Un roman acheté aux Utopiales peut aider une autre librairie éphémère à ouvrir ailleurs dans Nantes. Le lecteur qui passe à la caisse l’ignore le plus souvent. Derrière cette librairie hors normes, les Librairies Complices font tourner une coopération qui dure bien après les quatre jours du festival.
Ces indépendants nantais sont associés à l’année. Chacun garde son enseigne, ses spécialités et ses lecteurs, mais ils mettent leurs moyens en commun pour participer à des événements. Romain Trouillard, de La Mystérieuse Librairie Nantaise, y voit « une force commune d’expertise et de connaissances ».
Les librairies des littératures de l’imaginaire
Pour la 27e édition des Utopiales, qui se tient jusqu’au 1er novembre à la Cité des Congrès de Nantes, l’alliance change d’échelle. La librairie s’étend sur 600 m² et propose 25 000 ouvrages : romans, nouvelles, bandes dessinées, essais et livres graphiques. Le festival la présente comme la plus complète d’Europe en science-fiction. Il faut choisir les titres, les commander, les réceptionner, installer les tables, conseiller les lecteurs, puis gérer ce qui reste.
Une boutique fabriquée chaque année
« Ce n’est pas nos librairies qui viennent avec leur stock ici », précise Romain Trouillard. Les commandes sont propres au festival et passent par le compte de l’association, qui réalise les ventes en son nom. « On crée de toutes pièces chaque année une librairie. »
Sept librairies nantaises sont mobilisées : Portails, Coiffard, Durance, Les Enfants Terribles, L’Atalante, Aladin et La Mystérieuse Librairie Nantaise. Chacune fournit du personnel et ses compétences. Les bénéfices reviennent à l’association. Les invendus peuvent être retournés.

Les livres des auteurs invités ne suffisent pas. Les libraires constituent aussi un vrai fonds de science-fiction et de fantasy, qui va bien plus loin que les parutions du moment. Le lecteur venu pour une dédicace repart parfois avec un auteur qu’il ne connaissait pas. Ce choix demande davantage de préparation, souligne Romain Trouillard.
Ce que finance un passage en caisse
L’opération est-elle rentable ? « Aux Utopiales, oui », répond le libraire. L’argent ne reste pas là pour autant. Il cite la librairie que le collectif tient au festival Atlantide, dont les ventes sont, selon lui, déficitaires. Les bénéfices des rendez-vous qui marchent permettent d’accompagner ceux où les comptes sont plus difficiles à équilibrer.
Les Utopiales elles-mêmes ont mis des années à s’installer, rappelle-t-il. Leur succès permet aujourd’hui de maintenir d’autres occasions de rencontrer les lecteurs.
Cette année, il a aussi fallu improviser. Avec les travaux de rénovation du Grand Auditorium, la librairie a changé de place. Jeudi soir, certains espaces manquaient de lumière, raconte Romain Trouillard. Libraires et équipes de la Cité ont cherché des solutions.
Les lecteurs, eux, sont au rendez-vous, et en nombre. Trouver une place dans les ateliers proposés n’a rien d’évident. Les Utopiales sont devenues une foire de la science-fiction, où se faufiler fait partie du parcours. Pour ces professionnels habitués à défendre des genres parfois marginalisés, le constat a une saveur particulière : « On voit bien qu’ici, on est loin d’être marginaux, ou alors on est nombreux à être marginaux. »
Visuels : © Michael Meniane et Twitter @Johanna_Rolland
