Justice

Treize ans de prison à Nantes pour le serveur qui violait sur le compte de son « somnambulisme sexuel »

[Cour criminelle] Un ancien serveur de bar a été condamné ce jeudi 11 janvier 2024 à treize ans de réclusion criminelle devant la cour criminelle départementale de la Loire-Atlantique pour avoir commis trois viols à Nantes (Loire-Atlantique) qu'il mettait sur le compte de son "somnambulisme sexuel".

Treize ans de prison à Nantes pour le serveur qui violait sur le compte de son « somnambulisme sexuel »

Nantes, jeudi 11 janvier 2024 – Un ancien serveur de bar a été condamné ce jeudi 11 janvier 2024 à treize ans de réclusion criminelle devant la cour criminelle départementale de la Loire-Atlantique pour avoir commis trois viols à Nantes (Loire-Atlantique) qu’il mettait sur le compte de son « somnambulisme sexuel ».

La première alerte avait été lancée le 10 juillet 2021, lorsqu’une jeune femme s’était présentée au CHU de Nantes : elle avait rapporté aux médecins avoir été « victime d’un viol » chez une amie après une soirée passée dans un bar. Elle s’était ensuite rendue au commissariat pour porter plainte contre Lou XXX, le barman avait qui elle avait fini la soirée.

En apprenant les faits, deux autres jeunes femmes s’étaient décidées à parler, décrivant le même mode opératoire : l’homme, aujourd’hui âgé de 31 ans, commençait par « offrir des verres » à des clientes, avant de leur proposer de monter chez lui. Mais lorsque celles-ci refusaient tout rapport sexuel, l’homme se transformait en « prédateur sexuel » selon ses propres mots.

Entendues dans le cadre de l’enquête, d’autres femmes avaient révélé des pratiques du même ordre mais n’avaient pas déposé plainte. Une de ses anciennes compagnes s’était en revanche dite « victime de violences » de sa part en décembre 2019 : il aurait alors tenté de l’étrangler. Outre ces viols présumés, il était donc également mis en examen pour des « violences volontaires sur conjoint ».

Il assure souffrir de « Sexsomnie »

Ce jeune « intelligent », « charmeur » mais « manipulateur » a reconnu ce mercredi 10 janvier 2024 qu’il était à l’époque « obsédé par le sexe ». « J’étais comme un camé qui attendait sa dose », a-t-il expliqué, assurant qu’il avait l’impression de « tout le temps voir la version X des choses ». S’il reconnaît avoir « violé » deux des trois plaignantes, selon ses propres termes, il assure n’avoir eu qu’un rapport « consenti » avec la troisième. Quand aux violences conjugales, « c’est faux » avait-il tout simplement répliqué.

Pour sa défense, Lou XXX a assuré « souffrir de crises de somnambulisme sexuel » – une pathologie également nommée « sexomnie ». Il s’agit d’une maladie officiellement référencée aux États-Unis depuis 2013, qui se déclenche notamment lorsque le sujet est fatigué ou a consommé de l’alcool ou de la drogue. « C’est mon corps, mais pas ma conscience », reformule Me Olivier Renard, l’avocat de deux des parties civiles.

L’ombre d’un « secret familial », qui pourrait expliquer les « déviances » de l’accusé, a également plané sur le procès : selon les experts, Lou XXX pourrait avoir été témoin ou victime d’une agression sexuelle dans son enfance. Il avait en tout cas confié au juge avoir vu, plus jeune, des « choses qu’il n’aurait pas dû voir ». Plusieurs fois interrogé sur le sujet, il assure ne pas « pouvoir » en parler. « Ce qui est arrivé à mon entourage proche, j’ai envie de le hurler, mais ce n’est pas l’endroit », avait-il expliqué.

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Mais « son problème de sexomnie, c’est un bon prétexte pour faire ses saloperies », a répliqué l’une des victimes à la barre. Un neurologue a pour sa part souligné les « incohérences » de son discours par rapport à la recherche médicale. Le juge d’instruction s’était ainsi approprié ses conclusions, en ne retenant aucune abolition du discernement de l’accusé.

Quinze ans de réclusion requis

Avocate d’une victime en « grand besoin de justice », Me Cécile de Oliveira a quant à elle estimé que « Lou XXX aime les jeunes femmes endormies et silencieuses, cela lui permet d’être solitaire dans sa sexualité ». Au cours de sa plaidoirie, elle a rappelé à celui qui avait affirmé « avoir joué le rôle du criminel et du prédateur » aux experts que « tout ça n’est pas un scénario, mais la réalité ».

Lors de ses réquisitions, l’avocate générale avait rappelé que « l’addiction au sexe ne peut pas être retenue comme une circonstance atténuante ». Elle avait donc requis à l’encontre de celui qu’elle estime être « en prédation à l’encontre de victimes incapables de se défendre » quinze ans de réclusion criminelle, ainsi qu’une injonction de soins. Selon le code pénal, il encourait jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle.

Un casier judiciaire jusqu’ici vierge

Mais « cette peine reviendrait à dire qu’il aurait volontairement, comme par défi, perpétré ces faits et qu’il avait la possibilité psychique de ne pas être devant vous aujourd’hui », avait plaidé Me Marie-Emmanuelle Beloncle, l’avocate de l’accusé, au casier judiciaire jusqu’ici vierge. Elle avait par ailleurs assuré que « la sexomnie n’est pas un mode de défense froid et opportuniste », mais plutôt « l’expression d’une envie de vérité ».

La Cour criminelle de Nantes condamne Lou XXX à treize ans de réclusion criminelle. Il sera astreint, à sa sortie, à un suivi socio-judiciaire de cinq ans, comprenant une injonction de soins, une obligation de dédommager les victimes et une interdiction de les recontacter. Il sera banni de Nantes pendant ces cinq ans, et a également été déclaré inéligible pendant dix ans. Son nom a été inscrit au Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles (FIJAIS), le fichier national des délinquants sexuels. Sur le plan civil, il devra verser 15.000 € de dommages et intérêts à chacune des trois plaignantes qu’il a violées ; son ex-compagne victime de violences conjugales touchera pour sa part 1.500 € pour son préjudice moral./

MJ (PressPepper). Visuel : Patrice Calatayu.

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