Loire-Atlantique

Arpège : la fausse note de la Sécu qui ruine des vies

L'Assurance maladie n'est plus au chevet des malades depuis longtemps. Arpège ou les dérives de la digitalisation à tout-va.

Arpège : la fausse note de la Sécu qui ruine des vies.

Depuis octobre 2024, un nouveau logiciel censé simplifier le paiement des arrêts maladie sème la panique en Loire-Atlantique et Vendée. Des milliers d’assurés n’ont pas touché leurs indemnités. Certains ont perdu leur logement. D’autres ont repris le boulot, malades. Mais l’expérimentation continue.

Un arpège, en musique, c’est une succession de notes qui forment une harmonie. Arpège, le logiciel de la Caisse nationale d’Assurance Maladie (CNAM), c’est plutôt une cacophonie administrative qui vire au drame social. Depuis son déploiement « expérimental » dans les CPAM de Loire-Atlantique et de Vendée en octobre dernier, des milliers de dossiers d’arrêts maladie n’ont tout simplement pas été traités. Résultat : pas d’indemnités journalières pour ceux qui en ont le plus besoin.

Quand le bug informatique devient expulsion locative

Les conséquences ? Elles portent un nom : la catastrophe. Faute de revenus, des assurés se sont fait expulser de leur logement. D’autres ont vu leur voiture saisie, leur seul moyen d’aller bosser. Certains ont dû emprunter et payer des intérêts de retard. Les plus désespérés, acculés par les fins de mois qui n’arrivent jamais, ont même repris le travail malgré les avis médicaux. Parce que quand c’est le loyer ou la santé, le choix est vite fait.

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Au Sénat, Philippe Grosvalet (PS) a posé la question qui fâche : quand la CNAM va-t-elle enfin débrancher cette machine à broyer les malades ?

« On maintient coûte que coûte », puis finalement non

Face au tollé, la direction de la CNAM a d’abord fait ce qu’elle sait faire de mieux : maintenir coûte que coûte le programme. Pas question d’admettre l’erreur. Puis, « changement de pied salutaire » selon les mots du sénateur : abandon annoncé le 8 octobre dernier. Soulagement ? Que nenni. Arpège tourne toujours en Loire-Atlantique et en Vendée. L’expérimentation continue, sur le dos des assurés.

Charlotte Parmentier-Lecocq, ministre déléguée chargée de l’Autonomie, a bien tenté d’éteindre l’incendie au Sénat. « Malgré de nombreux travaux préparatoires et des correctifs », le système dysfonctionne. Suspension du déploiement, certes, mais pas extinction des feux. Un « dispositif d’entraide nationale » a été activé pour éponger les dégâts. Un audit externe – le fameux joker bureaucratique – va « analyser la situation ». Rendu public en février 2026. C’est-à-dire dans quelques jours.

En attendant ? Les victimes attendent

« Il faut savoir renoncer »

« On peut concevoir que le droit à l’expérimentation et même le droit à l’erreur peuvent permettre aux services publics d’avancer », a répliqué Grosvalet. « Mais quand il y a une erreur, quand cela est constaté, il ne faut pas s’obstiner. » Le sénateur a réclamé avec « insistance » que la CPAM reconnaisse « cette grave erreur » et y mette fin.

Reconnaître l’erreur, arrêter les frais, indemniser les victimes : un programme qui relève apparemment de l’utopie administrative. Pendant ce temps, Arpège continue de jouer sa partition dissonante. Et des malades trinquent.

Le progrès numérique, ils disaient. La simplification, ils promettaient. En Loire-Atlantique et Vendée, on attend toujours l’harmonie.

L’audit externe de la CNAM sera rendu public en février 2026. Il déterminera si le déploiement du logiciel peut se poursuivre ou non. Pour l’instant, aucune date d’arrêt définitif de l’expérimentation n’a été annoncée.

Note de la rédaction : La société Arpège basée à Saint-Sébastien-sur-Loire est victime de son homonymie avec le système de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie. Cette entreprise n’est pas à l’origine du système du même nom. Arpège est spécialisée dans l’édition de logiciels pour les collectivités.