Loire-Atlantique

Collèges Renommés en Loire-Atlantique : Symbole ou Démagogie ?

Quatre collèges publics de Loire-Atlantique porteront un nom de femme à la rentrée 2026, une annonce soignée par le Département sur les réseaux sociaux, mais qui laisse dans l'ombre des figures locales autrement plus discrètes.

Quatre collèges publics de Loire-Atlantique changent de nom lors de cette rentrée de septembre. Le collège Chantenay, à Nantes, devient le collège Gisèle-Halimi. Le collège Pierre-de-Coubertin, à Legé, devient le collège Violette-Dorange. Le collège Le Hérault, à Saint-Herblain, devient le collège Élisa-Mercœur. Le collège Îles-de-Loire, à Saint-Sébastien-sur-Loire, devient le collège Angela-Davis.

Le Département a présenté la décision sur ses réseaux sociaux avec un message soigné, mettant en avant le parcours de chacune des quatre femmes et le chiffre de 28 collèges publics du département qui porteront désormais un nom féminin.

Une démarche présentée comme participative

Selon les explications données par le Département, chaque établissement s’est porté volontaire et a choisi lui-même le nom retenu, dans le cadre d’une démarche impliquant la communauté éducative. Au collège de Legé, la direction avait carte blanche, avec une volonté affichée de trouver une femme issue du monde du sport, en cohérence avec l’ancien nom, Pierre-de-Coubertin, et l’environnement sportif de l’établissement.

Noms de rues à Châteaubriant : une non-parité flagrante

Le président du Département, Michel Ménard, a justifié la démarche par la nécessité de faire progresser l’égalité entre les femmes et les hommes, en annonçant que le mouvement se poursuivrait jusqu’à ce que la parité soit établie entre noms masculins et féminins de collèges.

Le symbole plutôt que le fond

C’est là que le bât blesse. Rebaptiser un collège coûte de l’argent, du temps administratif, une nouvelle signalétique, de nouveaux documents, sans qu’aucune ligne de la communication départementale n’aborde ces aspects très concrets. Le Département consacre par ailleurs, selon ses propres chiffres, plus de 20 millions d’euros par an à l’entretien des collèges, à l’accessibilité, à la sécurité ou à la rénovation énergétique. Ce sont des investissements qui améliorent réellement le quotidien des élèves.

Le changement de nom d’un établissement, lui, ne change rien à la vie scolaire, ni au nombre de filles orientées vers les filières scientifiques, ni à l’égalité salariale des enseignantes, ni à la mixité des métiers enseignés.

Un symbole peut avoir sa valeur, personne ne le conteste. Mais présenter un changement de façade comme une mesure d’égalité, sans l’accompagner d’un bilan chiffré sur les inégalités réelles que vivent les collégiennes de Loire-Atlantique, relève davantage de la communication institutionnelle que d’une politique publique évaluée.

Une figure américaine pour un collège nantais

Trois des quatre femmes retenues ont un ancrage local ou national fort : une avocate française, une poétesse nantaise du dix-neuvième siècle, une navigatrice française. La quatrième, Angela Davis, est une universitaire et militante américaine, née en Alabama, figure du mouvement des droits civiques aux États-Unis, sans lien direct avec la Loire-Atlantique ni même avec la France.

Le choix a été fait par la communauté éducative de l’établissement concerné, ce qui ne pose aucun problème en soi. Mais il illustre la façon dont un objectif de représentation peut glisser vers le choix d’une notoriété internationale plutôt que vers la mise en lumière d’une figure locale méconnue.

Des femmes de Loire-Atlantique restées dans l’ombre

Trois noms suffisent à illustrer ce déséquilibre. Simone de Bollardière, née à Nantes en 1922, a vécu les bombardements américains de septembre 1943 qui ont détruit la maison familiale de la place du Cirque. était l’épouse du général Jacques Pâris de Bollardière, seul général français à avoir dénoncé publiquement la torture pendant la guerre d’Algérie. Elle a mené elle-même une vie de militante pacifiste et écologiste jusqu’à sa mort en 2020, s’engageant contre le nucléaire, pour les sans-papiers, pour la Palestine, en soutien aux paysans du Larzac.

