Nantes

Audencia : la Cour des comptes pointe ses dérives

Contrôlée par la chambre régionale des comptes, Audencia Business School doit redresser une situation financière dégradée par un plan stratégique mal piloté et une gouvernance longtemps défaillante.

Établissement d’enseignement supérieur consulaire depuis le 1er janvier 2018, Audencia Business School vient de faire l’objet d’un contrôle approfondi de la chambre régionale des comptes des Pays de la Loire, portant sur les exercices 2018 et suivants. Le rapport, délibéré le 6 mai 2026, dresse un tableau contrasté d’une école reconnue pour la qualité de ses formations mais confrontée à des faiblesses de gouvernance, à une stratégie de croissance mal maîtrisée et à un dérapage financier dont elle amorce le redressement.

Une transformation en EESC dont les effets restent incertains

Le passage de l’association Audencia Business School au statut d’établissement d’enseignement supérieur consulaire, au 1er janvier 2018, répondait à une volonté d’autonomie accrue en matière de gouvernance, de développement et de financement, dans un contexte où la CCI de Nantes Saint-Nazaire réduisait sa participation financière.

La chambre relève cependant que ce statut hybride présente d’importants inconvénients comparé à celui d’établissement d’enseignement supérieur privé d’intérêt général (EESPIG) : il se révèle peu attractif pour les investisseurs privés et ne permet pas de bénéficier d’une dotation spéciale de l’État.

Les apports constitutifs de l’association Audencia et de la CCI de Nantes Saint-Nazaire ont représenté 32,6 millions d’euros, incluant l’ensemble immobilier du campus de la Jonelière, cédé dans des conditions jugées avantageuses pour l’école. À l’inverse, l’entrée au capital de la CCI Vendée en 2021, à hauteur de 5 %, s’est faite selon des modalités particulièrement favorables à cette dernière : l’avantage consenti est estimé par la chambre à environ 700 000 euros.

Sur le plan de la gouvernance, la période a été marquée par d’importantes turbulences à la direction, un déficit d’information des organes sociaux et des manquements systématiques, notamment l’absence de publication des comptes annuels au greffe du tribunal de commerce et l’absence de vote du conseil d’administration sur la rémunération des dirigeants.

La chambre formule trois recommandations sur ces points. Elle relève toutefois des avancées depuis l’arrivée d’une nouvelle direction générale en janvier 2024, avec une structuration progressive du contrôle interne et des processus achats.

Une activité confrontée aux mutations du marché

Avec une triple accréditation AACSB, EQUIS et AMBA et une 7e place au classement SIGEM 2025, Audencia bénéficie d’une reconnaissance solide. L’école évolue cependant sur un marché des écoles de commerce marqué par une multiplication de l’offre et, dans le même temps, par une raréfaction annoncée de la demande étudiante. À la différence de plusieurs concurrentes engagées dans des fusions, Audencia a fait le choix d’une croissance interne.

Le nouveau plan stratégique 2025-2030, adopté par le conseil d’administration le 10 juillet 2025, ambitionne de transformer l’école en un groupe rassemblant, aux côtés d’Audencia Business School, une école de communication (SciencesCom), une entité dédiée à la transition écologique et sociale (Gaïa) et une école de management des affaires publiques et internationales (SPIA).

Le développement de l’école s’appuie aussi sur son implantation parisienne à Saint-Ouen, où les effectifs sont passés de 31 à 1 155 étudiants entre 2018 et 2024, et sur sa présence en Chine, où la part des étudiants chinois est passée de 4,6 % à 17,7 % sur la même période, exposant l’établissement à un risque géopolitique identifié par sa direction.

La formation continue, en revanche, demeure sous-développée : elle a perdu plus de 40 % de ses apprenants entre 2018 et 2024 et n’a jamais atteint l’objectif de 10 millions d’euros de chiffre d’affaires fixé par le plan ECOS 2025. Une restructuration engagée depuis 2024 doit permettre de mieux répondre à la demande des entreprises.

