
Le préfet de la Loire-Atlantique a signé ce mardi 1er septembre l’arrêté portant autorisation environnementale unique pour le futur centre de rétention administrative de Nantes, une étape supplémentaire dans un projet porté depuis plusieurs années par l’État et combattu tout aussi longtemps par un large front associatif et militant.
Le document, qui encadre les conditions de réalisation du projet sur le plan environnemental, intervient dans la continuité du permis de construire signé le 18 août et affiché sur le terrain le 25 août. Le projet, porté par le Secrétariat général pour l’administration du ministère de l’Intérieur (SGAMI Ouest), doit prendre place rue de la Mainguais, dans le secteur du Champ-de-Manœuvre, à cheval entre Nantes et Carquefou, à proximité immédiate de la maison d’arrêt de Nantes-Carquefou.
Un centre fermé depuis 2009
La question d’un centre de rétention à Nantes n’est pas nouvelle. L’ancien CRA de la ville, jugé vétuste, a fermé ses portes en 2009 sans être remplacé, ce qui contraint depuis à orienter vers Rennes ou vers la région parisienne les personnes visées par une mesure d’éloignement en Loire-Atlantique, avec les difficultés logistiques que cela suppose pour les services de l’État.
Le projet actuel s’inscrit par ailleurs dans un objectif national de montée en puissance du parc de rétention, le ministère de l’Intérieur visant plusieurs milliers de places supplémentaires à l’horizon 2027, à travers la construction de plusieurs centres.
Une consultation publique marquée par une forte opposition
L’autorisation signée mardi fait suite à une consultation du public qui s’est tenue pendant trois mois, du 23 avril au 23 juillet, associant la Commission locale de l’eau du SAGE Estuaire de la Loire et le Conseil scientifique régional du patrimoine naturel. Une commission d’enquête indépendante a rendu son rapport et ses conclusions motivées le 14 août.
Cette instance relève les améliorations apportées au dossier par le SGAMI Ouest tout en soulignant que le projet engendre des impacts résiduels nécessitant des prescriptions supplémentaires, en particulier pour sécuriser les mesures de compensation.
Ce cadre juridique s’inscrit toutefois dans un contexte de contestation continue. Le terrain retenu, une parcelle d’environ cinq hectares au sein de la zone d’aménagement concerté du Champ-de-Manœuvre, est identifié par les opposants comme une zone humide de tête de bassin versant, abritant des espèces protégées et un espace boisé classé au plan local d’urbanisme.
Une coordination rassemblant plusieurs dizaines d’organisations associatives, syndicales et politiques s’est constituée pour s’opposer au projet, organisant réunions publiques, sorties naturalistes et rassemblements sur place. La Ligue des droits de l’homme et plusieurs autres organisations ont également contesté la qualification du projet en projet d’intérêt général, une procédure engagée en 2025 à la demande du SGAMI Ouest.
Des mesures de compensation étendues à plusieurs sites
Pour répondre aux impacts identifiés sur les zones humides et la biodiversité, le dossier prévoit la mobilisation de plusieurs terrains appartenant à l’État. Des mesures de compensation sont ainsi prévues sur des parcelles à Notre-Dame-des-Landes, au lieu-dit La Freusière, ainsi qu’à Vigneux-de-Bretagne, sur les secteurs de La Grée et de La Goussais.
Des actions de compensation zones humides et d’accompagnement biodiversité sont également programmées à Carquefou, au Bois Saint-Lys, et sur le secteur de la Porte de Gesvres.
Les travaux envisagés consistent notamment en la désartificialisation de sols dégradés, le retrait de remblais, le renforcement de haies et la collecte de déchets, ainsi qu’en la constitution d’îlots boisés laissés en évolution libre. L’arrêté préfectoral prévoit en outre un suivi renforcé de l’impact du projet sur la nappe d’eau et impose la production d’un rapport annuel sur l’effectivité de ces mesures.
Vers de nouveaux recours
L’affichage du permis de construire fin août a ouvert la période durant laquelle des tiers peuvent engager un recours devant la juridiction administrative. Compte tenu de la mobilisation déjà organisée contre le projet, de nouvelles procédures contentieuses apparaissent probables, dans la continuité d’actions directes menées sur le chantier au cours des dernières semaines.
Le calendrier annoncé par l’État prévoit une mise en service du centre, d’une capacité de 140 places, à l’horizon 2027.
Visuel du Une : © Matthew Ansley




