
Vœux 2026 à l’hôpital de Châteaubriant : perspectives structurantes et réalité du terrain
À l’occasion de la cérémonie des vœux 2026, le Centre Hospitalier de Châteaubriant-Nozay-Pouancé a réuni ses personnels pour dresser le bilan de l’année écoulée et esquisser les perspectives à venir. Deux discours complémentaires ont marqué ce temps fort : celui du directeur de l’établissement, Éric Manoeuvrier, et celui de la présidente de la Commission Médicale d’Établissement (CME), Julie Quentel, donnant à voir à la fois la trajectoire stratégique de l’hôpital et la réalité vécue par les professionnels de santé.
Une activité en progression dans un contexte contraint
L’année 2025 a confirmé la capacité du centre hospitalier à répondre aux besoins de santé de la population du nord de la Loire-Atlantique. Les activités de court séjour ont poursuivi leur progression (+0,55 %), portée notamment par un fort développement de l’hôpital de jour, en hausse de 11 %. À l’inverse, le nombre de naissances poursuit son recul, à l’image de la tendance nationale.

L’établissement demeure toutefois confronté à des tensions importantes, en particulier liées aux fermetures de lits en soins de suite, en EHPAD et en long séjour, conséquence directe d’un manque de personnels médicaux et paramédicaux. Les urgences continuent, quant à elles, d’assurer leur mission malgré des pics d’activité récurrents et un déficit structurel de lits d’aval.
Sur le plan financier, l’hôpital reste fragilisé par des facteurs largement exogènes : inflation insuffisamment compensée, effets salariaux non intégralement financés, absentéisme encore élevé – bien qu’en baisse en 2025 pour se stabiliser autour de 9 % – et une activité de plus en plus orientée vers l’ambulatoire, moins valorisée que l’hospitalisation complète.
Un plan de retour à l’équilibre engagé et reconnu
Dans ce contexte, la première année du plan pluriannuel de retour à l’équilibre, comprenant 54 actions d’optimisation des recettes et des dépenses, montre des résultats encourageants. Le déficit prévisionnel pour 2025 devrait se situer autour de 6,8 millions d’euros, conformément à la trajectoire validée avec l’Agence Régionale de Santé (ARS).
La direction a tenu à saluer l’engagement des équipes, le soutien constant de l’ARS ainsi que celui du Conseil de Surveillance. La signature d’un contrat de performance avec l’ARS marque une étape structurante : elle reconnaît la pertinence des effectifs de l’établissement au regard de son activité et des comparaisons nationales, sécurisant ainsi l’essentiel des emplois (1 130 équivalents temps plein médicaux et non médicaux en 2026) et évitant des mesures de réduction drastiques observées dans d’autres hôpitaux.
Cette reconnaissance engage toutefois l’établissement à poursuivre le développement de ses activités afin de dégager les marges nécessaires à son avenir.
Des projets structurants pour les sites du territoire
L’année 2026 s’ouvre sur des perspectives qualifiées de positives par la direction. Plusieurs projets majeurs doivent se concrétiser, avec notamment le choix de l’architecte pour le site de Choisel, le lancement des travaux à Nozay et, à Pouancé, le développement d’une unité dédiée aux personnes handicapées vieillissantes en partenariat avec l’EPSM d’Anjou.
Parallèlement, l’établissement s’apprête à vivre une échéance déterminante : la visite de certification de la Haute Autorité de Santé, prévue en septembre 2026, présentée comme un véritable tournant pour inscrire l’hôpital dans une nouvelle trajectoire, exigeante et collective.
La voix des soignants : engagement, innovations et souffrance au travail
Dans un discours volontairement sans détour, Julie Quentel la présidente de la CME a tenu à rappeler la réalité quotidienne vécue par les professionnels. Fatigue, surcharge, tensions permanentes et sentiment de ne pas pouvoir toujours soigner dans des conditions dignes ont été exprimés avec force. A propos des soignants présents lors de cette cérémonie des vœux, Julie Quentel le dit :
« Ils ne sont pas nombreux, pas uniquement parce que la cérémonie des vœux, c’est chiant ! Mais juste parce que ça déborde dans les étages. Le système de santé craque, partout, et tout le monde s’en fout. «

Pour autant, de nombreuses avancées médicales et organisationnelles ont été mises en lumière. Le plateau d’imagerie s’est renforcé avec l’installation d’une IRM de dernière génération, le lancement de la mammographie après plus de deux ans de travail, et la mise en place prochaine d’un portail de prise de rendez-vous en ligne. Plus de 1 000 femmes ont déjà bénéficié du dispositif, en lien avec le partenariat Kastell Rose.
L’année a également vu le déploiement de l’accès régulé aux urgences de nuit, le développement de 13 hôpitaux de jour – notamment en oncologie et diabétologie – et la réouverture de l’unité cognitivo-comportementale à portée régionale. D’autres projets sont attendus en 2026, notamment dans les domaines des plaies et cicatrisation ou du diagnostic non invasif des maladies chroniques du foie.
Décembre 2025 a été marqué par plusieurs reconnaissances importantes : le renouvellement du label IHAB pour la maternité, l’obtention de l’autorisation d’unité de soins intensifs polyvalents, et la reconnaissance par l’ARS du programme d’éducation thérapeutique pour les patients diabétiques de type 2, illustrant la coopération entre hôpital et professionnels libéraux.
Recrutements, organisation et innovations
Malgré les difficultés de recrutement, l’établissement poursuit ses efforts, notamment par l’intégration de praticiens formés à l’étranger et le renforcement des partenariats au sein du GHT 44. Plusieurs spécialités ont ainsi été consolidées ou sont en voie de l’être, de la pédiatrie à la gériatrie, en passant par la rhumatologie et la médecine vasculaire.

Sur le plan organisationnel, l’arrivée récente d’une nouvelle coordinatrice des soins, Linda Salaün, vise à restaurer le collectif d’encadrement à l’approche de la certification. Des investissements sont également engagés pour sécuriser les locaux, moderniser les circuits logistiques et tester des équipements innovants, à l’image d’un robot mobile autonome.
2026 : une année charnière
Entre rigueur financière, ambitions de développement et profonde exigence humaine, l’année 2026 apparaît comme une année charnière pour le Centre Hospitalier de Châteaubriant-Nozay-Pouancé. Si les perspectives sont réelles, elles reposent avant tout sur l’engagement des professionnels, dont la mobilisation demeure la clé pour conjuguer qualité des soins, soutenabilité financière et conditions de travail acceptables.
Dans un climat que la CME qualifie sans détour de « marasme ambiant », l’ensemble des intervenants ont formulé un même vœu : que l’année à venir apporte, sinon le meilleur, au moins du mieux, tant sur le plan professionnel que personnel.
Visuels : © Alain Moreau.