
Le document compte treize pages. Il date du 28 août 2023 et porte le numéro PDL-2022-6329. La Mission régionale d’autorité environnementale (MRAe) des Pays de la Loire y examine l’étude d’impact d’un « projet de plateforme logistique et d’aménagements routiers » porté par la SNC Derval et la communauté de communes Châteaubriant-Derval, au parc d’activités des Estuaires.
Le nom d’Amazon n’y apparaît nulle part. Et pour cause. Selon la note publiée le 8 juin 2026 par la communauté de communes, BT Immo-Castignac n’a mis le groupe américain en relation avec Alain Hunault et Dominique David que le 15 janvier 2025.
Un bâtiment à louer, sans exploitant
L’autorité environnementale le relève dès la présentation du projet, qui « vise à constituer une offre immobilière à destination des entreprises intéressées ». L’étude d’impact décrivait donc un entrepôt destiné à la location, sans locataire désigné. Le bâtiment compte six cellules de stockage de 15 mètres de haut et de 1,05 hectare chacune, deux plots de bureaux et deux postes de garde. L’ensemble occupe 6,65 hectares sur une parcelle de 14,26 hectares, bordée par la RN 137.
Les hypothèses d’exploitation sont précises. Le dossier prévoit 200 salariés, dont 170 affectés à l’entrepôt. Le site doit fonctionner de 5 h à 22 h du lundi au vendredi, le week-end seulement en cas de forte activité.
Le trafic maximal est estimé à environ 700 passages de véhicules par jour, dont 156 poids lourds. Le stationnement prévoit 200 places pour les voitures et 15 pour les camions. La consommation d’eau potable est évaluée à 2 087 m³ par an.
Ce qu’Amazon annonce
Le 1er juin 2026, lors du sommet Choose France, Amazon a présenté un tout autre projet. Le groupe annonce un investissement de plus de 100 millions d’euros, 1 000 emplois en CDI répartis sur plus de 60 métiers, des technologies robotiques et une ouverture fin 2027. Il précise aussi que ses entrepôts fonctionnent en continu, avec des équipes le matin, l’après-midi et la nuit, week-ends inclus.
L’effectif est donc multiplié par cinq. L’activité passe d’une journée de semaine à un fonctionnement permanent. Le trafic des salariés, le stationnement, la consommation d’eau, le bruit nocturne ont pourtant tous été évalués, en 2023, pour 200 personnes travaillant de jour.
Toutes les autorisations délivrées avant Amazon
La chronologie, telle que la communauté de communes l’expose elle-même dans sa note, montre un dossier bouclé avant l’arrivée du groupe américain. Le permis de construire est délivré le 9 novembre 2022. L’avis de la MRAe intervient neuf mois plus tard, le 28 août 2023. L’enquête publique se tient du 6 novembre au 8 décembre 2023.
L’arrêté autorisant l’installation classée est signé le 4 avril 2024. L’acte de vente des 142 000 m² est conclu le 23 octobre 2024, pour 2 425 492 euros hors taxes. La rencontre avec Amazon n’a lieu que le 15 janvier 2025.
Sur le permis, l’autorité environnementale est sévère. Elle rappelle qu’un projet soumis à étude d’impact impose de la consulter avant la délivrance du permis de construire, ce qui n’a pas été fait. Sa conclusion figure en caractères gras : le permis a été délivré « en méconnaissance de l’article L.423-55 du code de l’urbanisme ».
Quelle procédure après l’arrivée d’Amazon ?
Le code de l’environnement encadre le cas d’une installation classée déjà autorisée dont l’exploitation change. L’exploitant doit porter la modification à la connaissance du préfet, qui décide si elle est substantielle. Si c’est le cas, une nouvelle autorisation est nécessaire, avec une évaluation environnementale actualisée, un nouvel avis de la MRAe et une nouvelle consultation du public. Dans le cas contraire, le préfet peut se contenter de prescriptions complémentaires, sans que les habitants soient appelés à se prononcer.
À Derval, l’ADED conteste l’autorisation du parc d’activités des Vignes
Pour Derval, la question reste entière. Le passage de 200 à 1 000 salariés et d’une activité de jour à un fonctionnement continu a-t-il donné lieu à un dossier de modification ? Comment ce dossier a-t-il été qualifié par les services de l’État ? Et sur quel projet les riverains se sont-ils réellement exprimés lors de l’enquête publique de 2023 ?
Des maisons à 30 mètres
Les premières habitations se trouvent à 30 mètres au nord du site et à 85 mètres à l’est. Une crèche, des bureaux, une clinique vétérinaire, un concessionnaire automobile et un caviste sont installés à environ 80 mètres au nord-est. Le centre-bourg est à 900 mètres.
Le dossier de 2023 jugeait les nuisances maîtrisées : la modélisation acoustique ne montrait aucun dépassement des valeurs réglementaires, et la contribution du site à la dégradation de la qualité de l’air était qualifiée de faible. L’évaluation des risques sanitaires, elle, n’a été menée que sous une forme qualitative.
L’étude faune-flore recense plusieurs espèces protégées aux abords du site. Une mare sert de site de reproduction au triton crêté. Le ruisseau du Pas d’Hin abrite l’agrion de Mercure, une libellule protégée, et l’ouvrage qui le franchit sous la RD 537 sert de gîte d’hiver à deux espèces de chauves-souris. La parcelle de l’entrepôt elle-même n’a fait l’objet d’aucune prospection, au motif qu’elle était exploitée en culture intensive.
Des routes refaites sur fonds publics
L’étude d’impact couvre aussi un second volet, porté par la communauté de communes : la requalification de la voie communale 229 sur environ 900 mètres et la création d’un giratoire à trois branches sur la RD 537. La MRAe juge ces deux composantes « indissociables » de l’entrepôt. Elles sont pourtant financées par la collectivité, qui les présente dans sa note comme profitant à l’ensemble des entreprises du parc. La préfecture a, de son côté, validé une compensation agricole de 125 000 euros pour les exploitants concernés.
Les réserves de l’autorité environnementale
La MRAe reconnaît un dossier « clair, transparent sur les choix réalisés et proportionné ». Ses réserves portent pourtant sur l’essentiel. Les émissions de gaz à effet de serre liées aux transports ne sont pas chiffrées. La place de l’entrepôt dans le système logistique régional n’est pas présentée. Rien n’est dit des effets de l’imperméabilisation en cas de pluie supérieure à la pluie trentennale, ni du devenir de plus de 50 000 m³ de déblais excédentaires.
L’impact paysager depuis les maisons voisines reste à démontrer. Elle demandait enfin de réduire l’emprise des parkings et de vérifier le respect des mesures de compensation prévues lors de la création de la ZAC.
Ce sont précisément ces sujets qui inquiètent les riverains réunis au sein de l’ADED : la hausse du trafic routier, le bruit, la pollution lumineuse, la perte de terres agricoles, le risque d’inondation. Le 30 juin, l’association a remis un courrier de demande de rendez-vous au vice-président à l’économie de la communauté de communes. Au 22 juillet, elle indiquait n’avoir reçu aucune réponse.
Actu44 cite toujours ses sources : Avis délibéré sur le projet de plateforme logistique et d’aménagements routiers porté par la SNC Derval et la communauté de communes Châteaubriant-Derval sur la commune de Derval (44)
Visuel de Une : © Amazon




