Forme, couleur, motif : cela a été pour lui une évidence. En garant sa voiture sur le parking de l’agence des Pompes Funèbres de France à Bouaye, au sud de Nantes, Joël a tout de suite remarqué ce monument funéraire correspondant parfaitement à ce qu’il recherchait pour matérialiser la dernière demeure de son père, décédé quelques jours plus tôt, en avril dernier. Restait à connaître le prix.
Si, pour financer ses propres obsèques, son père, un octogénaire prévoyant, avait bel et bien souscrit une assurance de son vivant, le montant reversé, 3 000 €, ne laissait cependant aucune marge de manœuvre à ses descendants, sachant que le coût d’un enterrement, qui peut varier d’une région à l’autre, s’élève déjà en moyenne à… 4 730 €.
Et encore, ce total ne comprend que les prestations obligatoires (transport du corps, cercueil, paiement de la taxe d’inhumation), et la facture peut singulièrement grimper si l’on y inclut des options certes facultatives mais très souvent ajoutées comme des soins de conservation, l’organisation d’une cérémonie, l’achat de plaques commémoratives ou… d’une pierre tombale.
Or ici, le produit qui plaît tant à Joël s’affiche sur catalogue à plus de 4 000 €. « On pensait que la pierre était neuve », se souvient-il. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir alors qu’il s’agissait en réalité d’un modèle… d’occasion, vendu 2 000 € !
« Quand le conseiller nous a donné le prix, on lui a tout de suite dit de nous la réserver, et il nous l’a posée une semaine après. »
Des monuments entre 800 et 2 500 €
Ce conseiller, c’est Romain Piveteau, responsable de l’enseigne. Depuis deux ans environ, il expose des monuments de seconde main à côté des autres, sortant directement d’usine. Aux visiteurs éplorés qui se présentent chez lui, il joue d’ailleurs la transparence, sans cacher l’origine des monuments d’occasion.
D’où viennent-ils, justement ? « De familles qui ont des concessions dans un cimetière et, après avoir déménagé dans une autre ville, demandent de déplacer la sépulture d’un parent. »
Et le chef d’entreprise d’évoquer le cas d’une veuve partie vivre en Vendée : « Son mari était enterré à Bouguenais, elle nous a donc demandé de le transférer. Sauf que la tombe n’était pas aux bonnes dimensions puisque chaque cimetière a son propre règlement. »
Dans ce cas, Romain Piveteau a pu récupérer la pierre en échange d’une ristourne sur le coût de l’opération, laquelle, en comptant le démontage du monument et l’exhumation des restes, peut dépasser les 2 000 €.
« On ne les rachète jamais plus de 600 €, la moyenne étant de 300 €, puis on les revend à des prix imbattables, entre 800 et 2 500 €. Lorsque des concessions arrivent à terme et qu’aucun ayant droit n’a été retrouvé, des mairies vendent aussi directement à des particuliers, qui nous demandent ensuite d’intervenir pour l’installation. »
Six ou sept pierres d’occasion par an
Et tout le monde y trouve son compte. Les clients plus modestes, évidemment, mais pas uniquement. « Certains choisissent un modèle qui a déjà servi pour des questions budgétaires, et d’autres, pour des raisons éthiques, veulent simplement revaloriser l’existant. »
Quant à l’entreprise de pompes funèbres, qui en commercialise six ou sept par an, le bénéfice est, proportionnellement, presque comparable à celui réalisé sur la vente d’une pierre neuve. Car écouler de l’occasion nécessite plusieurs tâches. Le démontage, le transport, un nettoyage complet et, bien sûr, l’effacement de toutes les mentions d’identification du précédent défunt, recouvertes d’une plaque de granit qui servira de support aux futures gravures.
Comme celle qui orne à présent la stèle de Michel, le père de Joël. « Acheter de l’ancien ne m’a posé aucun problème, ça me paraît même logique, soutient l’intéressé. Une pierre, ça ne bouge pas, on sera parti qu’elle sera encore là. »
Et peut-être même qu’elle continuera, dans plusieurs décennies, d’honorer la mémoire d’un autre disparu.
Visuel de Une : © Charles Guyard