
Le Journal des Entreprises n’aura pas résisté à son passage devant le Tribunal des affaires économiques de Nantes. La juridiction a tranché le 23 juillet en faveur d’Overlord Média, seul candidat jugé suffisamment solide parmi les trois offres déposées pour reprendre ce titre économique fondé à Nantes en 2003 par le Groupe Télégramme.
Quarante mille euros. C’est le montant auquel la marque a changé de mains, selon les informations de Médiacités. Une somme dérisoire au regard des vingt-trois années d’existence du titre et de son ancrage dans neuf régions économiques françaises, hors Paris.
Le Journal des Entreprises vendu 40 000 euros, sa rédaction sacrifiée
Fondé par l’avocat d’affaires Gaspard de Monclin, Overlord Média n’en est pas à son coup d’essai. Le groupe a déjà repris Le Nouvel Économiste, Le Revenu et Le Monde Informatique selon la même méthode : rachat à la barre du tribunal, licenciement massif des équipes rédactionnelles, puis fonctionnement reposant sur des pigistes précarisés, des freelances basés à l’étranger et un recours large à l’intelligence artificielle pour produire du contenu.
Overlord Média, un repreneur habitué des méthodes radicales
Pour Manche Atlantique Presse, la société éditrice du JDE, la note est lourde. Sur cinquante-deux salariés, seuls dix sont conservés, exclusivement dans des fonctions commerciales. Aucun des trente-cinq journalistes permanents n’est repris. Onze pigistes sur trente-deux figurent bien dans le dossier de reprise, mais sans engagement de volume, ce qui laisse craindre qu’il s’agisse surtout d’éviter des indemnités de licenciement plutôt que d’une réelle continuité éditoriale.
L’entrepreneur breton Georges Sampeur avait repris le titre en 2017 dans l’espoir de le redresser. Neuf ans plus tard, malgré une nouvelle formule print et web et un resserrement des éditions, passées de quatorze à neuf, l’équilibre économique n’a jamais été atteint. Les pertes de Manche Atlantique Presse atteignaient près de 2,8 millions d’euros en 2024, pour un chiffre d’affaires comparable.
Neuf ans de pertes sans redressement
Dans son communiqué aux lecteurs, la rédaction sortante relève une coïncidence qui ne doit rien au hasard des calendriers : la liquidation de la société et la cession du titre à un repreneur qui ne garde aucun journaliste tombent le jour même de l’annonce du déploiement en France de Google IA Overview, présenté comme une nouvelle menace pour les producteurs d’information.
Du côté des représentants du personnel de Manche Atlantique Presse, la décision du tribunal a été accueillie avec consternation et inquiétude.
Visuel de Une : CC – Bank Phrom