Après la démission de son mari de l’armée en 1961, le couple s’installe dans une ferme du Morbihan, à Guidel, une région qui rappelait à son mari son enfance près de Châteaubriant. Simone de Bollardière y mènera, jusqu’à sa mort en 2020, une vie de militante engagée pour la non-violence, l’écologie et la défense des plus démunis, opposante notamment à la centrale nucléaire de Plogoff et à la fermeture de la gare de Quimperlé.

Odette Nilès a été arrêtée à 18 ans, le 13 août 1941, lors d’une manifestation contre l’occupant allemand. Son parcours d’internement l’a menée à travers cinq lieux de détention en trois ans, les prisons parisiennes du Cherche-Midi puis de la Petite Roquette, le camp de Choisel à Châteaubriant, où elle rencontre Guy Môquet peu avant l’exécution de ce dernier, le camp d’Aincourt, puis enfin le camp de Mérignac, en Gironde, d’où elle s’évade en 1944.

Devenue par la suite présidente de l’Amicale de Châteaubriant, elle revenait chaque année sur les lieux de la commémoration des fusillés, consacrant sa vie à transmettre cette mémoire jusqu’à sa mort en 2023, à cent ans.

Germaine Huard, redécouverte par des collégiens

Germaine Huard, résistante castelbriantaise déportée pendant la Seconde Guerre mondiale, a longtemps témoigné dans les écoles du territoire, avant de retomber dans un relatif anonymat. C’est une classe de troisième du collège La Ville aux Roses, à Châteaubriant, qui l’a redécouverte lors de l’année scolaire 2025-2026, à l’occasion d’une visite de l’exposition temporaire du musée de la Résistance de Châteaubriant.

Sept collégiens de Châteaubriant primés au Concours National de la Résistance et de la Déportation

Encadrés par leurs professeurs d’histoire-géographie Chloé Duperrin et Ronan Perennes, sept élèves ont réalisé pour le Concours National de la Résistance et de la Déportation une bande dessinée de seize pages retraçant son parcours aux côtés de trois autres déportés. Leur travail a remporté le premier prix départemental de la catégorie travaux collectifs collèges et a été proposé au jury national, avant d’être présenté aux lauréats reçus à la préfecture de Nantes le 1ᵉʳ juillet.

Ce sont des collégiens qui ont fait ce travail de mémoire, sans qu’aucune campagne de communication départementale ne les y pousse. Violette Dorange a 24 ans et une carrière qui ne fait que commencer. La valeur n’attend certes pas le nombre des années, mais il n’y a aucune commune mesure entre honorer une skippeuse au début de sa trajectoire et faire attendre des décennies la reconnaissance de femmes comme Germaine Huard, Simone de Bollardière ou Odette Nilès. Combien faudra t-il encore d’années avant que l’on se souviennent de ces femmes ?

Un exemple local qui contredit le discours officiel

Un autre épisode, à Châteaubriant même, illustre les limites de cette politique de renommage. Le collège de la Ville aux Roses, qui tire son nom du quartier prioritaire où il se trouve, a récemment connu une rénovation.

Le Conseil départemental a alors proposé de le renommer. Les représentants des élèves, des parents et des professeurs ont tous répondu la même chose : il est très bien comme ça, c’est le collège de la Ville aux Roses, et ça s’arrête là.

Cela contredit directement le discours selon lequel ces renommages procèdent d’une démarche participative et fédératrice voulue par les établissements eux-mêmes.

Ici, c’est l’inverse qui s’est produit, une communauté éducative qui a refusé une proposition venue d’en haut, preuve que l’attachement à un nom n’a rien à voir avec le genre de la personne ou du lieu qu’il désigne, et que la démarche du Département n’est pas aussi spontanée qu’elle est présentée.

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