Ancenis

Ancenis-Saint-Géréon : la conseillère municipale d’opposition s’amuse a trafiquer les photos officielles à l’aide de l’IA

Le maire d'Ancenis-Saint-Géréon accuse une élue de la minorité municipale d'avoir retouché deux photos officielles de l'inauguration de la gendarmerie pour l'effacer du cliché, lui et le député de la circonscription, une affaire qui pourrait relever de la diffamation.

À Ancenis-Saint-Géréon, l’inauguration de la nouvelle gendarmerie a viré à la polémique numérique. Le maire de la commune affirme qu’une élue de la minorité municipale a repris et modifié deux photographies officielles de la cérémonie pour le faire disparaître du cliché, lui ainsi que le député de la circonscription.

Les deux images d’origine avaient été prises par le service communication de la mairie et diffusées sur le compte Facebook de la ville.

On y voit le maire, écharpe tricolore autour de la taille, marchant aux côtés de représentants de l’État, d’un officier de gendarmerie et d’autres élus, devant les nouveaux locaux de la brigade. Selon le maire, une version retravaillée de ces mêmes photos a ensuite circulé sur le compte Facebook de l’élue d’opposition, sans lui ni le député.

Dans un message publié sur les réseaux sociaux et titré « L’IA au service de la désinformation », le maire dénonce un procédé qu’il juge contraire à la charte de l’élu local et à ses principes déontologiques. Il rappelle que la cérémonie a bel et bien eu lieu et qu’il y a assisté aux côtés des représentants de l’État et d’autres élus.

Ancenis-Saint-Géréon : la conseillère municipale d'opposition s'amuse a trafiquer les photos officielles à l'aide de l'IA
Une retouche grossière par IA slop a fait disparaître le député et la maire d’Ancenis.

Un commentaire relevait ironiquement que le résultat « ressemble à de l’IA slop », expression qui désigne un contenu de piètre qualité, généré ou retouché grossièrement par intelligence artificielle et qui envahit les réseaux sociaux.

Manipuler l’Histoire

En manipulant ces clichés officiels pour faire disparaître le maire et le député du cadre, cette conseillère d’opposition renoue avec une pratique dont l’histoire du vingtième siècle a montré toute la portée politique : effacer un adversaire d’une photographie pour effacer, symboliquement, sa présence et son rôle.

C’est exactement le procédé qu’employait le régime soviétique sous Staline, retouchant systématiquement les clichés officiels pour faire disparaître les dignitaires tombés en disgrâce ou exécutés lors des purges, à l’image de Trotski ou de Iejov gommés des archives visuelles du pouvoir.

Que ce geste soit ici présenté comme un trait d’humour ou un exercice technique avec l’IA ne change rien à sa nature profonde : il s’agit de réécrire une réalité documentée, celle d’une inauguration qui a bien eu lieu en présence des élus visés, pour en donner une version conforme à ses seules convictions politiques. Un tel procédé, loin d’être anodin, s’inscrit dans une longue tradition de manipulation de l’image au service du récit qu’on souhaite imposer, et il est d’autant plus préoccupant lorsqu’il émane d’une élue censée incarner, y compris dans l’opposition, une exigence de vérité et de respect du débat démocratique.

Quelle qualification juridique pour ces faits ?

Plusieurs voies existent en théorie. La diffusion de fausses nouvelles, prévue par l’article 27 de la loi du 29 juillet 1881, suppose de prouver à la fois le caractère mensonger de la publication, la mauvaise foi de son auteur et un trouble à l’ordre public, trois conditions cumulatives difficiles à réunir dans une affaire de ce type, ce qui en fait un outil de communication politique plus qu’une voie pénale à l’issue certaine. L’atteinte au droit moral de l’auteur de la photographie, si le service communication de la mairie s’y associait, resterait une démarche annexe et indépendante du maire.

Quant à l’usurpation d’identité numérique de l’article 226-4-1 du code pénal, elle suppose de se faire passer pour quelqu’un, ce qui ne correspond pas au fait d’effacer une personne d’un cliché.

La qualification la plus probable reste la diffamation envers un citoyen chargé d’un mandat public, prévue par l’article 31 de la loi du 29 juillet 1881. En retouchant les photographies pour faire disparaître le maire d’un événement officiel où sa présence est pourtant attestée, l’élue pourrait avoir porté atteinte à l’honneur ou à la considération de l’intéressé dans l’exercice de ses fonctions, ce qui constitue l’élément matériel de la diffamation. La peine encourue est de 45 000 euros d’amende, montant qui peut être aggravé lorsque la publication est diffusée par un service de communication au public en ligne, conformément à la loi pour la confiance dans l’économie numérique.

Le maire dispose toutefois d’une fenêtre étroite pour agir. La loi de 1881 impose un délai de prescription de trois mois à compter de la publication pour engager une citation directe, délai strict qui ne souffre guère d’aménagement. Passé ce délai, l’action serait éteinte, quelle que soit la gravité des faits.

Visuel de Une : © Ville d’Ancenis-Saint-Géréon

Articles similaires