel de Une : Brice Faure.