Sur le volet social, la chambre salue les dispositifs d’ouverture sociale de l’école (Brio, Sirius, bourses) tout en invitant à une vigilance renforcée après la dissolution de deux associations étudiantes successives, en 2023 puis en 2025, impliquées dans des pratiques discriminatoires.

Une stratégie de croissance mal accompagnée

Le plan stratégique ECOS 2025, élaboré à partir de 2019, comptait 78 projets sans hiérarchie claire et sans réelle étude de marché préalable. Il n’a jamais été soumis à un vote formel du conseil d’administration, alors même que des interrogations s’exprimaient sur son cadre budgétaire.

Près d’un tiers des projets ont finalement été abandonnés, dont la société Token for Good, une start-up dédiée aux alumni, dissoute en avril 2024 après avoir accumulé environ 660 000 euros de pertes.

Ce déploiement mal maîtrisé a coïncidé avec une dégradation sensible des conditions de travail : turn-over en forte hausse, absentéisme en progression, alertes répétées de la médecine du travail et de l’inspection du travail, jusqu’à un audit de 2023 évoquant une culture managériale jugée trop descendante. Un plan d’actions détaillé n’a été véritablement mis en œuvre qu’en avril 2024, sous l’impulsion de la nouvelle direction.

L’implantation du campus de Saint-Ouen illustre particulièrement les défaillances de pilotage de l’ancienne direction

Le projet initial d’acquisition en VEFA de l’ensemble Bauer Box, porté par le groupe D, a connu des négociations étalées sur deux ans, marquées par la signature de lettres d’offre engageantes sans autorisation préalable du conseil d’administration et par une information insuffisante des administrateurs.

L’abandon du projet, en février 2024, a exposé Audencia à un contentieux pour rupture des pourparlers : l’école a été condamnée en première instance à verser 330 000 euros au promoteur, un jugement actuellement frappé d’appel.

La solution locative intermédiaire, l’immeuble Spot, a elle aussi été source de difficultés. Un premier bail, signé en octobre 2022 malgré de multiples alertes juridiques, s’est révélé particulièrement désavantageux, avant d’être renégocié en juillet 2024 dans des conditions plus équilibrées mais toujours coûteuses, avec un engagement de location de douze ans et des travaux financés par deux emprunts cumulés de 11 millions d’euros.

Un dérapage financier en cours de redressement

Robuste en 2018, la situation financière d’Audencia s’est nettement dégradée à partir de 2022. Le résultat net cumulé de l’école sur la période 2018-2024 s’établit à moins 6,9 millions d’euros, dont 9 millions de déficit rien que sur les trois derniers exercices. Les charges de personnel et les achats et charges externes ont progressé plus vite que les produits d’exploitation, sous l’effet notamment d’un recrutement soutenu de personnels administratifs à partir de 2021.

La capacité d’autofinancement est devenue négative en 2024, contraignant l’école à renoncer à l’acquisition de son campus parisien. Les fonds propres ont diminué de 20 % entre 2018 et 2024, tandis que la trésorerie s’est fortement réduite pour financer la continuité de l’activité.

La nouvelle direction, arrivée en janvier 2024, a engagé un plan de redressement fondé sur la maîtrise de la masse salariale et des charges immobilières.

Le budget 2025 tablait sur un déficit ramené à 2 millions d’euros ; les résultats communiqués en réponse aux observations provisoires font état d’un déficit finalement limité à 187 000 euros, avec une capacité d’autofinancement redevenue excédentaire à hauteur de 4 millions d’euros. Le projet de budget 2026 anticipe un retour à l’équilibre, avec un résultat prévisionnel excédentaire de 2 millions d’euros.

Le rapport consultable en ligne.

Visuel de Une : remise des diplômes à Audencia au mois de juin © Aurélien Mahot.

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