Châteaubriant

La foule a répondu présent pour le 85e anniversaire des Fusillés de Châteaubriant

Pour cette commémoration de l'exécution de 27 otages par les nazis, le 22 octobre 1941, la cérémonie de la Sablière à Châteaubriant était présidée par Laurent Hottiaux, préfet de Loire-Atlantique. Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, et Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, avaient fait le déplacement.

Châteaubriant (Loire-Atlantique)

Quatre-vingt-cinq ans après, la carrière de la Sablière rassemble toujours. Un grain s’est abattu sur l’assistance au début de la cérémonie, mais rien à côté des années précédentes, où la pluie s’invitait généreusement. Devant le monument élevé à la mémoire des 27 hommes fusillés par l’Allemagne nazie le 22 octobre 1941, la commémoration a été présidée cette année par Laurent Hottiaux, préfet de Loire-Atlantique.

Les porte-drapeaux avaient répondu présent

Des collégiens de toute la France étaient également là pour présenter leur travail de l’année avec leur professeur d’histoire. Cela se concrétise par la collecte de terre des lieux de mémoire. Ces différents morceaux, témoins de théâtres d’atrocités, sont disposés dans des alvéoles qui forment le soubassement de la stèle commémorative. Avec le temps, ces alvéoles sont changées. Cette action est un prétexte pour apprendre l’histoire récente en classe et former ces jeunes à devenir des citoyens.

Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français (voir la vidéo sur les violences de ces derniers jours), et Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, étaient présents. Une présence qui a du sens en ce lieu, tant les militants communistes et les syndicalistes étaient nombreux parmi les otages.

Le maire de Châteaubriant ainsi que des maires de région parisienne et de Bretagne, Karine Daniel, sénatrice, Jean-Claude Raux, député de la circonscription Châteaubriant-Ancenis, Franck Louvrier qui représentait la présidente de région, Thibaut Guiné, Robin Salecroix, Aymeric Seasseau avaient fait le chemin de la Sablière

Une page de l’histoire de France

Syndicalistes, enseignants, élus locaux, ouvriers : vingt-sept hommes sont tombés ce 22 octobre 1941, sur ordre des autorités d’occupation. Deux jours plus tôt, le lieutenant-colonel Karl Hotz avait été abattu à Nantes. En représailles, le général Otto von Stülpnagel, appliquant les instructions de Berlin, ordonna l’exécution de cinquante otages, désignés par le ministre de l’Intérieur de Vichy, Pierre Pucheu.

Le plus jeune s’appelait Guy Môquet. Il avait 17 ans. Sa dernière lettre à ses proches n’a jamais cessé d’être lue.

Conduits depuis le camp de Choisel, les otages chantèrent La Marseillaise avant d’être abattus. Ils avaient refusé qu’on leur bande les yeux. Jules Auffret, Henri Barthélémy, Marc Bourhis, Émile David et leurs camarades sont devenus le symbole d’un peuple debout face à la barbarie.

Un lieu de mémoire nationale

Entretenue par le Comité du Souvenir Résistance 44, la Sablière accueille chaque année visiteurs et scolaires. Huit décennies et demie plus tard, le souvenir des fusillés de Châteaubriant continue de rappeler ce qu’a coûté la liberté. Carine Nilès, qui préside l’Amicale du souvenir a ému l’assistance lors de sa prise de parole. Elle a donné à entendre la voix de sa grand-mère, Odette Nilès, qui bien des années après la fin de la guerre, se remémore et raconte le départ des prisonniers vers la Sablière, ce mercredi 22 octobre 1941.

Odette Nilès :
« On a pris tant dans telle baraque, tant là, tant là, pour en faire 27. La dernière baraque, c’est la baraque de Guy. Quand on a entendu qu’ils chantaient La Marseillaise, on a accompagné, on est tous sortis. Les femmes sont sorties dans les premières. On a bousculé les gendarmes et on a chanté La Marseillaise. On a chanté avec eux, mais on ne peut pas dire qu’on l’a chantée. On a hurlé La Marseillaise. Quand le camion s’est ébranlé, je ne savais pas qu’il y avait Guy Môquet. Je ne savais pas. […] C’était quelque chose d’épouvantable. Il y avait Guy, mais il y avait aussi tout ce groupe. C’était quelque chose de terrible. C’est bête, je ne peux pas écouter La Marseillaise. Même maintenant.

J’expliquais aux jeunes l’autre fois : quand j’entends La Marseillaise, c’est eux qui partent. Et ça ne fait pas ça qu’à moi, mes camarades qui restent sont pareils. Dès qu’on entend La Marseillaise, c’est le départ des gars. On les revoit. Quand on est à Châteaubriant, on voit leurs portraits. On voit celui-là mal habillé, le docteur Ténine qui était toujours avec des vieilles fringues, le vieux costume de militaire. On voit un tel avec son petit béret. On ne les revoit pas dans la vie comme on nous les a présentés. On les revoit tels qu’ils étaient dans le camp. C’est bête, […]. C’est quelque chose qui m’a marquée très profondément. Vous voyez ça ? Je suis restée très longtemps, pendant tout le […] qui m’en restait, à penser à mes camarades, à tous mes camarades.

Parce que je les aimais beaucoup. C’était vraiment un sentiment. Comme des frères. On perd un lien avec quelqu’un qui vous est très cher. »

Visuels : © Alain Moreau

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