
Le promoteur lyonnais APRC Group vient d’obtenir le feu vert pour construire une vaste plateforme logistique sur la commune d’Erbray, au sud-est de Châteaubriant. Un projet d’envergure qui tombe à point nommé dans un territoire où le chômage progresse, à condition que les emplois promis soient au rendez-vous.
La voie est libre
C’est une décision qui ne passe pas inaperçue dans le nord de la Loire-Atlantique. APRC Group, promoteur immobilier basé à Lyon, a obtenu toutes les autorisations nécessaires pour lancer la construction d’un entrepôt logistique de grande ampleur sur la commune d’Erbray, en périphérie de Châteaubriant. Le conseil municipal d’Erbray a voté à l’unanimité en faveur du projet, et le sous-préfet n’a pas maintenu la réserve qu’il avait initialement formulée. Dernier verrou administratif levé : le chantier pourrait démarrer dans les prochains mois.

Ce n’est pas une décision improvisée. Dès 2024, APRC avait anticipé en acquérant le terrain auprès de la communauté de communes de Châteaubriant-Derval. Le groupe lyonnais avait donc déjà un pied sur le territoire bien avant que les autorisations ne tombent.
Un projet dont les bases ont été posées il y a deux ans, lorsque le conseil communautaire de Châteaubriant-Derval avait validé, dès le 18 avril 2024, la cession du terrain au groupe lyonnais.
30 000 m², soit quatre terrains de football
Les dimensions du futur bâtiment frappent l’imagination à l’échelle du territoire. La plateforme représentera 30 000 mètres carrés de surface, l’équivalent de quatre terrains de football, implantés sur une emprise foncière de dix hectares. Elle sera construite en mode clés en mains, une méthode propre à APRC qui pilote l’ensemble du processus, de la conception à la livraison.
Qui occupera ces espaces ? La question reste entière. Le ou les futurs locataires de la plateforme n’ont pas encore été officiellement annoncés.
La question centrale : combien d’emplois ?
C’est l’interrogation que tout le bassin castelbriantais se pose, et pour l’heure sans réponse officielle. Une plateforme logistique de 30 000 m² peut générer des dizaines, voire des centaines de postes selon la nature de l’activité qui s’y installe.
Ce silence pèse d’autant plus que le contexte local en matière d’emploi est préoccupant. Selon les dernières données de France Travail arrêtées à septembre 2025, la commune de Châteaubriant compte 555 demandeurs d’emploi en catégorie A, soit une hausse de 17,1 % sur un an, une progression nettement supérieure à celle du département de Loire-Atlantique dans son ensemble, qui affiche +12 % sur la même période. Plus inquiétant encore, les demandeurs inscrits depuis plus d’un an, ce que l’on appelle le chômage de longue durée, ont bondi de 45,5 % en un an à Châteaubriant, contre +7,7 % pour le département. Ce sont 179 personnes enfermées dans une situation durable, un chiffre qui dit beaucoup sur la fragilité du marché du travail local.
La bonne nouvelle, c’est que les profils des demandeurs d’emploi castelbriantais semblent parfaitement compatibles avec les besoins d’une plateforme logistique. Les métiers les plus recherchés localement incluent agent de conditionnement, préparateur de commandes et conducteur de poids lourd, précisément les cœurs de métier de la logistique. Si l’occupant de la future plateforme s’inscrit dans cette logique, le projet pourrait répondre directement aux besoins du territoire. C’est donc bien la nature de l’activité qui déterminera l’impact réel de ce projet sur l’emploi local, et c’est précisément ce que les habitants attendent de savoir.
La zone du Bignon, un site stratégique au sud-est de Châteaubriant
La future plateforme s’implantera dans l’extension de la zone d’activités intercommunale du Bignon, située au sud-est de Châteaubriant, sur la commune d’Erbray. Ce site, géré par la communauté de communes de Châteaubriant-Derval, s’étend déjà sur plus de 46 hectares et constitue l’un des poumons économiques du secteur.
Sa position géographique est un atout indéniable pour la logistique : au carrefour des axes reliant Nantes, Rennes et Angers, la zone offre une accessibilité précieuse, avec les aéroports de Nantes Atlantique et Rennes Bretagne accessibles en moins d’une heure. À cela s’ajoute un avantage fiscal de taille : le classement en zone de revitalisation rurale, qui allège significativement la fiscalité des entreprises qui s’y installent.
Un tissu économique déjà bien vivant
La zone du Bignon n’a pas attendu ce nouvel entrepôt pour exister. Elle abrite déjà une vingtaine d’entreprises aux profils très variés, reflet d’un territoire économiquement diversifié.
L’industrie mécanique y est bien représentée, avec AFTMP, ACIMM, ER2M ou encore Idra Réalisation. Le secteur de la construction n’est pas en reste, avec EXEL Construction, UYAR Construction et Fa Couverture. La logistique a aussi ses têtes d’affiche, à commencer par le Groupe Amarante (LD3E), plateforme logistique nationale dédiée au matériel agricole. Des prestataires de services complètent l’ensemble : Gos’Net pour le nettoyage de bâtiments, Techny Sécurité pour les systèmes d’alarme et de vidéosurveillance, SCR Informatique pour la conception de logiciels.

