Noms de rues à Châteaubriant : une non-parité flagrante
Dans la commune très conservatrice de Châteaubriant, Alain Hunault, maire, maintient depuis 25 ans des noms de rues essentiellement masculins.

Noms de rues à Châteaubriant : une non-parité flagrante.
Une analyse de la toponymie urbaine révèle une représentation déséquilibrée entre femmes et hommes dans l’espace public castelbriantais.
La Ville de Châteaubriant aime collectionner les prix, les diplômes et autres breloques en plaqué. Ces décorations sont, pour la plupart du temps, achetées, du style « élu produit de l’année ». Il manque cependant une haute distinction à la petite commune du nord de la Loire-Atlantique : la ville la moins respectueuse de la parité femmes/hommes dans les noms de rues.
Un déséquilibre manifeste : 91 contre 9%
L’examen des 150 noms de rues de Châteaubriant portant des noms de personnalités révèle un déséquilibre considérable dans la représentation des genres. Sur l’ensemble de ces voies, 137 portent le nom d’un homme (91%) contre seulement 14 qui honorent une femme (9%).
Ce ratio de 10,5 hommes pour 1 femme illustre une sous-représentation massive des figures féminines dans la toponymie municipale. Cette disparité s’inscrit malheureusement dans une tendance nationale : selon une étude de 2014, seules 2,6% des rues françaises portent des noms de femmes.
Lorsqu’il est arrivé au pouvoir en 2001, le premier geste qu’Alain Hunault a fait a été de changer toutes les plaques de rues, d’avenues et de boulevards que compte Châteaubriant. Il a tenu à y apposer les armes de la ville et, bien sûr, les fleurs de lys. Cela a coûté un fric fou. On s’en fiche. C’est vous qui payez.

Les 14 femmes honorées à Châteaubriant
Malgré leur faible nombre, ces rues portant des noms de femmes témoignent d’une diversité de parcours et d’époques :
Rue Françoise de Foix, Rue Anne de Bretagne, Rue Marguerite de Valois, Chemin de Dame Sybille témoignent de figures historiques et aristocratiques. Viennent s’adjoindre des figures nationales et internationales, Rue Hélène Boucher (aviatrice pionnière), Rue Anna de Noailles (poétesse), Place Jeanne d’Arc, Rue Simone Veil.
Annie Gautier Grosdoy, dont le nom est donné à une rue menant à Béré est une figure contemporaine.
Des catégories surreprésentées chez les hommes
L’analyse des 137 rues portant des noms masculins révèle une prédominance de certaines catégories professionnelles et sociales :
Les militaires et hommes politiques : une part importante des rues honore des présidents (Wilson, Kennedy), généraux (Eisenhower, Patton, Bradley, Leclerc, De Gaulle), maréchaux (Foch, Lyautey, De Lattre de Tassigny), et hommes d’État (Clemenceau, Churchill, Lincoln).
Des scientifiques et inventeurs : de nombreuses figures comme Galilée, Pasteur, Henri Becquerel, Einstein, Denis Papin, Lavoisier, Franklin témoignent d’une valorisation du progrès scientifique. Mais Pourquoi aucune artère ne porte le nom de Marie Curie, Rosalind Franklin, Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna (Prix Nobel de chimie 2020) ?
Des artistes et écrivains : la culture est bien représentée avec des compositeurs (Mozart, Beethoven, Bach, Chopin), des écrivains (Hemingway, Camus, Mauriac, Hugo), des peintres (Léger, Cézanne, Gauguin) et des chanteurs (Brel, Brassens, Gainsbourg), Mais pas de rue Barbara, de rue Édith Piaf ou ou d’avenue Anne Sylvestre. Pour quelle raison ?
Des saints et figures religieuses : plusieurs rues portent des noms de saints masculins (Saint-Georges, Saint-Martin, Saint-Philippe).
