
Ce jeudi 2 avril 2026, Julie Laernoes, députée écologiste de Loire-Atlantique, a exercé son droit de visite parlementaire au local de rétention administrative (LRA) installé au sein du commissariat Waldeck Rousseau, à Nantes. Une visite qui s’inscrit dans un contexte de vive opposition politique et citoyenne à la politique migratoire du gouvernement.
Un lieu d’enfermement ouvert discrètement
Entré en service le 17 février 2026, ce LRA ( Local de Rétention Administrative) a la particularité d’avoir été mis en place sans que le bâtonnier de Nantes n’en soit préalablement informé, un manque de transparence dénoncé par les élus écologistes. Quatre personnes y ont jusqu’à présent été retenues, pour une durée de quelques jours maximum, avant d’être transférées vers les centres de rétention administrative (CRA) d’Orléans ou de Rennes.
Ce local est présenté comme une structure transitoire, appelée à fonctionner jusqu’à l’ouverture, prévue en 2027, d’un CRA permanent sur le site du Champ-de-Manœuvre, dimensionné pour accueillir 140 personnes.
Une politique jugée « répressive et inhumaine »
Pour Julie Laernoes, ce nouveau dispositif s’inscrit dans une logique contestable : « Alors que les procédures de naturalisation et de titres de séjour se sont grandement complexifiées, ce nouveau lieu d’enfermement s’inscrit dans la lignée d’une politique répressive et inhumaine qui bafoue nos fondements républicains — celui de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. » La députée rappelle par ailleurs que la France a été condamnée à plusieurs reprises par la Cour européenne des droits de l’homme en raison des conditions de détention dans les CRA.
Les écologistes dressent un tableau sombre de la situation vécue par les personnes étrangères en France : violences institutionnelles, attentes interminables en préfecture, restriction d’accès aux droits, « climat de peur permanent » et enfermement sans jugement préalable.
Un rejet massif des citoyens nantais
La mobilisation dépasse le seul champ politique. Lors d’une récente consultation citoyenne portant sur le projet de CRA du Champ-de-Manœuvre, les habitants se sont exprimés très clairement : 961 contributions négatives ont été enregistrées, contre seulement 23 favorables. Le collectif COLERE (Coordination opposée à l’enfermement et à la répression des étranger·e·s) est à la pointe de cette opposition depuis plusieurs années, et organise ce samedi 4 avril un événement anti-CRA à la Manufacture des Tabacs.
Des moyens jugés mal orientés
Les élus écologistes pointent également une contradiction dans les priorités budgétaires de l’État. Alors que le commissariat Waldeck Rousseau accuse lui-même des signes de vétusté, la baie vitrée de son accueil serait en mauvais état, des ressources ont été mobilisées pour créer un LRA sur son parking, « une nouvelle mission sans moyens supplémentaires », selon Marie Vitoux, cheffe de file des élus écologistes et citoyens à la Ville et Métropole de Nantes. Pour les écologistes, c’est le renforcement des effectifs en préfecture qui devrait constituer la véritable priorité.
Un objectif national contesté
À l’échelle nationale, le gouvernement ambitionne de porter la capacité des CRA à 3 000 places d’ici 2027, contre environ 2 187 actuellement. Une trajectoire que les écologistes entendent combattre, réaffirmant leur intention de « mener le combat contre ce projet inique, aux côtés de tous ceux qui militent pour le droit des étrangers et contre la politique raciste de l’enfermement des exilés. »
Visuel de Une : Marie Vitoux et Julie Laernoes devant le commissariat central de Nantes.




