
Au Parc Auvigne, les beaux jours s’invitent dans une galerie à ciel ouvert, et les plantes y reprennent vie, un siècle plus tard.
Il suffit parfois d’un beau matin, d’une lumière douce qui traverse les feuilles et d’un chemin de parc qu’on croyait connaître. Puis quelque chose accroche le regard. Une image suspendue entre deux arbres. Et soudain, plus rien n’est tout à fait pareil.
C’est ce qui attend les promeneurs du Parc Auvigne, à Sainte-Luce-sur-Loire, tout au long de ce printemps. Jusqu’au 29 juin, l’artiste photographe Carole Renard y déploie Explorations d’un territoire, une exposition en plein air qui transforme la flânerie dominicale en véritable voyage dans le temps.
L’histoire commence dans l’ombre des réserves du Muséum d’histoire naturelle de Nantes, où sommeillent des planches d’herbier datant du XIXe siècle. Sur chacune, une étiquette ; sur chaque étiquette, une adresse. Carole Renard les a toutes relevées. Puis elle a chaussé ses souliers et pris la route , ou plutôt les sentiers , à la recherche de ces mêmes plantes, parfois au même endroit exact qu’un botaniste disparu depuis cent ans.
« Il y a une urgence à prendre le temps de regarder la nature. »
Ce que l’on découvre dans ses diptyques, ce n’est pas seulement une plante. C’est un dialogue silencieux entre deux époques, entre la main d’un scientifique du XIXe siècle qui a soigneusement pressé une feuille sur du papier, et l’œil d’une photographe contemporaine qui est allée la retrouver, vivante, frémissante, au bord d’un chemin de Loire-Atlantique.
Pour créer ces œuvres, Carole Renard ne se contente pas de pointer un objectif. Elle recourt au cyanotype , ce tirage bleu-nuit qu’on travaille au pinceau et qu’on expose directement au soleil , et au photogramme, conçu en chambre noire, sans appareil. Des techniques du XIXe siècle, elles aussi, comme un clin d’œil supplémentaire adressé à ses botanistes fantômes.

Le Parc Auvigne, avec ses ombrages généreux et ses sous-bois traversés de lumière rasante, forme le cadre idéal pour cet accrochage singulier. Lorsque les iris et les anémones fleurissent autour des œuvres, lorsque la brise de Loire fait légèrement trembler les tirages, l’exposition sort définitivement du registre de la galerie pour entrer dans quelque chose de plus vivant , de plus vrai.
Un parcours de photographie-randonnée
Carole Renard, qui vit en Mayenne et parcourt les Pays de la Loire depuis des années, parle de photographie-randonnée. Elle s’est perdue dans des villages, a retrouvé son chemin le long de la Chézine, a senti le goût du sel dans les plantes côtières. Elle décrit une Loire-Atlantique brute et apaisée à la fois, campagnarde et urbaine, dont les noms de hameaux gardent les traces d’un monde d’avant.
Ce projet s’inscrit dans le programme Muséum près de chez vous : le temps de sa rénovation, le Muséum d’histoire naturelle de Nantes fait voyager ses collections hors les murs, au plus près des habitants. Une façon élégante de rappeler que l’art et la science n’ont jamais eu besoin de quatre murs pour exister.
Alors, la prochaine fois que le ciel sera bleu et que l’envie de sortir se fera sentir, il faudra penser au Parc Auvigne. Les plantes y attendent, patientes , comme elles attendaient déjà, il y a cent ans, qu’on vienne les regarder vraiment.
Explorations d’un territoire, Carole Renard
Parc Auvigne, Sainte-Luce-sur-Loire
Depuis le 18 avril et jusqu’au 29 juin 2026. Entrée libre.
Dans le cadre du programme « Muséum près de chez vous ».
Visuel de Une : © Ville de Sainte-Luce