Et puis il y a les activités moins attendues dans une zone industrielle, qui disent beaucoup de la vitalité du territoire : Synopsis Paris crée bougies parfumées et parfums d’ambiance, Les Chapiteaux de la Mée loue des structures pour événements, Bio Confort commercialise des appareils de magnétothérapie, et Laboratoire Lips France approvisionne le marché de l’e-liquide. Une zone d’activités qui, loin du cliché de la friche grise, accueille une mosaïque d’entrepreneurs aux univers très différents.
C’est dans cet environnement structuré que la future plateforme d’APRC viendra s’ancrer, avec, en filigrane, la question que tout le monde se pose : quels emplois, et pour qui ?
APRC Group : vingt ans de béton et d’ambition
Derrière ce projet, un groupe encore discret auprès du grand public, mais solidement établi dans l’immobilier d’entreprise. APRC Group naît en 2006 à Saint-Chamond, dans la Loire, de la rencontre de trois ingénieurs amis : Karim Abdellaoui, Philippe Pantanella et Guy Rakotobe. Chacun apporte sa spécialité, le développement et la conception pour Karim, le génie civil pour Guy, les aspects techniques pour Philippe. L’entreprise s’installe rapidement à Lyon, au rythme de sa croissance.
Près de vingt ans plus tard, le bilan est éloquent : plus de 100 collaborateurs, 185 millions d’euros de chiffre d’affaires, et plus de 2 millions de mètres carrés construits pour des clients comme Lidl, E. Leclerc, DHL ou GEODIS. APRC est également le premier contractant général français à avoir obtenu la triple certification ISO 9001-14001-45001, qui atteste de son sérieux en matière de qualité, d’environnement et de sécurité au travail.

En Loire-Atlantique, le groupe n’est d’ailleurs pas un inconnu. APRC y compte déjà plusieurs réalisations concrètes : une plateforme logistique tri-température de 4 896 m² construite pour un grossiste alimentaire à Sainte-Luce-sur-Loire, capable de gérer simultanément température ambiante, dirigée et négative ; ainsi qu’une extension de 3 000 m² en froid négatif pour un spécialiste du transport frigorifique à Carquefou. Des références locales qui témoignent de la maîtrise technique du groupe et de son ancrage déjà réel sur le département, bien avant l’annonce du projet d’Erbray.
Le groupe fonctionne comme un écosystème intégré : APRC construit en clés en mains, sa filiale KSI assure la promotion et l’aménagement, APRC Energy développe les solutions énergétiques durables, et APRC Natural Solutions accompagne les projets de renaturation. De quoi couvrir l’ensemble du cycle de vie d’un bâtiment. Par exemple, le bâtiment sera également équipé de panneaux photovoltaïques, installés sur l’ensemble de la toiture. Une façon pour APRC de conjuguer logistique et transition énergétique, dans la lignée de son approche de construction clés en mains.
Côté perspectives, les ambitions sont clairement européennes : 250 000 m² en cours de développement en France, 350 000 m² en Italie, 100 000 m² en Espagne. L’entrepôt d’Erbray s’inscrit dans cette dynamique d’expansion, et pourrait bien marquer le début d’une nouvelle page économique pour le bassin de Châteaubriant. À condition que les promesses de l’immobilier se traduisent, concrètement, en emplois locaux. Le territoire, lui, n’a pas les moyens d’attendre. Un territoire fragilisé non seulement par le chômage, mais par des dynamiques démographiques profondes que les discours optimistes masquent souvent.
Le projet tombe à point nommé. Selon France Travail, Châteaubriant a enregistré en septembre 2025 une hausse de 17,1 % des demandeurs d’emploi en un an, la pire performance du département. La commune concentre à elle seule un tiers des inscrits de toute l’intercommunalité. Dans ce contexte, l’annonce d’une centaine d’emplois potentiels prend une résonance particulière.
La zone d’activités du Bignon est équipée de la fibre optique, raccordée aux réseaux d’eau potable et électrique, dotée d’un bassin de rétention et sécurisée par un portail automatique. Elle est éligible aux installations classées ICPE.
Visuels : © APRC Group/DR/ Hannes Egler.
Sources : Insee et Observatoire de l’Emploi.




