Châteaubriant

« Véto de campagne » : quand la désertification vétérinaire menace l’élevage français

Un documentaire diffusé mardi 24 février sur France Télévisions plonge au cœur de la crise du monde agricole à travers le quotidien d'Amélie Jolivel, vétérinaire rurale en Loire-Atlantique. Entre pénurie de praticiens et désarroi des éleveurs, le film met en lumière une profession sous pression, indissociable de la survie de l'élevage.

« Véto de campagne » : quand la désertification vétérinaire menace l’élevage français.

Le Salon international de l’agriculture, qui ouvre ses portes le 23 février, portera cette année les stigmates de la crise agricole. Pour la première fois de son histoire, les bovins en seront absents, victimes de l’épidémie de dermatose nodulaire qui ravage les troupeaux. Un symbole qui résonne avec la réalité du terrain, celle que documente Véto de campagne, réalisé par Marianne Kerfriden et diffusé le 24 février à 21h05 sur France Télévisions.

Le film suit Amélie Jolivel, 44 ans, vétérinaire installée à Châteaubriant, territoire d’élevage au cœur de la Loire-Atlantique. Fille d’éleveur au franc-parler assumé, elle résume ainsi son métier : « En tant que véto, on vit dans une intimité très forte avec le monde paysan, on est fusionnel, et fusionnel avec leurs emmerdes aussi. »

Une profession épuisée, des territoires menacés

Cent kilomètres par jour au compteur, des épidémies à contenir, des vêlages difficiles, des euthanasies nécessaires : le quotidien d’Amélie illustre la réalité d’une profession aux conditions d’exercice éprouvantes. « Pour exercer mon métier, il faut aimer les gens bien plus que les animaux », confie celle qui a surmonté, à 35 ans, un cancer réputé incurable.

« Véto de campagne » : quand la désertification vétérinaire menace l'élevage français

Derrière ce portrait se dessine une problématique plus vaste : la désertification vétérinaire qui gagne de nombreux territoires ruraux français. Si la Loire-Atlantique reste pour l’instant épargnée, Amélie et ses trois associés peinent à recruter. Les jeunes diplômés fuient « la rurale », effrayés par ses contraintes : pression constante, gardes de nuit, usure physique et mentale.

Lysandre, 27 ans, effectue sa dernière année d’école vétérinaire en stage dans le cabinet d’Amélie. La transmission du métier devient un enjeu existentiel. « Nos destins sont intimement liés, s’il n’y a plus d’élevage, il n’y a plus de vétos », souligne Amélie. La réciproque s’avère tout aussi vraie : sans vétérinaires ruraux, c’est la pérennité même de l’élevage qui vacille.

Filmer la crise au ras du sol

Le documentaire suit également Nadège, jeune éleveuse de chèvres confrontée aux difficultés de l’installation agricole. À travers ces destins croisés, Marianne Kerfriden, journaliste d’investigation spécialisée dans les questions agricoles et environnementales depuis dix ans, signe un récit plus personnel, ancré dans son territoire breton.

Après avoir enquêté sur L’empire du syndicat agricole FNSEA, Les pollutions de Lactalis ou IKEA et la déforestation, la réalisatrice change ici d’approche. Elle délaisse la dénonciation frontale pour une narration au plus près des réalités humaines, questionnant la survie du monde rural par le prisme de celles et ceux qui le font vivre.

Sélectionné au FIPA 2026, Véto de campagne sera suivi du magazine C ce soir, présenté par Karim Rissouli, consacré à la question agricole. Une programmation qui s’inscrit dans l’effort de France Télévisions pour documenter une crise dont dépend notre souveraineté alimentaire.

Sans triomphalisme ni misérabilisme, le film pose une question essentielle : comment assurer la transmission des métiers qui nourrissent le pays, quand les conditions d’exercice découragent les vocations ?