Un enjeu de représentation symbolique
Cette disparité dans la toponymie urbaine n’est pas anodine. Les noms de rues constituent un marqueur symbolique fort de la reconnaissance publique et de la mémoire collective. En attribuant majoritairement des noms masculins aux voies publiques, la ville contribue involontairement à perpétuer une invisibilisation des contributions féminines à l’histoire, aux sciences, aux arts et à la société.
Plusieurs villes françaises ont engagé des politiques volontaristes pour rééquilibrer cette représentation. Paris, par exemple, s’est fixé l’objectif de nommer au moins 50% de ses nouvelles rues en l’honneur de femmes. Lyon a créé un répertoire de personnalités féminines pour faciliter ces choix.
Châteaubriant est un ville très en retard sur les questions de parité Femmes/Hommes
Pour corriger ce déséquilibre, plusieurs actions pourraient être envisagées à Châteaubriant, comme privilégier systématiquement des noms de femmes lors de la création de nouvelles voies.
Il est facile de constituer un répertoire de personnalités féminines ayant marqué l’histoire locale, régionale, nationale ou internationale. Les idées, les propositions ne manquent pas : on peut citer Odette Nilès, Simone de Bollardière, Hélène Cadou, Marcelle Baron, et Germaine Huard.
Pour cette dernière, quelle indignité de la part de l’équipe municipale depuis 25 ans de n’avoir jamais pris le temps de connaitre, puis de reconnaître qui était cette femme d’exception. Germaine Huard, née le 16 janvier 1906 à Paris, était mère de six enfants et vivait à Châteaubriant avec son mari industriel, Paul Huard. Dès le début de l’Occupation, elle s’engage dans la Résistance en aidant l’évasion de prisonniers de guerre et rejoint le réseau de renseignement F2, créé par l’armée polonaise et lié aux services secrets britanniques. Elle sert de relais entre Saint-Nazaire et Rennes, transmettant des informations sur les mouvements de troupes allemandes à Londres. Arrêtée le 13 mai 1944 à Châteaubriant, elle est internée à Angers puis Romainville avant d’être déportée le 15 août 1944 vers Ravensbrück. Transférée successivement à Torgau, Abteroda (usine BMW) et Markkleeberg après des accusations de sabotage, elle subit des travaux forcés dans des conditions terribles. Le 13 avril 1945, lors de l’évacuation du camp et de la marche de la mort, elle parvient à s’évader à Freital le 21 avril avec d’autres détenues, errant dans la campagne allemande en se nourrissant d’herbe et de pissenlits. Libérée en mai 1945, elle rentre à Paris le 30 mai, mais met longtemps à se réadapter, dormant même par terre tant le lit lui était insupportable. Jusqu’à sa mort le 9 janvier 2005 à Châteaubriant à l’âge de 99 ans, elle témoigne inlassablement dans les écoles pour transmettre la mémoire de la déportation aux jeunes générations.*
Il est devenu essentiel de valoriser la diversité des parcours féminins : scientifiques, artistes, résistantes, sportives, entrepreneures, militantes et de sensibiliser le public à l’importance de cette représentation équilibrée dans l’espace public
Envisager, dans certains cas justifiés, le renommage de rues pour honorer des figures féminines oubliées
Avec seulement 9 % de rues portant des noms de femmes, Châteaubriant reflète malheureusement la moyenne nationale et perpétue une représentation déséquilibrée des genres dans son espace public. Ce constat appelle à une prise de conscience et à des actions concrètes pour faire évoluer cette situation.
La toponymie urbaine n’est pas qu’une question symbolique : elle participe à la construction de nos référents culturels et historiques. Offrir une place plus importante aux femmes dans nos rues, c’est reconnaître leur contribution à l’histoire et inspirer les générations futures, particulièrement les jeunes filles, en leur montrant que les femmes ont toujours été et demeurent des actrices essentielles de notre société.
*Source : Germaine Huard