
Fouilles de caves, chien détecteur en action, sections de CRS déployées : jeudi 23 juillet, le quartier de la Bouletterie a servi de théâtre à la première visite officielle de Laurent Hottiaux à Saint-Nazaire depuis sa prise de fonctions en début de semaine. Une opération de sécurisation menée par la Direction interdépartementale de la Police nationale, avec pour cible l’allée Barbara, aux abords des numéros 23 et 27, adresses bien connues des consommateurs.
Ce secteur est présenté par la mairie comme par les forces de l’ordre comme le point de deal le plus actif de la commune. C’est donc sans surprise que le nouveau représentant de l’État y a choisi d’ancrer son premier déplacement, entouré de deux sections de la CRS 82 et d’une équipe cynophile. Au delà de la Bouletterie, Prézégat, Petit Caporal et Trébale figurent également parmi les quartiers nazairiens touchés par le trafic de produits stupéfiants.
Le chien renifleur n’a pas tardé à donner de la voix
Devant un bloc de boîtes aux lettres, l’animal s’est dressé sur ses pattes arrière et a insisté sur l’un des coffrets. À l’intérieur, de la cocaïne et du cannabis, conditionnés et prêts à la revente. Selon les versions, la saisie est chiffrée à une vingtaine de grammes de chaque substance, un de cocaïne et un de résine de cannabis.
Plusieurs interpellations ont émaillé le contrôle. Deux personnes ont été visées par des interdictions de paraître, une autre pour maintien irrégulier sur le territoire français, et quatre ont été verbalisées pour détention de stupéfiants.
Zéro point de deal, l’objectif martelé par le préfet
Laurent Hottiaux a fixé le cap dès son installation : faire de la lutte contre le narcotrafic sa priorité numéro un. Quarante-trois points de deal sont aujourd’hui recensés en Loire Atlantique. La cible du préfet est claire, tendre vers zéro, même si l’exercice prendra du temps selon ses propres mots.
La méthode tient en une formule, harceler les points de deal et démanteler les réseaux qui les alimentent. Un rythme de démantèlement de deux à trois réseaux est revendiqué dans le département, avec en toile de fond une présence renforcée de la police et de la gendarmerie annoncée pour les prochaines semaines.
Plusieurs leviers administratifs viennent appuyer cette stratégie
Près de deux cents interdictions administratives de paraître ont été prononcées en Loire Atlantique depuis le début de l’année, dont une trentaine sur le seul territoire nazairien.
À Saint-Nazaire, plus de trois cent trente amendes forfaitaires délictuelles ont par ailleurs été dressées depuis janvier, dont les deux tiers concentrés sur la Bouletterie. S’y ajoutent des fermetures administratives de commerces liés au blanchiment et des expulsions locatives visant des locataires impliqués dans le trafic.
Un arsenal judiciaire qui se durcit
Le cadre pénal applicable aux consommateurs a évolué ces dernières semaines. Jusqu’ici, l’usage de stupéfiants pouvait donner lieu, en procédure classique, à une peine allant jusqu’à un an de prison et 3 750 euros d’amende au titre de la loi de 1970, la grande majorité des infractions étant en pratique traitées par une amende forfaitaire délictuelle.
Adoptée le 15 juillet 2026, la loi Riposte fait passer cette amende de deux cents à cinq cents euros et étend par ailleurs le champ de cette procédure à de nouveaux délits.
Le texte prévoit également l’inscription de ces amendes au bulletin n° 2 du casier judiciaire, un point qui fait débat parmi les avocats pénalistes au regard du principe de proportionnalité des peines.
La question migratoire n’est pas absente du discours préfectoral, certaines personnes en situation irrégulière étant, selon lui, recrutées pour tenir les points de vente.
Le phénomène de la narco livraison, surnommé ubershit, la livraison de drogue directement au domicile des consommateurs, figure également parmi les cibles annoncées.
Au delà du seul volet répressif, le préfet a évoqué une action de l’État qui ne se résume pas à la sécurité, citant la politique de la ville, la rénovation urbaine, l’accélération du logement, les politiques éducatives et l’accompagnement des préventions. Son déplacement s’est poursuivi à La Baule, où il a pris connaissance du dispositif de sécurité déployé sur le littoral.
Le mirage du deal qui rapporte
Il faut aussi déconstruire un mythe qui circule chez certains adolescents des quartiers concernés, celui d’un trafic de stupéfiants qui permettrait de bien gagner sa vie. Cette idée relève du fantasme. Dans la réalité des réseaux, ce sont les têtes de réseau qui captent l’essentiel des profits, tandis que les plus jeunes, placés en bas de la chaîne, touchent des sommes dérisoires pour un temps de présence considérable et un risque pénal, lui, bien réel.
Visuel ;: © Alain Moreau




