
Violences sexistes et sexuelles : l’Assemblée nationale lance une mission pour mettre un prix sur l’invisible.
Près de dix ans après #MeToo, deux députées se voient confier une mission d’information inédite sur le coût humain, social et financier des VSS en France. Un signal politique fort, dans un contexte où les associations d’aide aux victimes suffoquent faute de moyens.
La parole s’est libérée. Les chiffres, eux, n’ont pas bougé
En 2023, plus de 370 000 femmes ont été victimes de violences conjugales, et 277 000 autres de violences sexuelles. Les féminicides ont augmenté de 11 % en 2024. Et pendant ce temps, la moitié des associations qui accompagnent ces femmes ont dû réduire leurs activités, faute de financements suffisants. C’est dans ce contexte alarmant que la Délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale a annoncé, le 19 février 2026, le lancement d’une mission d’information sur le coût des violences sexistes et sexuelles (VSS) et l’accompagnement des victimes.
Confiée à deux députées aux profils politiquement contrastés — Sandrine Josso (Loire-Atlantique, DEM) et Élise Leboucher (Sarthe, LFI-NFP) —, cette mission entend mettre des mots, et surtout des chiffres, sur ce que la société préfère encore trop souvent ne pas voir.
Une réalité systémique que les politiques publiques peinent à saisir
Le constat dressé dans le communiqué est sans ambiguïté : les dispositifs actuels ne sont pas à la hauteur. Les procédures judiciaires, loin de protéger les victimes, engendrent fréquemment ce que les spécialistes appellent la victimisation secondaire — ce processus par lequel la victime est à nouveau blessée, cette fois par les institutions censées l’aider. Le résultat est accablant : seulement 1 à 2 % des auteurs de viols sont condamnés.
Du côté médical et psychologique, le tableau n’est guère plus rassurant. Les professionnels formés au psychotraumatisme restent rares, les délais d’attente longs, les coûts prohibitifs pour de nombreuses victimes. Quant aux conséquences sociales et professionnelles — absentéisme, perte d’emploi, exclusion — elles sont quasi systématiquement ignorées des politiques publiques, comme si la violence s’arrêtait au moment du dépôt de plainte.
Évaluer pour mieux agir
C’est précisément là que réside l’ambition centrale de la mission : mettre en lumière le coût réel des VSS, non seulement pour les victimes elles-mêmes, mais pour l’ensemble de la société. Coûts médicaux et psychologiques, frais judiciaires, pertes de revenus, désocialisation — autant de dimensions qui restent aujourd’hui largement invisibles dans les débats budgétaires.
La mission entend également cartographier les inégalités territoriales et sociales dans l’accès à l’aide. Car toutes les victimes ne sont pas égales face au système : les femmes précaires, issues de minorités ou vivant dans des zones mal dotées en services publics, subissent souvent une double peine.
Durant six mois, les deux rapporteures auditionneront victimes, associations, chercheurs, institutions et ministères. Leurs conclusions devront alimenter les prochaines discussions budgétaires — un ancrage concret qui donne à la mission une portée politique immédiate.
Un signal, mais des actes à venir
Il serait tentant de voir dans ce lancement une simple opération de communication. Mais l’enjeu est réel. Mettre en chiffres le coût des VSS, c’est rendre intenable l’argument selon lequel les politiques de prévention et d’accompagnement coûtent trop cher : car le vrai coût, celui de l’inaction, est infiniment plus élevé — humainement, socialement, économiquement.
Toutes les deux minutes, une femme est victime de viol, de tentative de viol ou d’agression sexuelle en France. Cette statistique vertigineuse ne peut plus rester une note de bas de page dans les arbitrages budgétaires. La mission Josso-Leboucher aura à cœur, si elle tient ses promesses, de transformer ces chiffres en leviers d’action politique durable.
En 2026, la reconnaissance des victimes de violences sexistes et sexuelles ne devrait plus être une option. Elle devrait être une obligation.
La mission d’information a été lancée le 19 février 2026 par la Délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes de l’Assemblée nationale.